Des femmes au gym?!

Le CEPS a donné comme réponse que ce ne serait pas « business-like », alors parlons en chiffres d’affaires. Une heure par semaine, cela équivaut à 0,009% des heures d’ouverture. Oh boy!

Le dernier article d’actualité que le journal Le Front a publié stipulait qu’une demande avait été faite par les étudiants pour implorer le Centre d’éducation physique et des sports d’accorder une heure pendant la semaine où l’endroit serait réservé aux femmes. Cette proposition a été refusée. Cette information a causé un tison d’intérêt particulier chez les étudiants de l’Université de Moncton, alors il est du devoir de la rédaction en chef de créer un incendie. Ce n’est pas avec le désir d’attiser les braises que l’on continue sur ce sujet, ce n’est que pour approfondir les détails concernant ce volcan au repos.

En fait, cette décision n’est qu’un autre feu d’artifice que nous présente cette institution éducative. Comment pourrions-nous oublier le combustible premier d’une colère collective d’universitaires : la hausse des frais qui continue de nous éduquer sur la transformation chimique d’argent en cendres. Cet été, il y a aussi eu l’instauration d’une nouvelle politique concernant les activités d’intégration. C’est bien de vouloir nous protéger, mais on ne sait pas vraiment ce qui se passe si on ne s’approche jamais du feu. On préfère regarder de loin et dire « ça m’a bien l’air dangereux, je ne sais pas trop, créons donc une politique pour faire sûr de ne pas nous bruler ». Mais lorsque viennent de vraies demandes de protection, comme plus de services de sécurité sur le campus, d’ateliers contre la violence sexuelle, de cours d’auto-défense et des heures au gym où les femmes peuvent se sentir en sécurité, on regarde ailleurs, comme aveuglé par la fumée. Le slogan « Ici, c’est votre université » perd de son attrait avec tout ça. Maintenant, avec ce refus d’une réclamation aussi raisonnable qui concerne la moitié de la population étudiante, on se demande bien quel sera le bouquet final que cet établissement scolaire nous réserve.

Cette requête est très importante, encore plus que pour son utilisation première : cela peut mettre en lumière la réalité du traitement réservé aux femmes. Au Canada, en une année seulement, 427 000 femmes âgées de plus de 15 ans ont rapporté avoir été victimes d’agression sexuelle. Cependant, seulement 10% de ces agressions sont reportées à des autorités policières. Alors que 61 % des adultes disent connaitre personnellement au moins une femme qui a déjà été victime de violence physique ou sexuelle. Pourtant, l’université déclare ouvertement qu’il n’y a eu aucun acte de violence sexuelle commis sur le campus. Il est évident, en connaissant ces nombres incandescents et alarmants, que ce n’est qu’une tentative d’extinction. Par contre, c’est en utilisant la pyrotechnie qu’on finit par calciner. Ce n’est pas en essayant de cacher les actes d’un violeur qu’on aide les victimes à vouloir parler, on devient seulement un complice d’un crime d’immolation. Cela montre un très mauvais exemple; on regarde le soleil et on crie que c’est une éclipse.

D’ailleurs, cette heure féminine aurait pu apporter encore plus d’étudiantes au CEPS; celles qui s’empêchent d’y aller car elles n’ont pas l’envie de se faire reluquer avidement pendant chacun de leurs faits et gestes par exemple. Cela aurait pu aussi donner une meilleure réputation à ce centre des sports, cette activité étant déjà saturée de préjugés favorables au masculin. Les femmes auraient senties qu’on écoute réellement et qu’on accepte leur détresse légitime, qu’on veut les aider à se sentir à l’aise dans un environnement qui prône la santé. S’il y avait eu au moins une tentative, ou une période d’essai, pour calculer si cela fonctionnerait à long terme, cela aurait été plus acceptable. Mais un refus catégorique, sans considération, sans même avoir une idée de la popularité que cela aurait pu causer… ça aurait même pu devenir le nouveau « happy hour » des étudiantes. On aurait pu faire la promotion de cette initiative féministe et moderne pour augmenter sa popularité de façon exponentielle, promouvant l’innovation d’une université à l’écoute de ses étudiants. Ç’aurait fait un bel ajout au pamphlet présenté aux élèves de secondaire pour démontrer que cette université est réellement la « nôtre » au pluriel, féminin comme masculin. De plus, il existe déjà quelques salles d’entrainement exclusives aux femmes, donc cela ne doit pas être si peu profitable si ces établissements ne sont pas encore partis en flammes.

Ce message n’est pas dans l’intention de placer quelqu’un sur un bucher sacrificiel, il ne fait que placer une chandelle dans la noirceur du tabou et de l’ignorance. En espérant que peut-être cela pourra créer un flambeau qui continuera de se promener de bouche-à-oreille, se propageant comme une fièvre endiablée et infernale. L’université croit que ce refus ne créera qu’un simple tremblement de terre, mais nous sommes le magma au creux de la montagne.  

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