Début d’agonie du Franc CFA?

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Le franc CFA, la monnaie de l’Afrique francophone, fait couler beaucoup d’encre et de salives. Depuis les derniers mois, les interventions des dirigeants des pays membres, soucieux de leur développement, vont dans le sens de la disparition, ce qu’ils qualifient de symbole colonial.

Qu’est-ce que le FCFA ?

La monnaie est née officiellement le 26 décembre 1945, date à laquelle la France a ratifié les accords de Bretton Woods. Il signifiait franc des colonies françaises d’Afrique. Son émission provenait directement de la caisse centrale de France d’outre-mer.

Cette monnaie a été créée dans un contexte de restauration de l’autorité monétaire française dans ces territoires isolés de la métropole durant la Deuxième Guerre mondiale. Le terme CFA a beaucoup évolué depuis lors; en 1958, son appellation change pour devenir franc de la communauté française d’Afrique, et actuellement, elle signifie Franc de la communauté financière d’Afrique pour certains pays et franc de la coopération financière d’Afrique pour d’autres en fonction de leur appartenance.

Où se situe la zone FCFA ?

Elle rassemble quinze États africains et trois territoires du Pacifique répartis en quatre groupes : le groupe des pays d’Afrique de l’Ouest, composé de huit États où figurent le Burkina Faso, le Mali, et le Sénégal, forme l’union économique et monétaire ouest-africaine UEMOA avec pour institut d’émission la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ce groupe Franc CFA est désigné franc de communauté financière d’Afrique avec pour code XOF.

Ensuite, un groupe constitué par des pays d’Afrique centrale au nombre de six, où figure le Tchad, le Cameroun et le Gabon, forme la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), avec pour institut d’émission la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Concernant ce groupe, franc CFA est désigné par franc de la coopération financière d’Afrique centrale; son code est XAF. L’Union des Comores utilisant le franc comorien; son code est KMF.

Les trois collectivités françaises du Pacifique avec pour institut d’émission, l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) utilisant le franc pacifique (ou franc CFP) ; son code est XPF.

Ces monnaies (XAF, XOF, KMF et XPF) représentent 3 % de la masse monétaire de l’euro.

Pourquoi elle fait sujet de frustration de nos jours ?

Tout d’abord, cette monnaie représente un frein de développement de l’économie des pays qui la détiennent. Elle représente une dépendance monétaire et politique dans le sens qu’aucune décision de la CEMAC, de l’UEMOA et de leurs banques centrales ne peut être prise sans l’accord de la banque de France.

Ensuite, concernant la convertibilité, cette devise confère aux pays qui l’ont adoptée, une crédibilité internationale que n’ont pas d’autres pays. Le problème est que l’euro étant une devise extrêmement forte, les pays de la zone FCFA souffrent de leur monnaie trop surévaluée. La zone UEMOA doit contracter des crédits auprès de la BCEAO (entre 2,5% et 3,5%) pour les prêter à ses états membres à un taux d’intérêt proche des 7,5%.

Concernant la mise en commun des réserves, les pays de la zone franc doivent obligatoirement déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor public français. En 2005, la BEAC et la BCEAO disposaient d’un dépôt de plus de 3 600 milliards de francs CFA (environ 72 milliards d’euros) auprès du Trésor public. Depuis le 1er janvier 1999, 1 euro équivaut à 655,957 FCFA.

Concernant la création monétaire, aucun pays n’est en mesure de créer de la monnaie selon ses besoins, ce qui peut ralentir l’économie ou au contraire favoriser une inflation relativement basse, à comparer avec les taux nettement supérieurs de leurs proches voisins.

En somme, toutes ces raisons ont poussé certains dirigeants à briser le silence. En début 2015, Kako Nubukpo, le ministre togolais chargé de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques, critique ouvertement la BECEAO dans un mémo interne de la banque centrale, ce qui lui a couté son poste dans le gouvernement togolais.

En aout, c’est au tour du président tchadien Idriss Déby d’appeler les pays africains à sortir de la zone franc CFA:« Il y a aujourd’hui le FCFA qui est garanti par le trésor français. Mais cette monnaie, elle est africaine. C’est notre monnaie à nous. Il faut maintenant que réellement dans les faits cette monnaie soit la nôtre pour que nous puissions, le moment venu, faire de cette monnaie une monnaie convertible et une monnaie qui permet à tous ces pays qui utilisent encore le FCFA de se développer. L’Afrique, la sous-région, les pays africains francophones aussi, ce que j’appelle la coopération monétaire avec la France, il y a des clauses qui sont dépassées. Ces clauses-là, il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas, ces clauses ne permettront pas de se développer avec cette monnaie-là. »

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