« Be Proud » : assez des divisions, place à l’unité !

par Rémi Frenette

Ce vendredi au Tonneau aura lieu le « Jamnight Be Proud », une soirée musicale voulant rassembler les gens tout simplement dans une atmosphère de fête et d’affirmation identitaire. Le spectacle est organisé par Marie-Soleil Blais, alias DJ Miss Sunshine, étudiante en administration à l’Université de Moncton.

Le slogan et l’activité « Be Proud » sont appuyés par l’association Un sur dix mais Marie-Soleil précise que l’initiative relève plutôt de son implication personnelle. Elle animera une bonne partie de la soirée en tant que DJ Miss Sunshine suite aux prestations d’autres musiciens locaux. Inspirée du « house music » de Montréal, elle promet d’offrir des morceaux qui sortent du moule de la musique de club populaire qu’on retrouve à Moncton. Marie-Soleil en profitera pour faire la vente de ses CD et possiblement de t-shirts « Be Proud ».

Le message central de « Be Proud » est « soyez fiers d’être vous-même, dans vos choix et dans votre façon de vivre ». Le message ne cible pas seulement l’orientation sexuelle mais aussi tous les groupes qui affrontent quotidiennement des barrières contre leur choix et décision qui les définissent comme personnes. Puisqu’on retrouve la discrimination dans tellement de domaines et de sphères de vie, Marie-Soleil tente de rejoindre l’ensemble des gens qui se sentent concernés par le slogan « Be Proud ».

Le message est donc quelque peu en marge des idées habituellement prônées par Un sur dix. Marie-Soleil considère qu’on tend trop souvent à séparer les communautés gaies et hétérosexuelles, à problématiser l’orientation sexuelle au lieu de l’aborder d’une façon sociale et décontractée :

« Pourquoi ne pas viser plus large ? Un sur Dix touche beaucoup au côté sensibilisation. Moi, c’était plus le côté de créer un lieu de rassemblement. Juste de voir d’autre monde, c’est ça qui aide les gens à progresser et à se dire : « Heille, je ne suis pas seul ! » Ce n’est pas juste en mettant des affiches que le message passe. C’est en étant là ensemble et en jasant autour d’une bière. »

Pour Marie-Soleil, mettre l’accent sur les différences peut contribuer à la division plutôt qu’à l’unité :

« On enlève la ligne entre le straight et le gay. On ouvre les portes à l’Université à tout le monde. Ça m’a toujours un peu tannée, comme avec la parade gaie et leur « pride, pride, pride ». À un moment donné, est-ce que parce que tu es gay tu es plus fier qu’un straight devrait l’être ? »

Elle précise aussi que l’homophobie n’est pas toujours la cause du refoulement personnelle de l’orientation sexuelle :

« On veut donner du support à celui ou celle qui n’est peut-être pas victime d’homophobie, qui est bien entouré et correct mais qui, lui-même, n’est juste pas capable [de s’affirmer]. Et cette personne-là a quoi ? Des pancartes «Non à l’homophobie» pour l’aider ? »

Aussi, « Be Proud » est une formulation qui s’oppose à des messages de nature plus agressive. Marie-Soleil se souvient par exemple d’un ancien slogan « Fuck hate » visant à dénoncer la discrimination sexuelle. Elle pense que « Be Proud » constitue « le même message mais à l’envers, de façon positive. » Encore une fois, on note le caractère unificateur et inclusif de son message.

Il faut préciser que l’Université de Moncton ne fait pas exception à ce besoin d’ouverture. Dans l’édition d’avril 2010 du magazine Wayves, Chantal Thanh Laplante, membre du comité exécutif d’Un sur dix, explique que les affiches de son association sont parfois arrachées des babillards du campus ou jetées à la poubelle. Elle souligne aussi qu’au moins trois étudiants ont tenté le suicide durant l’année 2009-2010 en raison de leur orientation sexuelle.

Au final, c’est pour contester la discrimination en général et pour rassembler les gens de différentes trajectoires de vie qu’aura lieu « Jamnight Be Proud ». Le coût d’admission est de deux dollars à la porte.

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