Du «mauvais français»?

Par Justin Frenette

Dernièrement, j’ai lu quelques messages dans les réseaux sociaux dénonçant le problème de l’opposition entre les francophones pis les anglophones, ou de manière plus générale, la mentalité d’anti-bilinguisme, au Nouveau-Brunswick. Les messages en questions contenaient d’excellents arguments, donc, n’ayant rien à y ajouter, j’aimerais plutôt discuter de l’opposition entre les francophones et les francophones dans notre province, qui est d’après moi un problème aussi important à prendre en considération.

Quand je dis francophones contre francophones, je fais référence à la mentalité que certains types de français sont supérieurs à d’autres, et l’exemple le plus flagrant me venant en tête pour notre province est que d’après certaines personnes (j’ai entendu ça directement plusieurs fois), le chiac est du «mauvais français».

Premièrement, il faut savoir qu’une mauvaise situation de communication est lorsque le niveau de langue ne correspond pas au contexte ou à la situation. Par exemple, je n’irais pas dire «yessir man!» au premier ministre, comme que je n’irais pas dire «cette brise matinale me submerge d’une nostalgie pénible» à mes amis autour d’une bière. Mon point étant, si je parle à une personne chiac dans une situation informelle et qu’on utilise tous deux un niveau de langue populaire (moi ayant mon accent et mes expressions du nord et elle ayant celles du sud) et qu’on se comprend tous les deux, en plus de pouvoir s’exprimer dans un français standard dans une situation formelle, où est le problème? Appuyant mon point: à chaque fois que j’entends, à l’Université de Moncton, quelqu’un ayant un parlé chiac demander une question dans un cours (situation un peu plus formelle), elle a presque tout le temps un français se rapprochant autant du français standard que n’importe qui d’autre posant des questions dans le cours. Le niveau de langue correspond à la situation, il n’y a donc pas de problème.

Deuxièmement, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, traiter le chiac comme du mauvais français n’encourage pas l’utilisation d’un français plus standard; au contraire, cela cause de l’insécurité linguistique, ce qui peut mener au découragement total de s’exprimer en français. Si on n’arrêtait pas de vous dire que vous êtes mauvais à quelque chose, est-ce que ça vous encouragerait à continuer? Ou plutôt à abandonner? C’est donc sans surprise que plusieurs francophones du sud préfèrent maintenant s’exprimer en anglais, vu qu’ils se font constamment dire qu’ils ne peuvent pas bien parler français.

Finalement, chaque accent et chaque expression racontent une partie de notre histoire. Et je peux le dire sans hésitation, nous sommes un peuple extrêmement fier de notre histoire. Pourquoi donc avoir honte de traces linguistiques du vécu acadien? Nos archaïsmes, nos anglicismes, nos régionalismes; ça nous donne toute une identité propre, ça nous distingue des Québécois, des Franco-ontariens, des Français de France. Ça crie: on n’est pas seulement canadien-français, on est acadien et on a une histoire pis une culture qui se distingue des autres régions francophones. En s’opposant à certains accents et expressions de différentes régions du Nouveau-Brunswick, on s’oppose du même coup à une partie de notre propre culture et vécu.

Francophones néo-brunswickois, soyons donc fier de nos couleurs linguistiques.

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