Mélanie Savoie, la voleuse de rires

Mélanie Savoie : « Il faut garder à l’esprit que nous sommes des personnes, si chacun reste juste dans sa chambre, nous finirons tous malheureux ».

Mélanie Savoie : « Il faut garder à l’esprit que nous sommes des personnes, si chacun reste juste dans sa chambre, nous finirons tous malheureux ».

En toute gracieuseté, Mélanie Savoie & associés est là pour vous servir!

S’il vous est déjà arrivé de rencontrer Mélanie Savoie sur le campus ou en logements universitaires, vous avez pu remarquer sa propension à vouloir vous arracher plus que des sourires. Pour en être persuadé, Le Front a cédé quelques rires à cette jeune fille de vingt ans qui semble faire tomber la neige à Moncton et en a profité pour lui voler quelques mots, en retour.

De la baie des Chaleurs à la baie des moiteurs

Originaire de Robertville, Mélanie Savoie est étudiante en quatrième année d’éducation primaire à l’Université de Moncton. Comme de nombreux étudiants, elle a choisi l’Université de Moncton pour pouvoir étudier dans sa langue, mais aussi pour des raisons plus personnelles : « Mes parents ont tous deux étudié à l’Université de Moncton. J’avais le choix de commencer mes études à Shippagan, mais je trouvais que c’était trop proche de chez nous, alors j’ai opté pour Moncton qui n’est pas non plus trop loin. »

Évidemment plusieurs étudiants voient le passage du secondaire à l’université comme une opportunité de se jeter dans la vie à bras-le-corps et de trouver leur voie, quitte à assumer l’éloignement avec cet univers qui est leur, la famille, les amis d’enfance, le chez-soi, le sentiment d’appartenance et bien d’autres éléments qui les définissent en tant que personnes. Malheureusement, si certains ont la chance ou les aptitudes de vivre ce changement sereinement, nombreux en revanche constatent amèrement qu’il faut bien plus qu’un désir de changement pour vivre cette réalité : « J’ai été assez chanceuse. Toutes mes amies étaient en appartement. Vu que j’ai tardé à choisir, je suis allée en logement. Honnêtement, si je pouvais donner un truc aux nouveaux, ce serait d’aller en résidence au moins pour un semestre : ça aide tellement à juste connaitre autre chose. »

Ce phénomène de désillusion et de renfermement des nouveaux étudiants n’a rien de mystérieux, et est très loin d’être anormal. D’autant plus que, de par sa situation géographique, Moncton est le second lieu de prédilection au Canada pour les étudiants de divers horizons de la francophonie. Ainsi, pour les 80 % d’étudiants canadiens et les 20 % d’étudiants internationaux qui n’ont pas tous forcément connu de ville cosmopolite auparavant, se jeter dans la vie à bras-le-corps parait soudainement cauchemardesque : « Moi je viens d’un mini-village, c’est une communauté tellement c’est petit. Il n’y a pas d’Africains chez nous, il y avait des anglophones, mais à peine trois à mon école (…). Pour des gens qui arrivent de petits villages encore plus petits que le mien, c’est un gros choc. »

Coordonnatrice de l’animation des logements universitaires, Mélanie Savoie aurait également voulu se passer du manque de participation étudiante, suite à laquelle elle a dû annuler la sortie pour le Zoo de Magnetic Hill, une excursion qui auparavant remportait un franc succès.

Vice-présidente aux affaires sociales du conseil étudiant de la faculté des sciences de l’éducation, elle constate un fait malheureux : « Dans les facultés, il y a souvent des activités et c’est jamais les premières années qui participent la plupart du temps (…). Pourtant c’est mieux dans les facultés, car vous étudiez la même chose, et si vous ignorez de quoi parler, vous n’avez qu’à demander pourquoi l’autre a choisi ce programme. »

Elle ajoute : « En première année, c’est souvent : il faut que je m’intègre dans mes cours. C’est un gros changement du secondaire à l’université, mais ce n’est pas infaisable et il faut garder à l’esprit que nous sommes des personnes, si chacun reste juste dans sa chambre, nous finirons tous malheureux. ».

Métier, passion et voyage

Au-delà de l’étudiante engagée dans le décor universitaire, Mélanie Savoie a d’autres champs d’intérêt comme tout le monde.

Comment gère-t-elle ses multiples vies? Sa réponse est pour le moins réjouissante : « M’impliquer c’est comme voir mes amis (…). C’est vrai qu’il y a d’autres choses de ma vie privée comme ma famille, mes autres amis, mais c’est surtout une question d’organisation (…) je ne suis pas très perfectionniste, alors je ne passe pas un temps éternel sur une chose : je le fais bien et puis c’est fini. ».

Une aptitude indispensable à cette jeune femme qui semble marcher sur les eaux de l’éducation ou semble voler sur un nuage de succès : colloque par ci, table ronde par-là, à force elle aura parcouru tout le Canada pour prêcher l’éducation primaire, et pourquoi pas le monde!

En plein baccalauréat en éducation primaire, Mélanie Savoie a participé à une table ronde à Niagara Falls en septembre dernier à l’occasion du 68e congrès de l’ACELF (Association Canadienne d’Éducation de Langue Française) afin de proposer des pistes d’action pour assurer la vitalité de la communauté francophone : « Je représentais les provinces maritimes, et les autres, Québec, Ontario et les provinces de l’Ouest. C’était vraiment intéressant de voir une différence de parcours francophone. C’est le cas de la personne du Québec, pour elle c’était plus une circonstance plutôt qu’un choix (…) contrairement à moi, à Bathurst tu as besoin de parler anglais pour avoir une job. »

Si pour elle, sa vocation dans l’éducation primaire n’a jamais été une question, son manque de motivation réelle en revanche a bien failli passer sa passion dans l’oubli : « Je voulais devenir enseignante parce que j’aimais les enfants, jusqu’à ce que mon enseignante me dise que le vouloir pour cette seule raison, c’est comme vouloir travailler au Tim Hortons parce que tu aimes le café. »

Dans le doute quant à son futur, au secondaire elle se met à coacher du volleyball et réalise enfin pourquoi elle voulait tant devenir enseignante. En effet, le fait de savoir que quelqu’un a franchi une étape grâce à l’enseignement reçu est une chose inestimable : « L’enfant te dit oui j’ai compris, mais tu vois dans ses yeux qu’il ne comprend pas, alors là tu dois faire appel à ta créativité pour lui expliquer différemment jusqu’à la seconde où tu vois son visage s’illuminer, ce petit moment-là est comme ma professeure l’a dit, c’est priceless. ».

Actuellement, Mélanie Savoie fait une levée de fonds dont le prix est un panier de boissons d’une valeur de plus de 100 $ afin de financer son voyage à Chicoutimi pour un autre colloque en éducation : il en a bien fallu du temps à Mélanie Savoie pour trouver sa voie.

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