Agir pour changer

Marie-Michèle Vienneau multiplie les préparatifs pour la soirée Agora depuis plusieurs semaines.

Marie-Michèle Vienneau multiplie les préparatifs pour la soirée Agora depuis plusieurs semaines.

Agora. Voilà un bel exemple de mot que l’on entend souvent sans savoir en cerner précisément la définition. Certains diront que ce terme leur évoque vaguement l’Antiquité, d’autres qu’il fait référence à la foule (d’où l’agoraphobie, ou peur de la foule). Face à cette incertitude, le dictionnaire s’érige en solution efficace et incontestable. Selon le Larousse, l’agora est « à l’époque grecque classique, la place publique, centre administratif, religieux et commercial de la cité ». Bref, il est aisé de déduire que le mot désigne le centre névralgique des cités hellènes de l’Antiquité. Dès lors, quel est le lien entre ces définitions et la soirée Agora organisée le 19 novembre à 19h par les Conseils des Arts et celui des Sciences Sociales?

Le débat public, pardi! En effet, il était courant de deviser de grands thèmes philosophiques sur l’agora grecque. Les philosophes venaient parfois y prêcher leurs vérités au sujet de questions existentielles.

C’est dans cette logique que Marie-Michèle Vienneau, vice-présidente du Conseil des Arts, a invité Colette Lelièvre, responsable des campagnes et des actions Amnistie Internationale pour le Canada francophone, à venir parler aux Monctoniens de la liberté d’expression : « C’est une personne qui fitte très bien avec notre événement. Elle lutte contre la torture, les enfants soldats, et pour les droits de la femme… on ne pouvait rêver meilleure conférencière ! ».

Le thème choisi pour la soirée n’est pas innocent : « La liberté d’expression m’a touché depuis le plus jeune âge », révèle Marie-Michèle Vienneau, dont la mère est impliquée dans plusieurs projets d’Amnistie Internationale. « J’ai commencé à participer à leurs campagnes en onzième année, grâce à mon professeur de droit qui m’a donné le goût de faire des actions concrètes pour faire une différence dans le monde ».

Tout le défi, dans ce genre d’évènements, est de réussir à sensibiliser les étudiants et le public du grand Moncton à des thèmes aussi cruciaux. En effet, le Canada est un pays où la liberté d’expression n’est à première vue pas menacée, il est donc facile de sombrer dans un égoïsme indifférent à l’égard de ceux qui sont muselés à des milliers de kilomètres d’ici. Toutefois, il serait faux de croire que la censure ne frappe pas en Amérique du Nord. La campagne Écrire, ça libère, dont la soirée Agora est l’un des évènements, mentionne plusieurs personnes réduites au silence aux États-Unis ou au Canada.

Le message semble en tout cas bien passer auprès de la communauté du grand Moncton. La première édition de la soirée Agora avait accueilli 50 convives, la seconde 120. Les organisateurs espèrent naturellement que l’expansion se poursuive cette année. Le programme, axé notamment sur la participation du public, est destiné à attirer un maximum de curieux. L’événement commencera ainsi par une conférence de Colette Lelièvre. Les personnes présentes seront ensuite invitées à écrire des cartes frappées du logo de la campagne Écrire, ça libère pour exprimer leur soutien à ceux qui ne bénéficient pas de la liberté d’expression dans le monde. En outre, un goûter sera servi et les Improbables viendront jouer à la salle Richelieu.

Le choix de cette dernière au détriment du 63 est d’ailleurs étonnant à première vue.

« La salle Richelieu est très adaptée à notre événement. Le 63 était notre plan de départ, mais à cause du Coude, ils ont quelques difficultés… », explique Marie-Michèle Vienneau.

En termes organisationnels, la préparation de la soirée s’est passée sans anicroche, à en croire la vice-présidente du conseil des arts, par ailleurs, étudiante en information-communication. «On n’a pas vraiment eu de problèmes de ce côté-là, on dirait même que ça va trop bien! ». Au niveau financier également, les fonds ont été récoltés sans trop de difficultés, ce qui est rare vu le contexte budgétaire dans lequel végète actuellement l’Université de Moncton. « Nous avons reçu plusieurs dons, de la part de la doyenne des Arts et Sciences Sociales, de la FÉÉCUM, de l’alUMni et de la vice-rectrice. Le support financier a été suffisant », s’enthousiasme la dynamique organisatrice.

L’objectif de la soirée est double, d’après les Conseils impliqués. Le premier est de remuer la fibre humanitaire et sociale des gens pour qu’ils soient conscients du manque de liberté d’expression dans de nombreux endroits du globe. Le second est de leur faire comprendre qu’ « agir, ça peut faire changer les choses », conclut Marie-Michèle Vienneau.

La question connexe au deuxième but exposé est naturellement celle de l’efficacité de ce genre d’actions. Les chiffres présentés sur le site web d’Amnistie à propos du succès de Écrire, ça libère sont éloquents : sur 148 personnes auxquelles l’organisation a apporté son soutien depuis 2000, 97 ont été libérées et jouissent maintenant de plus de latitude. Puisqu’à Moncton, « une vague nous soulève » selon le gouvernement local, surfons dessus pour créer la marée montante de la liberté d’expression!

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