Dominic Cardy et les langues officielles : prioriser l’éducation et la collaboration

par Rémi Frenette

Le chef provincial du Nouveau Parti démocratique (NPD), Dominic Cardy, était de passage à l’Université de Moncton vendredi dernier. Il entamait une tournée de la province pour peser le pouls des francophones et anglophones au sujet de leurs préoccupations en matière de langues officielles. Durant un entretien avec le Front, il s’est prononcé sur les thèmes de l’analphabétisme, de l’éducation et du dialogue entre les deux communautés linguistiques.

Dominic Cardy a décidé d’entreprendre cette tournée suite à la nomination récente de Michael Ferguson à titre de vérificateur général du Canada. Cette nomination a fait couler beaucoup d’encre. Après dix ans en politique néo-brunswickoise, Ferguson ne peut toujours pas converser en français. De plus, son nouveau poste exige explicitement la maîtrise des deux langues officielles. La controverse aurait incité le chef du NPD à sonder la province pour mieux interpréter ce genre d’enjeux politiques.

Centrale à son discours est l’idée que les conflits linguistiques émanent principalement du taux d’analphabétisme dans la province :

« Notre système d’éducation ne réussit pas à créer des gens qui sont mêmes unilingues. 56% de la province ne peut pas lire ou écrire de niveau trois, ne peut pas compléter un formulaire compliqué, lire un livre ou un journal. Alors, on devrait commencer avec une amélioration de notre système d’éducation. »

Selon cette perspective, l’égalité linguistique passe avant tout par la connaissance des deux langues officielles chez le plus de citoyens possible. Pour atteindre ce but, avance Cardy, la province doit actualiser son système d’éducation et prioriser la maîtrise d’au moins une langue officielle.

Il donne l’exemple des sous-ministres de la province – comme le cas de Ferguson – qui ne sont pas tenus de maîtriser le français et l’anglais. Cardy estime qu’il faudrait penser à exiger le bilinguisme pour ces fonctions mais que l’analphabétisme constitue encore un obstacle :

« Le système d’éducation n’a pas donné à la fonction publique un grand groupe de candidats mi-français [et] mi-anglais qui sont qualifiés. Alors, on a besoin pour créer vraiment une population bilingue de commencer avec une réforme du système d’éducation. » Il rajoute : « La chose la plus importante est d’assurer que tous les enfants au Nord, Sud, Est et Ouest de la province sont capables d’écrire dans leur langue maternelle et aussi dans la deuxième langue de la province. »

Présentement, affirme-t-il, des provinces comme le Québec et l’Ontario excellent à former des citoyens bilingues même si elles sont officiellement unilingues. La clé de la réussite dans ce domaine réside selon lui dans la supériorité de leur système d’éducation.

Le chef du NPD reconnaît que les questions de langues sont des sujets sensibles dans le cadre de la politique et de la société néo-brunswickoises. Néanmoins, il croit que le sujet doit être abordé :

« Je pense que c’est quelques chose qu’on a besoin de confronter. Je pense que c’est clair qu’après 40 années de bilinguisme officiel, il y a encore des problèmes avec la politique de la province. »

Des facteurs culturels mais aussi socioéconomiques sont à considérer :

« Dans une grande crise pour la province, crise économique, les grands changements mondiaux, si on ne parle pas de ça [les conflits linguistiques], ça va rendre vraiment difficile de créer une fondation solide pour la province pour avancer dans l’économie, pour créer des nouvelles industries et exploiter nos ressources dans une manière responsable. »

Cardy explique que depuis l’adoption en 1969 de la Loi sur les langues officielles (LLO), les différents gouvernements de la province ont évité d’affronter directement les questions linguistiques. Il estime qu’ils ont souvent contribué à la division des deux communautés linguistiques plutôt qu’à la coopération et au dialogue. C’est ce qu’il avance en envisageant la révision de la LLO en 2012 :

« Le problème avec les libéraux et les conservateurs depuis 40 années : ils ont essayé d’une élection à l’autre de dire une chose à la population francophone et une chose à la population anglophone. Ça a créé des conflits entre les communautés qui n’ont pas besoin d’être là, je pense. » Il rajoute : « Les libéraux et conservateurs sont tellement effrayés de pousser le bateau d’une direction ou de l’autre que j’imagine qu’ils vont essayer seulement de prendre l’ancienne loi [LLO], ne pas la changer beaucoup et la pousser avec pas beaucoup de débats parce qu’ils ne veulent pas ouvrir toutes ces conversations. »

En vertu de la sensibilité du sujet, il soutient que la révision de la LLO et le renouvellement du système d’éducation devront se faire dans la collaboration, le dialogue et l’intercompréhension si on veut vraiment faire avancer les choses.

Cardy ne peut dévoiler les noms de ceux qu’il consultera durant sa tournée. Il précise néanmoins que ce seront des personnes des deux communautés linguistiques, des chefs d’organisations non gouvernementales, des groupes culturels et des artistes. Il planifie également s’entretenir avec des gens du commerce. La gestion politique des langues, affirme-t-il, est une question culturelle mais aussi largement économique.

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