Chronique d’une session en Acadie

Par Damien Gaudissart

Le Village historique acadien de Caraquet: tel fut mon premier contact avec le Nouveau-Brunswick et sa communauté francophone. S’il ressemble plus à l’Acadie de Natasha-St-Pier qu’à la version du XXIe siècle, le site m’a cependant permis de percevoir, dès mon premier jour dans la province, la chaleur de ses habitants. Tout au long de mon échange universitaire (je viens de Bruxelles et je repartirai fin décembre en Belgique), votre ouverture d’esprit et votre facilité d’accueil m’ont d’ailleurs frappé. Et c’est avec un pincement au cœur que je reprendrai l’avion vers l’Europe, tant vous m’avez intégré à votre grande famille au cours de mon éphémère passage à Moncton.

J’ai disposé, avec Le Front, d’un excellent outil de découverte du métier de journaliste et de rencontre des divers acteurs du campus (bien que je ne garantisse pas de me rappeler dans quelques mois de tous les acronymes d’associations — APAPUM, FÉÉCUM, AÉÉICUM, etc.). Je m’en sers une ultime fois afin de vous exprimer toute ma gratitude ; vous avez fait de mon séjour une vraie réussite, qui me laissera des souvenirs immortels. Et veuillez me pardonner le contenu légèrement moins informatif que d’habitude de cet article. J’ai souvent dénoncé ce qui n’allait pas : mais quand des choses positives peuvent être dites, elles doivent l’être également.

Toujours flambeaux d’espoir!

Pour être tout à fait honnête, je ne connaissais même pas l’Acadie de nom avant de venir à Moncton. J’ai appris à découvrir une communauté fière d’affirmer sa singularité en situation de minorité. La défense d’intérêts linguistiques et identitaires aussi cruciaux implique bien évidemment quelques conflits, comme nous le démontre malheureusement celui qui déchire la SANB. Mais les frictions et les querelles de clocher ne me feront jamais oublier la bonne humeur de la plupart des locaux, toujours prêts à savourer une bonne bière aux myrtilles (et bientôt de l’Acadie Broue au Coude !), une poutine ou un fricot!

Il serait toutefois réducteur de résumer l’Acadie à une communauté de bons vivants. Je retiendrai certainement la musique rythmée et entraînante que Cayouche, les Hôtesses d’Hilaire, les Hay babies, etc. élèvent au rang d’art! Mais également les expressions chiac, telles que « worry pas ta brain », « viens virer une brosse avec nous », ou encore « tire-toi une bûche » ! Je me suis rendu compte un peu plus chaque jour combien ceux qui clament que le « patrimoine acadien » est une légende ont tort!

Dans un monde en perpétuel bouleversement, avec d’innombrables attentats et une foi de plus en plus ténue en un monde meilleur, une telle joie de vivre met du baume au cœur. C’est pourquoi j’espère que vous garderez toujours cette énergie souriante et inébranlable, et que vous continuerez à la répandre ainsi autour de vous! Notre planète a besoin d’une jeunesse optimiste et entreprenante, incarnée (en tout cas en apparence et jusqu’ici) par exemple par un Premier ministre tel que Justin Trudeau. La façon dont vous défendez vos intérêts (dette étudiante, représentation des francophones) tout en conservant presque perpétuellement un large sourire m’a vraiment impressionné! Vous montrez chaque jour qu’il est possible de combiner réalisme et idéalisme. Et cette qualité n’est pas universelle: je reproche souvent à plusieurs amis européens de cesser de rêver bien trop tôt et de céder facilement au désenchantement.

Au-delà des différences

Le campus universitaire de Moncton me paraît être une allégorie parfaite de la société. Les étudiants disposent par exemple d’un « gouvernement » élu (la FÉÉCUM), qui peut influer sur le pouvoir exécutif incarné par le rectorat. La pluralité des confessions est également encouragée, avec une église catholique et une mosquée. Mais pour survivre, toute société doit se rassembler autour de facteurs d’unité—au niveau acadien, ce sont le patrimoine culturel et la langue française par exemple. Au niveau du campus, lesdits facteurs semblent plus difficiles à identifier, comme l’a rappelé Marie-Pier Cyr dans deux éditoriaux consacrés à l’esprit universitaire. Cependant, en tant qu’Européen, j’ai été très épaté par l’union sacrée autour des Aigles Bleu(e)s, par le front commun contre les coupures constantes dans le budget provincial consacré à l’éducation postsecondaire et par la fierté d’appartenir à la plus grande université francophone du Canada hors Québec. Une telle cohésion ne se retrouve que dans les plus prestigieuses institutions académiques du Vieux Continent. Il ne faut donc pas désespérer : en ces temps difficiles, l’unité me semble se construire patiemment, mais sûrement. Et j’appliquerai volontiers la devise de l’Union Européenne au campus : « Unis dans la diversité ».

 

Je terminerai en soulignant la beauté des sites naturels canadiens et le souci constant de préserver ces trésors. Le pays à la feuille d’érable a certainement son mot à dire en matière environnementale et j’ose espérer que sa voix sera écoutée avec attention lors de la conférence de Paris. Croisons également les doigts pour que le monopole économique exercé par un certain groupe pétrolier dans la région ne nuise pas à la pureté des paysages.

Bref, en un mot comme en mille : MERCI ! Pour votre enthousiasme, votre accueil chaleureux, votre manière d’être, votre tolérance… grâce à vous, j’ai compris que partir (en échange universitaire), ce n’est pas seulement mourir, mais aussi mûrir un peu ! Dernier jeu de mots, promis. Et à très bientôt j’espère!

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Parmi les nombreux paysages idylliques du Nouveau-Brunswick, celui d’Hopewell Rocks m’a spécialement marqué.

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