CRITIQUE – Au cœur d’une culture étrangère

Un environnement exaltant, un scénario enjôleur, El abrazo de la serpiente transporte son public hors de la projection noire et blanche vers la jungle de l’Amazonie, où l’aventure turbulente de l’impact de deux cultures est captée sous une toute nouvelle lumière.

Résumé

Inspirée des recherches et des expériences de deux scientifiques, l’histoire raconte les trajets de Karamakate, un shaman et le seul survivant d’une tribu amazonienne, qui accompagne chacun des scientifiques à la recherche d’une plante rare à la science, mais sacrée au peuple indigène. Divisé par le temps et l’acculturation, Karamakate doit creuser sa mémoire pour retrouver le chemin, premièrement parcouru avec Theodor Koch-Grunberg en 1909, pour le reprendre avec Richard Evans Schultes en 1940, et réparer les erreurs de sa jeunesse.

Une réalité frappante

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Nominé dans la catégorie de meilleur film étranger aux Oscars 2016, El abrazo de la serpiente a été présenté au cours du Festival del cine 2016. Photo Wikipédia.

L’histoire d’acculturation de ce peuple amazonien, suite au ravage de leurs terres par les explorateurs à la recherche de caoutchouc, rappelle celle des premiers contacts entre les Autochtones et les Européens à la recherche d’or. Les effets de la conquête des territoires et l’extraction de ses ressources sont ressentis en profondeur par les habitants natifs, qui le vivent plutôt comme le massacre de leurs coutumes sacrées, la perte de leurs terres chères et l’arrachement de leur culture. L’ambition capitaliste des explorateurs résulte en un taux massif de mortalité et l’acculturation des survivants. Ce film explore et démontre ces effets d’une façon qui choque le public, mais qui évoque, sans aucun doute, une réalité vécue par les victimes de tels génocides.

Deux cultures, une histoire

La culture seule est assez fascinante pour divertir l’auditoire pour plus de deux heures de tournage, sans oublier l’incroyable phénomène qui se produit lorsque deux cultures entrent en contact.

Le contraste des croyances, des perspectives et de l’ouverture d’esprit entre Karamakate et les scientifiques rappelle qu’il n’existe aucune seule bonne manière de vivre et que c’est en tolérance qu’on achève un équilibre. Les performances de Nilbio Torres et Antonio Bolívar sont à remercier pour ces représentations.

Image, langue et sous-titre

Ce n’est pas étonnant que ce film ait été nominé pour le meilleur film étranger aux Oscars 2016. Le tournage en noir et blanc donne un goût classique à une histoire vécue par plusieurs peuples en histoire. Bien que la majorité du dialecte soit dans le langage de la tribu et en espagnol, les sous-titres anglais sont très bien rédigés et (du moins pour une personne qui connaît un peu d’espagnol) très adéquats.

On doit tout de même prévenir le public de quelques scènes violentes, mais celles-ci ne comportent pas d’images excessivement graphiques. Mis à part cette exception, le chef-d’œuvre de Ciro Guerra est à recommander à tous.

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