Opinion: Au cœur de l’intégration

Mon nom? Peu importe. Mes origines? Encore moins, je viens de là, là où il fait toujours chaud et les lions chassent les gazelles. Je suis un cliché vivant, je vis mon quotidien en sautant de stéréotype en stéréotype, tous semblent déjà me connaitre avant même que je prononce mon nom.Avant d’arriver au Canada, je n’avais jamais rencontré ces vendeurs de rêves, d’espoir et d’un futur qui ne semble exister que sur brochure. Ils ont pris mes aspirations, ils les ont enveloppées avec les droits de scolarités les plus bas au Canada et ils m’ont servi le plus empoisonné des cadeaux. La valise lourde de qui s’apprête à écrire un nouveau chapitre de sa vie, je suis parti à la conquête du savoir et de la vie.

Certains l’appellent le rêve américain, les rues pavées d’or du savoir, le sommet de l’épanouissement, l’eldorado, moi je l’appelle tout simplement futur. Un futur qui n’est pas donné, car rien de la vie ne tombe du ciel. Certes, au Canada aussi il faut travailler, mais à la différence de certaines réalités élitiste et étouffantes, au Canada on a tous des chances égales de chasser et d’attraper nos rêves, ou c’est ce qu’ils nous disent, tout au moins. Malheureusement pour moi, et heureusement pour d’autres, avec ma permanence ici à Moncton, j’ai réalisé que l’eldorado dont je rêvais autant, c’était finalement moi même.

J’ai tout de suite réalisé que le seul argent que j’allais voir ce serait celui que moi même je dépenserai en frais de scolarités, dans cette incessante recherche d’un rêve qui se perd dans le brouillard.

Je me regarde au miroir et je n’y vois que des billets de 100$, je ne suis que des chiffres, une somme d’argent, une conquête, un prix. J’ai vendu mon âme au diable, et une fois le pacte signé, j’ai été laissé à moi même, perdu dans un espoir qui s’affaiblit, mais qui ne veut point mourir.

11 000$ fois quatre ans pour un total de 44 000$, voici le prix de mes rêves, si seulement tout cela avait un suivi. Je ne cherche pas de la sympathie, je ne suis pas en quête de compassion, mais je me sens trahi, voici l’état des choses. Ils m’ont vendu la diversité, et ils avaient raison, je me sens bien différent, de plus en plus, jour après jour.

Ils m’ont vendu des grands sourires et la chaleur des gens, mais cette dernière provient d’un soleil que je n’ai pas encore vu briller.

Certes les gens son gentils, certes l’on me dit bonjour en souriant, mais cela, et je parle de mon expérience, n’est que le déguisement d’un bouclier presque impossible à percer. Mes classes se divisent par couleurs, Canadiens et Africains ne se mélangent que rarement, et quand cela se produit l’on parle de l’exception et non de la règle. Le jour de ma graduation approche, mais je n’ai pas l’impression qu’on veut de moi, que l’on compte sur moi que pour remplir les coffres et que cela reste à moi de me démerder par la suite. Et pourtant, partout dans la province l’on me parle d’immigration, de rétention et de futur.

À chaque jour je contribue économiquement à la survie de la province, car dans le cas du Nouveau-Brunswick c’est bien de survie que l’on parle. Loyer, courses, études, je donne, je donne et je redonne encore, avec beaucoup de sacrifices, et pourtant je sens que rien ne m’attend une fois mes études terminées, et que la suite de mon parcours n’est que mon inquiétude, et que les autres, en fin de compte, comme l’on dit aussi bien en France, s’en battent les couilles.

Alors, pour clôturer cette déception que je porte en moi depuis plusieurs mois, j’aimerais vous faire part de l’une de mes plus grandes découvertes; j’ai finalement découvert le prix de l’incertitude, et cela c’est quelque chose aux alentours de 44 000$, je peux vous montrer la facture si vous voulez, elle porte la signature de l’Université de Moncton.

Signé par l’Association des étudiantes et étudiants internationaux de l’Université de Moncton (AÉÉICUM)

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