Après la pluie : un déluge de talent

La pièce « Après la pluie » est présentée jusqu’au 12 avril prochain. Photo : Anthony Azard/Le Front

Les étudiantes et les étudiants de 3e et 4e années en art dramatique présentent jusqu’au 12 avril la pièce « Après la pluie » au Studio-Théâtre La Grange à l’Université de Moncton. L’auteur catalan Sergi Belbel signe le texte tandis que Andrei Zaharia signe la mise en scène de la pièce.

« C’est une satire. Ça se passe dans une ville, dans les temps d’aujourd’hui, et ça fait deux ans qui n’a pas eu de pluie. La ville est dans une grande sécheresse. On voit des employés d’une institution financière à succès, on voit comment la sécheresse affecte certains personnages de la pièce », raconte l’un des comédiens de la pièce, Émilien Cormier.

« Après la pluie » raconte la vie de huit employés d’une institution financière qui se réfugient sur le toit de l’immeuble de 49 étages pour fumer en cachette. Dans une atmosphère d’illégalité de plus en plus survoltée, s’expriment et s’accumulent de nombreuses frustrations qui culmine éventuellement vers un état de crise. Tommy Des Rosiers incarne le personnage du programmeur informatique. Selon lui, les fumeurs devraient venir assister à la pièce pour constater, dans l’humour, les maintes règlementations implantées depuis un certain temps au pays.

« À la base, ils vont juste trouver ça drôle, parce que y’a comme une chasse aux sorcières qui existe actuellement, tu sais comme ils vont trouver ça drôle. De deux, j’trouve que ça dépeigne bien les pressions environnementales qui a pas nécessairement au travail ou à l’université où t’as pas le droit de te mettre du parfum. Tu sais, la pièce serait la même chose si ça serait du parfum. »

« C’est un état de tension qui est créé par l’atmosphère, par l’environnement et par le milieu de travail, donc c’est un double effet de tension qui vivent ces personnages. Les relations entre eux sont aussi tendues, on assiste donc à une déchirance », constate de son côté la comédienne Sophie Bouchard-Tremblay.

Ce qui a attiré les étudiants et les professeurs vers le choix du texte de Belbel « est son caractère nettement anti-conventionnel, satirique, et […] même polémique qu’il a en commun avec la plupart des autres textes », peut-on lire dans le communiqué émis par le département.

 

CRITIQUE : Maîtrise du moment, de la technique et des personnages

La représentation d’« Après la pluie » du dimanche 9 avril fut, à mon avis, un succès sur toute la ligne. Un sans faille du début à la fin à un point tel qu’il est réellement d’une difficulté indescriptible d’aller creuser des éléments constructifs qui permettront à la relève de la scène théâtrale en Acadie de les faire avancer.

Tout d’abord, sans équivoque faut-il mentionner la main de maître de la régie quant à l’audiovisuel et tout l’aspect technique de la pièce, piloté par Justin Gauvin. Les moments choisis ont été bien exécutés, on aurait presque cru que tout était automatisé à la seconde près. Aucun temps mort. Les teintes de l’éclairage ont été bien choisies pour refléter les côtés sombres de la pièce. De manière fluide, même les changements les plus minimes sont nettement repérables tout au long de la pièce. Des subtilités qui plongent le public dans l’univers du 49e étage de l’institution financière.

Je note l’excellent jeu et la grande maîtrise de la majorité des personnages tout au long de la pièce. Mention spéciale à Des Rosiers, Bolduc, Bouchard-Tremblay pour cette maîtrise impeccable. Ces comédiens ont su faire ressortir, mais surtout de vivre le personnage qui les abritait de façon à ce qu’on puisse sentir réellement la force du mal qui les malmenait tous à un moment de leur vie.

Le côté hystérique de la Directrice exécutive, orchestrée par Sophie Bouchard-Tremblay, laisse présager que cette dernière saura se tailler une place facilement dans l’industrie du théâtre en Acadie grâce à son jeu simplement sublime.

Du côté du Programmeur informaticien (Tommy Des Rosiers), c’est la nervosité du personnage et son côté innocent, qui nous marquent dans la pièce. Force est de constater qu’au final, les évènements tournent bien mal dans cet univers sombre et lugubre, le changement brusque à la vie du personnage amène une pensée et un reflet sur les situations quotidiennes qui se déroulent dans le monde.

Le côté bouffon de Cormier et Hamburger n’est pas non plus à laisser de côté. Excellente séance de « frenchage » intense avec la Secrétaire rousse (Monica Bolduc) et le Coursier (Émilien Cormier), sans oublier que le côté un peu « wild » de la Secrétaire blonde (Maya Hamburger) permet d’alléger la pièce qui traite de suicide, de pensées noires et de drame en attendant la pluie tant espérée depuis 2 ans.

Quelques éléments (très mineurs soit dit en passant) ont retenu mon attention durant la pièce. La mise à scène me semblait, à certains moments, pas assez puissante. On dirait qu’il manquait de force au niveau du moment choisi pour permettre de vivre pleinement l’émotion que nous vivons avec les personnages qui nous amènent à décrocher une fraction de seconde, le temps de revenir rapidement à la pièce. Certains personnages m’ont semblé ne pas se tenir dans le barème de langue établi, qui semblait du langage familier provenant de France. Par contre, il doit tout de même être pris en considération que la pièce est une traduction française de l’auteur catalan Sergi Belbel, donc cela ne me surprendrait aucunement qu’il y est des erreurs dans la traduction et des décrochages qui n’ont aucun lien avec les comédiens.

Mais vraiment, très loin d’être une déception. À constater la façon dont ces étudiants de 3e et 4e année du département d’Art dramatique ont fait vivre et transmis les émotions que leurs personnages vivaient, ce fut tout à fait touchant. La pièce amène des réflexions intéressantes sur la vie. « Après la pluie » est une pièce à aller voir définitivement.

Il reste encore des places pour les représentations du lundi 10 avril, mardi 11 avril et mercredi 12 avril.

Note : 8/10

À propos
Journaliste CKUM

Anthony Azard est journaliste pour la radio communautaire CKUM. Il entame sa deuxième année du programme d’Information-communication. Il anime Le Point: édition du matin, du midi et du vendredi et couvre l’actualité du sud-est du Nouveau-Brunswick. Depuis 2016, il est aussi collaborateur occasionnel à l’émission « La Route des 20 » sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première.

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