Des réponses, M. le Recteur

Lettre ouverte de Michel Cardin, président de l’ABPPUM

Monsieur le Recteur,

À titre de membre du Conseil des gouverneurs, je vous écris cette lettre ouverte pour donner suite aux différents propos que vous avez tenus la semaine dernière dans le cadre du retrait de la poursuite contre l’Université de Moncton relative à la nomination de la nouvelle vice-rectrice aux affaires étudiantes et internationales.

Devant votre empressement soudain à annoncer publiquement que la poursuite entreprise contre l’Université de Moncton par Messieurs Yvon Dandurand et Serge Rousselle « contenait des informations erronées et non factuelles » et alors que le processus de sélection, selon vous, s’est déroulé « dans le respect [des] politiques et [des] procédures », je ne peux qu’être surpris à quel point vous n’avez pas répondu d’une façon quelconque aux questions légitimes et raisonnables qui ont surgi au cours des derniers mois. De même, à titre de gouverneur ayant assisté aux réunions pertinentes, je suis étonné et déçu que le président du Conseil des gouverneurs, Maître André Richard, puisse affirmer dans un communiqué de presse que « la décision a été prise avec toutes les informations pertinentes ».

Dans cet esprit, au-delà du droit et à partir des rapports, procès-verbaux et documents, je vous demande instamment de bien vouloir répondre aux questions légitimes et raisonnables suivantes, et ce dans un esprit démocratique de transparence, d’imputabilité et de collégialité qui vise à rétablir la réputation de notre institution.

Ainsi, compte tenu que le procès-verbal du Comité de sélection du 10 mars 2011 précise clairement que Yvon Dandurand et Serge Rousselle sont respectivement les premier et deuxième choix de ce Comité avec « l’appui d’une forte majorité », comment expliquez-vous que le Comité d’équité dans son rapport daté du 28 mars 2011 – qui recommande Marie-Linda Lord – affirme qu’il doive se pencher sur la décision du Comité de sélection selon laquelle « la candidate féminine s’est classée au deuxième rang » ?

Ne voyez-vous pas que ce rapport est mal fondé en reposant sur une conception erronée des faits et, quand on sait que le Comité d’équité a bénéficié du dossier complet de Marie-Linda Lord mais n’a pas eu accès au dossier de Serge Rousselle et n’a eu accès qu’à un curriculum vitae abrégé de 6 pages de Yvon Dandurand plutôt qu’à sa version longue de 31 pages, comment expliquez-vous, dans un tel contexte, vous qui avez présidé le Comité de sélection, que l’on puisse présenter au Conseil des gouverneurs la « recommandation » du Comité d’équité en faveur de Marie-Linda Lord sans même admettre qu’il manquait des éléments importants pour pouvoir dire qu’il s’agissait d’une recommandation éclairée ?

Conformément à ce qui se fait pour tous les autres postes à combler à l’Université, ne savez-vous pas que la politique d’équité précise clairement que la candidate retenue peut obtenir le poste pour autant qu’il « n’y a pas d’autres candidates ou candidats clairement plus qualifiés » ? Incidemment, reconnaissez-vous la pertinence des propos de la première coordonnatrice d’équité en matière d’emploi de l’Université qui affirme que le Comité d’équité reçoit toujours par ordre préférentiel le nom des candidates et candidats retenus et les recommandations circonstanciées relatives à chacune et chacun afin d’être juste et équitable envers tous et toutes ? Ne savez-vous pas que cette façon de faire est même inscrite dans notre convention collective pour l’embauche de professeur, professeure et bibliothécaire ?

Cela nous amène au coeur du problème : dans un contexte où vous avez reconnu au Conseil des gouverneurs être « l’intérêt minoritaire » au Comité de sélection, croyez-vous vraiment que, en toute bonne foi, vous étiez dans une position légitime pour présenter les rapports et recommandations des comités de sélection et d’équité, et ce, d’autant plus que vous avez choisi de le faire oralement alors que la politique de sélection des cadres prévoit explicitement que « le recteur […] soumet par écrit le rapport et les recommandations du Comité [de sélection] au Conseil des gouverneurs » ?

En l’occurrence, au-delà de votre explication d’une pratique établie de procéder oralement dans un cas comme celui-ci où, d’une part, votre point de vue était clairement minoritaire au sein du Comité de sélection et, d’autre part, le fondement de la recommandation du Comité d’équité était pour le moins incertain, ne voyiez-vous pas, au moins dans ce cas-ci, l’importance de l’écrit et des dangers liés au fait que ce soit vous qui présentiez oralement les motifs réfléchis d’un comité de sélection dans lequel vous étiez clairement minoritaire et qui a eu le bénéfice d’entendre les parties dans le cadre d’un long processus qui aura duré huit mois ?

Cette dernière interrogation prend tout son sens quand on s’attarde à une situation précédente similaire où un poste de vice-recteur/vice-rectrice avait donné lieu à une recommandation du Comité de sélection en faveur d’un candidat et à un avis du Comité d’équité selon lequel la candidate ayant terminé deuxième était clairement supérieure à ce candidat. Comment expliquez-vous qu’alors, en 2004, le procès-verbal du Conseil des gouverneurs nous apprend ceci : « Le recteur [Yvon Fontaine] souligne que le comité de sélection fait sa recommandation au Conseil des gouverneurs et ne présente qu’une candidature. Il n’est pas de bonne (sic) aloi de publier le nom des candidates et candidats non retenus » ?

Comment expliquez-vous, Monsieur le Recteur, que les motifs de ce procès-verbal, qui ont fait en sorte qu’aucune mention de l’existence du point de vue du comité d’équité n’a été révélée et qu’aucune recommandation de la candidate « clairement supérieure » aux yeux de ce comité n’a été faite, ne tiennent plus ? Pourquoi l’énoncé que contient ce procès-verbal selon lequel le comité de sélection avait le bénéfice des entrevues avec les candidats a-t-il moins de pertinence de nos jours ? De même, pourquoi, en 2011, un comité d’équité qui se réunit pendant moins de deux heures au total et fait une « recommandation » qu’il n’avait jamais eu le pouvoir de faire auparavant, et ce, sur la base d’information partielle n’ayant jamais rencontré les candidats et la candidate, peut-il obtenir soudainement une telle importance ? En outre et comme quelqu’un l’a si bien souligné, vous en connaissez beaucoup des comités qui recommandent l’embauche d’une personne sans l’avoir jamais rencontrée ?

Au cours des derniers jours, serait-ce en raison des faits convaincants qui ont été portés sur la place publique depuis quelques mois que vous semblez avoir changé votre fusil d’épaule et ne plus vous fonder amplement sur la « recommandation » du Comité d’équité pour justifier la décision du Conseil des gouverneurs ?

Croyez-vous sincèrement que les gens vont simplement accepter sans broncher vos explications selon lesquelles le Conseil des gouverneurs a agi de bonne foi sur la base de toute l’information pertinente ? Parlez-vous alors, entre autres, de l’argument discriminatoire de l’âge des candidats, argument qui n’a jamais été déclaré hors d’ordre et qui a été avancé en ma présence par certains gouverneurs pour favoriser l’une plutôt que l’autre ? Si vous considérez que cet argument est au contraire pertinent et qu’il a été utilisé de bonne foi, puis-je au moins vous rappeler l’existence de l’article 3 de la Loi sur les droits de la personne qui précise que « aucun employeur […] ne doit refuser d’employer […] ni faire preuve de discrimination envers une personne en matière d’emploi, en raison […] de son âge » ?

De même, outre le fait que le nom de Serge Rousselle n’a jamais été souligné au Conseil des gouverneurs du 16 avril dernier, trouvez-vous normal que le président du Conseil demande, pour une première fois à ma connaissance, s’il y a d’autres nominations, alors que la politique de sélection des cadres prévoit explicitement qu’une recommandation ne peut être soumise au Conseil avant que toutes les conditions d’embauche ne soient réglées ? Pourquoi Marie-Linda Lord aurait-elle eu le bénéfice de négocier ces conditions avant la réunion du Conseil et non Serge Rousselle, sans compter que la candidate qualifiée de « clairement supérieure » par le Comité d’équité en 2004 n’a pas eu ce bénéfice non plus ?

Les réponses à ces questions me paraissent importantes, d’autant que je suis inquiet pour le processus de sélection du recteur en cours. Qui voudrait se présenter et perdre son temps dans le cadre d’un long processus d’un comité de sélection en sachant que ce comité n’a somme toute qu’une valeur très relative ?

En terminant, Monsieur le Recteur, je tiens à souligner que le retrait d’une poursuite ne signifie pas une victoire pour l’Université et ne fait pas de vous un juge en la matière. Compte tenu des documents officiels, de ma présence aux différentes réunions pertinentes et des questions légitimes soulevées par les candidats non retenus, vous avez, selon moi, une obligation envers la communauté universitaire et acadienne, et qui est celle de répondre clairement à ces questions. Sinon, le doute persistera et nuira à l’avancement de notre institution.

Michel Cardin
Membre du Conseil des gouverneurs

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