Chronique RAT : Et si on se déshabillait?

par Sylvain Bérubé

La semaine dernière, nous avons commencé une série de quelques chroniques qui ont comme but de soulever les défis et la réalité des Acadiens en 2013. Cette semaine, nous nous attaquons à la question de la reconnaissance. Vous avez sûrement, comme moi, remarqué que depuis le mois de décembre un débat sur la reconnaissance des nations fait rage au Canada à travers le mouvement « Idle no more ». À ce titre, j’aimerais porter votre attention sur les commentaires absolument haineux que nous pouvons voir dans les médias s’attaquant aux premières nations. Je ne me prononcerai pas sur ceux-ci, sauf pour dire qu’ils doivent cesser. Les peuples des premières nations ont souffert de barbaries seulement parce qu’ils osent défendre leur droit collectif. J’arrive finalement au but de ma chronique, ces commentaires nous viennent, pour la grande part, de la droite corporative et politique qui voit les autochtones non pas comme une nation, mais comme un obstacle à leur succès et un problème à gérer. Notre gouvernement fédéral se voit incapable de reconnaître autrui parce qu’il ne se reconnaît même plus dans ses habits. En effet, n’est-il pas choquant de remarquer que la droite corporative, que nous désignerons désormais comme, le Capitaliste, porte le même uniforme que la droite politique que nous désignerons désormais comme, le Politicien?

Cet uniforme que nous appelons communément, l’habit, est composé d’une cravate, d’une chemise, du veston et des pantalons qui forment le complet. N’est-il pas étrange que ces deux domaines d’opérations qui se distinguent fondamentalement dans leur nature s’unissent pour porter le même uniforme lorsque tous les autres métiers se distinguent très facilement par leur uniforme? Le pompier, le policier, le médecin, le fermier, le travailleur de construction, tous ces métiers peuvent être facilement distingués par le port de l’uniforme. Pourtant, le Capitaliste, qui a pour seul travail s’occuper de ses propres intérêts, porte le même uniforme que le Politicien qui doit, lui, avoir l’intérêt du publique à cœur. Considérons d’ailleurs l’importance symbolique de l’uniforme, celui-ci dégage des informations quant aux statuts d’un métier et quant à ses fonctions. N’est-il donc pas curieux de considérer que ces deux personnalités qui normalement devraient être des opposées finissent par s’unir par le symbolisme d’un uniforme commun? La Réforme acadienne traditionnelle appelle au scandale! Pour que le Politicien puisse faire son travail, il doit se reconnaître dans ses propres habits.

Le Politicien doit se réformer. Il doit revenir à ses racines et reprendre le rôle du serviteur public qui agit au nom et pour le bien des communautés. Il doit ainsi s’inspirer des premières communautés acadiennes et de leur organisation politique. Pour ce faire, il doit se souvenir qu’il est différent du Capitaliste et qu’il n’a pas les mêmes fonctions que celui-ci, ainsi, doit-il se doter d’un nouvel uniforme. Heureusement, le passé acadien nous informe d’une solution. Les anciens habits du politicien étaient d’un niveau supérieur à ceux du Capitaliste, il portait un frac plutôt qu’un veston, et un gilet recouvrait sa chemise. D’ailleurs si l’on se fie au style des fracs du XVIIe siècle, nous ne pourrions point le confondre avec un simple complet de business man contemporain!

L’appel est lancé disciple! Il faut rhabiller nos politiciens pour qu’ils puissent se souvenir qu’ils ont un rôle unique à jouer dans la société. Ils représentent une circonscription et leur action doit être pour le bien commun et non seulement pour ceux qui s’habillent comme eux. Ils doivent se souvenir de leur responsabilité à reconnaître et travailler avec les multiples nations qui constituent ce grand pays, puisque s’ils l’oublient, ce n’est pas seulement les premières nations qui vont en souffrir, mais l’Acadie aussi.

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