Jean et Béatrice : ébauche d’un quelque chose ?

par Sophie Bouchard-Tremblay
 
C’était mardi 7 octobre, à Jeanne-de-Valois, qu’a été présentée la pièce Jean et Béatrice. Il s’agit d’un texte de théâtre qui a été écrit en 2002 par Carole Fréchette. La pièce a été très bien reçue par le public dès lors. Elle a même été finaliste pour le prix du Gouverneur Général. Il s’agit d’un sujet général : la recherche de l’amour. C’est la manière dont il est interprété, avec la personnalité des personnages, que la pièce prend tout son charme, son intensité dramatique. 
                
Le metteur en scène, Maurice Arsenault, est aussi le directeur artistique du TPA : Théâtre populaire d’Acadie. Il s’occupe donc souvent de ce poste de metteur en scène, mais aussi de la conception vidéo. En ce qui a trait à cette dernière, elle était intéressante esthétiquement. C’était joli. On pouvait aussi l’associer aux sensations que ressent Béatrice. Le sable qu’elle sent à l’intérieur d’elle, complètement asséché. Certes, mais est-ce pertinent de montrer visuellement ce que le personnage exprime ?
                
En ce qui a trait à la scénographie, celle-ci était simple, épurée, mais efficace. Un moment intéressant : vers la fin de la pièce, Jean défonce un mur à coup de pied. Il se forme donc un trou, où il lui est possible de passer. Étrangement, la cassure est arrondie. Il est très facile de comprendre que tout a été préparé d’avance : ce n’est pas réaliste.
                
Le niveau de langage est différent entre les deux comédiens. La femme parle avec un accent franchouillard, à la limite du français normatif. Tandis que l’homme s’exprime à la québécoise, à une autre limite du français normatif. Bref, leur langage n’était pas du tout du même ton. Peut-être s’agit-il d’un choix du metteur en scène. Enfin, ce n’était pas suffisamment précis pour être apprécié à sa juste valeur, si tel est le cas. 
                
À première vue, on pourrait croire que l’équipe de production a manqué de temps à ce qui a trait aux répétitions. Certes, le décor et les effets sont présents : mais où sont les comédiens ? Il semble qu’ils n’ont pas pris le temps d’analyser le texte. Alors qu’ils sont sur scène, ils ne se répondent pas, ils jouent seuls. Leurs réactions ne sont pas appropriées à leurs répliques. À un certain moment, Béatrice doit vivre une montée de colère. Celle-ci passe de 0 à 10 en une seconde. Ce n’était donc pas juste. Particulièrement pour le comédien qui interprète Jean. Celui-ci se doit d’être menaçant. Il n’en est rien. En fait, sa personnalité est instable. Il peut être indifférent, colérique, puis tout à coup rigolo. C’est comme si on prenait une pièce dramatique et qu’on essayait de la rendre comique de manière maladroite. Mais ce n’est pas le point du texte. C’est un texte sérieux. Certes, l’excès émotif des personnages peut mener au rire, mais pas de manière obligée. Il s’agit là du travail du metteur en scène.
                
Enfin, il est plutôt malheureux qu’un si bon texte ait été monté de manière malhabile. Il y a tout de même des points positifs qu’il faut garder en tête : que ce soit les techniciens, le scénographe etc. Le milieu n’est aucunement dépourvu de talent. On peut même dire que l’Acadie est en pleine effervescence présentement. Donc il ne faut pas se laisser abattre !

 

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  • Anonymous

    Enfin une vraie critique en Acadie. Enfin quelqu’un qui n’a pas peur de froisser « l’élite » culturelle acadienne. Merci.

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