Le sous-financement entraîne une hausse à la scolarité de 2 %

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La présidente de la FÉÉCUM, Roxann Guerrette, sort du Conseil des Gouverneurs. Elle se dit déçue de la nouvelle hausse de 2 %. Photo Samuel LeGresley

Les étudiants paieront 2 % de plus dès septembre pour leurs études à l’Université de Moncton, une mesure annoncée dans un budget déficitaire adopté au Conseil des Gouverneurs.

Cette hausse concerne tous les étudiants, à la fois canadiens et internationaux. Les droits de scolarité des étudiants canadiens passeront de 5 604 $ à 5 716 $, et de 10 270 $ à 10 475 $ pour les étudiants internationaux.

L’Université de Moncton dénonce le financement « inadéquat » de la province aux établissements postsecondaires dans l’adoption de son budget, qui connaît un déficit de 544 000 $ cette année malgré la hausse des droits de scolarité. Pour compenser ce manque, l’institution s’engage à faire des efforts importants de rationalisation.

Le recteur de l’université, Raymond Théberge, critique surtout le sous-financement des institutions postsecondaires. « La réponse se trouve non à l’Université, mais beaucoup plus au niveau du gouvernement, qui ne finance pas les universités selon leurs besoins. »

Dans son dernier budget, la province n’a pas haussé la cotisation allouée aux universités pour la deuxième année consécutive.

L’an dernier, l’Université de Moncton avait essuyé un déficit de plus d’un million de dollars, ayant subi un gel de l’augmentation des droits de scolarité par le gouvernement provincial.

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Période de questions avec le recteur Raymond Théberge (centre), le vice-recteur à l’administration et aux ressources humaines Edgar Robichaud (gauche) et le vice-recteur du campus d’Edmundston Jacques Paul Couturier (droite). Photo Samuel LeGresley

Des efforts de rationalisation

Pour compenser le déficit, l’Université abolira certains postes, en plus du non-renouvellement de postes temporaires et de coupures au budget matériel. Plus de détails sur les coupures seront révélés le 11 juin, au prochain Conseil des gouverneurs.

« Cette année, on augmente le nombre d’étudiants par section dans différents programmes, on offre moins de choix de cours, constate Raymond Théberge. [Le déficit] a un impact sur l’offre des programmes et sur l’accessibilité des cours. »

L’institution veut toutefois prioriser le secteur académique, qui représente un peu plus de 57 % du budget total.

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La présidente de la FÉÉCUM, Roxann Guerrette.

Selon la présidente de la Fédération des étudiantes et étudiants (FÉÉCUM), Roxann Guerrette, il y a eu trop de coupures au niveau professoral dans les dernières années, entrainant une augmentation du nombre de travailleurs temporaires. « Il y a de plus en plus de chargés de cours, ce qui fait qu’il y a moins de professeurs à temps plein qui sont impliqués dans la recherche », dit-elle.

Selon elle, l’Université devrait cesser les coupures dans le corps professoral, puisque l’institution valorise la recherche dans son plan stratégique.

Marie-Noëlle Ryan, présidente du syndicat des professeur.e.s (ABPPUM), partage cet avis. « On ne peut plus augmenter les frais de scolarité ou couper dans le secteur académique », dit-elle.

Comme dernière option, elle veut que l’Université reconsidère sa structure administrative, qui est trop lourde selon elle. « La gestion de 4 300 étudiants et quelques centaines de professeurs n’a pas besoin d’avoir sept vice-rectorats. »

En effet, l’institution embauche cinq vice-recteurs et deux vice-recteurs adjoints.

Par exemple, la vice-rectrice aux affaires étudiantes et internationales Marie-Linda Lord n’a pas renouvellé son mandat cette année. Selon Marie-Noëlle Ryan, il y aurait de fortes chances que l’Université abolisse ce secteur, qui occupe 272 470 $ du budget en 2016-2017.

« Certains vice-rectorats pourraient être remplacés par simplement une direction, croit-elle. Aussi, certaines facultés qui ont très peu d’étudiants pourraient être simplement des écoles ».

Elle pense que de changer des facultés en écoles réduirait la charge administrative, comme c’était le cas au campus d’Edmundston avec l’école de foresterie il y a quelques années.

Un problème au niveau provincial

Contrairement aux années précédentes, les étudiants n’ont pas manifesté contre l’administration universitaire lors de l’adoption d’une nouvelle hausse des droits de scolarité.

Même si elle dénonce l’augmentation, Roxann Guerrette reconnaît que le problème est au niveau du gouvernement provincial.

« C’est le sous-financement des universités qui a causé la hausse des droits de scolarité », indique-t-elle.

D’ailleurs, la FÉÉCUM a déjà manifesté à l’Assemblée législative à Fredericton pour dénoncer cette réalité au gouvernement, le 7 avril dernier.

Lors de l’année 2015-2016, la Fédération s’est rapprochée de l’Université, en reconnaissant qu’il faut militer au provincial. La Fédération a même signé un accord de front commun avec l’administration et les professeurs, il y a un an, pour dénoncer le sous-financement.

Un sous-financement malgré le programme d’aide aux études

Jeudi dernier, le gouvernement provincial a annoncé un programme d’accès à l’éducation qui rend les universités et collèges publics gratuits pour les familles à faible et moyen revenu.

L’initiative a été applaudie à la fois par l’Université de Moncton et la FÉÉCUM, mais selon eux, plusieurs problèmes ne sont pas réglés.

« Il ne faut pas négliger de financer le fonctionnement des universités », explique Raymond Théberge.

Il apprécie les efforts du gouvernement, mais ne pense pas que ce programme comblera au manque affectant le fonctionnement, c’est-à-dire la recherche, la qualité de l’enseignement, les ressources matérielles et le personnel de soutien. « [La province] finance les étudiants pour venir à l’Université et le gouvernement fédéral finance la recherche, mais aucun niveau du gouvernement ne semble vouloir financer le fonctionnement des universités. »

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