Arrêt sur Image : un constat frappant sur l’image de soi

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Cathie, l’un des quatre personnages incarnés par Lou Poirier. Photo gracieuseté

Lou Poirier a eu la scène à elle seule, mercredi dernier, pour interpréter une pièce de sa propre création, Arrêt sur image.

Jusqu’où peut-on aller pour plaire? C’est autour de cette question que le scénario prend forme, en explorant le besoin de séduire à tout prix des acteurs de la société contemporaine.

La pièce, un véritable constat de cette réalité multiplateforme, expose les moules et les normes auxquelles les femmes doivent se conformer tous les jours.

« J’ai apprécié le défi de parler d’un sujet d’actualité sans vraiment essayer de passer un message, mais en [faisant] quand même un certain constat », explique Lou Poirier.

Trois stéréotypes de la femme moderne

L’idée directrice est fondée sur deux pôles opposés, incarnés par les personnages de Cathie et de Manon, qui personnifient respectivement la « pitoune » et la « tomboy ».

La première veut plaire à tout prix et le met bien en évidence, tandis que la deuxième donne une impression de laisser-aller, mais au fond veut autant plaire que l’autre.

C’est le troisième personnage de Mireille, une sociologue aux verres épais, qui cimente le lien entre les deux. Elle ajoute une touche d’intellectualisme, alimentant un peu la voix intérieure du spectateur, tout en agissant comme contrepoids aux opinions crues et instinctives des deux autres.

Elle présente, par des diaporamas originaux, ses études sur le comportement humain, en analysant objectivement le narcissisme de la société moderne.

Indirectement, elle fournit à l’auditoire une meilleure contextualisation des deux autres personnages, et finalement d’elle-même, en démontrant les répercussions de cette préoccupation de l’image personnelle et des maladies mentales reliées à cette « surperception » de soi.

Puisque ces trois femmes incarnent toutes un stéréotype moderne du genre féminin, le fait qu’elles ont toutes été jouées par une seule actrice suggère que chaque femme a un peu des trois en elle.

« L’idée que je veux véhiculer, c’est que toutes ces nuances de personnalité peuvent être rassemblées dans une personne », explique Lou Poirier.

Trois personnages, une actrice

Les trois filles de la pièce peuvent être vues comme trois personnages distincts ou trois facettes d’une même personne.

« C’est un peu avec ça que je laisse partir le spectateur », explique Lou Poirier.

Mais un quatrième personnage, Isabelle, sert de « transition » entre les trois. Vêtue de couleur peau, elle représente l’individu qui fait la part des choses entre toutes ces nuances de personnalité.

C’était de parvenir à incarner quatre personnages à elle seule qui s’est avéré être un défi de taille pour Lou Poirier. Le metteur en scène, Jacques Lessard, lui a été d’une grande aide en lui donnant des conseils pour mieux canaliser l’énergie de chacune.

« C’est vraiment la partie défi d’incarner quatre personnages, mais heureusement j’avais un metteur en scène qui m’a vraiment aidé à orienter l’énergie et la parole de chacun. »

Elle explique avoir trouvé un style propre à chaque personnage au cours de la création.

« Il fallait vraiment que je sois claire dans la position de chacune. Ça s’est révélé au fil du travail, parce que ces personnages-là expriment, chacune à leur façon, des paroles que moi j’ai. »

Du théâtre et de la danse

Lou Poirier, spécialiste en théâtre physique, a reçu une double formation.

Elle a été formée en théâtre au Département d’art dramatique de l’Université de Moncton, au Conservatoire de Poitiers et à l’École internationale de Théâtre LASSAAD, à Bruxelles, et en danse à la Bewegungs Art Schule en Allemagne.

La pièce incorpore plusieurs éléments de danse. L’une des scènes les plus percutantes est la première, où Isabelle, le personnage neutre, est aux prises avec un « combat » contre son propre corps.

La pièce en entier est une véritable chorégraphie, et la maitrise de Lou Poirier sur son physique donne une toute autre dimension au spectacle.

Outre le metteur en scène Jacques Lessard, il y avait Sébastien Michaud à la conception sonore, Sylvain Ward à la scénographie, Louis-Philippe Chiasson et Isa Umbeer aux images, ainsi que Luc Mills à la régie.

Les trois premières représentations ont eu lieu du 25 au 27 novembre dans le Théâtre l’Escaouette à Moncton.

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