C’est pas frigolo!

S’il fallait hiérarchiser les pires cauchemars de la vie étudiante, la hantise du frigo vide figurerait sans doute en bonne place. Chacun essaie, durant sa période académique, de se comporter en bon gestionnaire afin de se prouver qu’on peut vivre en quasi-autonomie, sans l’assistance constante de ses parents. Mais certains jeunes inscrits à l’Université de Moncton, malgré une utilisation raisonnée de leurs ressources alimentaires, voient leur réfrigérateur se vider contre leur gré. Les vols de nourriture semblent en effet devenir de plus en plus fréquents sur le campus.

Ceux-ci se font uniquement dans les cuisines communes de la résidence Lefebvre, les trois autres logements universitaires ne disposant pas de telles facilités (chaque chambre possède sa propre kitchenette, et chacun conserve donc ses aliments dans un frigo individuel).

Certains cas de vol sont plutôt tragi-comiques : en témoigne l’exemple de cet étudiant qui avait acheté des œufs avant de partir quelques jours en vacances. À son retour, la boîte d’œufs était toujours là, mais elle était totalement vide. Le même locataire de la résidence Lefebvre, qui a tenu à garder l’anonymat, précise qu’il s’est également fait dérober de la sauce tomate.

Mais à quand remonte cette pratique? Ayoub Moussa, résident du logement universitaire depuis le début de la session, confie au Front la chose suivante : « L’année dernière, j’ai reçu des informations comme quoi il y aurait eu du vol ».

Pascal Haché, président de la FÉÉCUM, affirme quant à lui n’avoir jamais entendu de cas similaires, malgré sa longue expérience. Il semblerait donc que le problème est apparu relativement récemment.

Quelles solutions?

Une question se pose alors : est-ce que l’augmentation du nombre de vols est liée à un manque de visibilité de la banque alimentaire de la FÉÉCUM, qui pourrait apporter une solution puisqu’elle a pour vocation d’aider les étudiants dans le besoin?

Pascal Haché réfute cette hypothèse : « On a eu beaucoup d’étudiants qui sont venus [profiter de ce service]. Dès la première journée, on en avait une trentaine. Certains sont venus à quelques reprises déjà! »

Il lance d’ailleurs un appel à tous ceux qui se rendent coupables de vol : « Qu’ils viennent nous voir au lieu de passer à l’acte; tout se fait de façon confidentielle ».

Ayoub Moussa n’est pas convaincu de la valeur ajoutée de cette option : « À la banque alimentaire, il y a juste le nécessaire pour finir la semaine. Organiser une journée de collecte de dons sur le campus serait plus bénéfique ».

Il n’empêche que, d’ici à ce que les étudiants aient tous recours à l’une ou l’autre solution, il convient de prendre des mesures pour éviter ce genre de mauvaises surprises.

Ayoub Moussa a « déjà contacté le service de logement deux fois, et nous avons fait une réunion obligatoire pour parler des vols. Mais ils persistent encore. Je me suis fait voler mon pain [depuis la réunion] ».

Mais le cas suivant est celui qui est le plus resté en travers de la gorge de l’ancien président de Symbiose : il avait acheté une bouteille de jus d’orange et s’était absenté pour quelques heures. Quand il est revenu, le liquide avait été remplacé par de l’eau. C’est les lèvres pincées qu’il explique qu’il a préféré en rire.

Un autre habitant de la résidence Lefebvre explique qu’il a également été victime de vols, mais qu’il désire relativiser : « Je me suis fait un plat avant de partir en cours, et à mon retour il avait un peu “diminué”. Mais je n’ai pas voulu polémiquer là-dessus, ce n’est que de la nourriture ».

Penser aux conséquences

Il poursuit en révélant qu’il n’entretient aucune rancœur et qu’il favorise plutôt le dialogue : « Au lieu de voler une personne, il faut venir vers elle et lui dire que tu es dans le besoin. On est entre amis, on peut s’entraider! »

Pascal Haché est moins tendre et désire sensibiliser les voleurs aux conséquences de leurs actes. Il affirme que quand on subtilise sa nourriture à un résident, on lui dérobe peut-être ce qui était pour lui aussi son dernier moyen de subsistance de la semaine. Il veut dire par là qu’il est naïf de croire que ceux qui ont quelques aliments dans un frigo ont toujours les moyens de s’en payer beaucoup d’autres.

D’un autre côté, il est conscient des causes qui peuvent pousser à de tels agissements : « Il y a des étudiants qui regardent vers le futur, en se disant que plus ils s’endettent, plus ils devront rembourser par la suite; ils essaient donc de minimiser les coûts ».

Cette attitude responsable est louée par le président de la FÉÉCUM, mais il ne cautionne nullement la façon actuelle de résoudre cette difficile équation.

Quoi qu’il en soit, l’atmosphère de convivialité du logement étudiant ne semble pas trop souffrir de ces quelques vols : « Ça [les vols] n’a pas affecté le climat dans la résidence. On est toujours en train de jaser ensemble dans la cuisine ».

Reste à espérer que la situation s’améliorera dans les plus brefs délais, notamment grâce à une prise en considération par nos élus de la dette étudiante et des problèmes qui y sont liés.

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