La performance comme leitmotiv

hockey pratique damien

« L’ennui naquit un jour de l’uniformité », disait au XVIIIème siècle Antoine Houdart de la Motte, écrivain et dramaturge français. Bien que vieille de trois siècles désormais, cette maxime trouve une résonance particulière en cette période de préparation fébrile pour les examens.

Denis Ross, l’entraîneur de l’équipe féminine de hockey de l’Université de Moncton, semble en tout cas déterminé à vaincre cette lassitude. Il a en effet mis sur pied un programme d’entraînement spécial pour ses joueuses, qui durera trois semaines. Au lieu de se préparer ensemble aux prochaines échéances, les athlètes sont divisées en deux groupes et doivent accomplir certains exercices. Deuxième différence : ce n’est pas Denis Ross qui les supervise directement—bien qu’il chapeaute l’initiative, les deux équipes sont menées respectivement par Marc-André Côté et Kristine Labrie.

A priori, cette modification de la routine des pratiques pourrait déstabiliser les hockeyeuses déjà stressées par les examens. Jodie Dupéré, défenseuse des Aigles Bleues, n’est pas de cet avis : « Un peu de changement fait toujours du bien, surtout à la fin d’une session. Ça ne m’affecte pas vraiment ». Roxanne Turcotte, numéro six de la formation, embraie sur ces propos : « Le changement ne nous déstabilise pas puisque l’horaire de nos activités est pratiquement le même que notre horaire régulier ».

Denis Ross considère, quant à lui, que ce petit bouleversement permet aux joueuses de se changer les idées en faisant un peu de sport. Il avance pour sa part l’argument de la tradition : « Toutes les années depuis que je suis ici, j’ai fait le même scénario en décembre ».

Et vu les performances en fin de saison (finales, titres, participations aux championnats nationaux, etc.), force est de reconnaître que le système est efficace. Même les sportives qui ont le plus de difficultés au niveau académique conservent le temps d’étudier suffisamment, chacune ayant trois jours de congé par semaine.

De l’essence dans le moteur ?

Reste l’importante question de la motivation des joueuses. L’effort intellectuel est déjà intense actuellement, les hockeyeuses disposent-elles de ressources physiques suffisantes pour encore se donner à fond ? Jodie Dupéré explique que la pratique est pour elle comme une cerise sur le sundae : « Souvent, c’est l’entraînement qu’on attend à la fin de la journée pour avoir une pause d’étude et se changer les idées ». Roxanne Turcotte abonde dans ce sens et résume à la perfection les objectifs de cette modification du déroulement des pratiques : « Mettre le stress de la compétition de côté nous permet de  nous relaxer en pratiquant notre passion et de rester en forme pour la deuxième moitié de saison, qui sera beaucoup plus exigeante que la première moitié ».

L’aspect physique, voilà la clé : Denis Ross compte sur des matches de volleyball ou d’ultimate frisbee pour maintenir la cohésion et la condition de ses ouailles. « On mise plus sur la cardio et la musculation ». L’entraîneur a également prévu des confrontations en quatre contre quatre des deux groupes—« ça ne dure pas longtemps », en raison de l’intensité physique de tels exercices. En fin psychologue, le coach sait également que ses troupes ont besoin d’un minimum d’émulation mutuelle pour demeurer concentrées et motivées : « La plupart des athlètes universitaires ont l’esprit compétitif ». C’est pourquoi il a créé un système de points gagnés lors de chaque partie de hockey, de volleyball ou de frisbee. Loin de retenir les potentielles divisions internes qu’une telle concurrence peut créer, les hockeyeuses préfèrent en conserver l’aspect ludique.

Engagement et résultats

Le dynamisme de l’équipe ne peut en tout cas que difficilement être remis en question. Elle a par exemple relancé cette année le Tournoi Interscolaire Francophone. À sa création, il était organisé et animé par le Service des Sports, mais pour diverses raisons, il a cessé d’exister quelques années passées. La résurrection de la compétition est l’œuvre d’anciennes joueuses universitaires qui ont participé au Tournoi dans leur carrière d’athlète et ont voulu donner la même chance à celles qui marchent sur leurs traces. Denis Ross précise que l’idée est « de lever des fonds pour les équipes sportives et d’amener des gens d’autres provinces à venir étudier à Moncton ». Les Aigles Bleues disputeront plusieurs parties dans les semaines à venir afin de conserver un rythme de travail.

Les récents résultats leur permettent en tout cas de progresser dans la sérénité ; grâce à leur victoire de 4-2 face à St. Thomas lors du dernier match avant la trêve hivernale, elles sont passées à la deuxième place du classement de la ligue. L’écart avec la première place est certes conséquent (6 points), mais les joutes sont encore nombreuses. Au niveau statistique, les joueuses de Moncton atteignent déjà l’excellence dans certains domaines. Marie-Pier Corriveau et Kaitlyn Gallaway sont les meilleures buteuses du championnat avec huit réalisations chacune et Gabrielle Forget est la deuxième meilleure gardienne en matière de buts encaissés par partie, avec une moyenne de 2,01. Enfin, les Aigles Bleues ont remporté cinq de leurs six dernières confrontations.

L’équipe est donc bien armée pour de nouvelles aventures. Le mot de la fin est pour Roxanne Turcotte : « Maintenant, nous savons à quoi nous attendre pour la deuxième moitié de saison. Et nous allons être prêtes! ». Joyeuses fêtes, les Aigles !

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