Elle : étrange, mais légitime

Avec Isabelle Huppert dans le rôle principal de Michèle LeBlanc, “Elle” a remporté de nombreux prix de cinéma international, comprenant un Golden Globe en reconnaissance de la performance d’Huppert.

Semblablement aux autres sentiments que nous provoque la vie, le traumatisme en particulier viendra, suite aux événements, changer (voire déterminer dans les cas extrêmes) notre perception, notre façon de penser et nos choix.

Paul Verhoeven en fait la preuve concrète dans sa production Elle, par des moyens pervers et étranges, mais toutefois légitimes.

 

Résumé

Mère divorcée, directrice d’une compagnie de jeux vidéo, fille d’un tueur en série et victime d’agression sexuelle. Voilà quelques caractéristiques de Michèle LeBlanc, le pilier central d’une histoire perturbante qui réussit drôlement à se justifier en soi. En plus de nombreux efforts et de péripéties achevés pour découvrir l’identité de son agresseur, Michèle se retrouve dans un amalgame d’enquêtes entre son cercle professionnel, personnel et intime. Tracassée par son passée, la femme qui avait comme objectif primordial de s’écarter de l’œil public, des journalistes et des autorités pour rebâtir se vie, devra maintenant réincarner chacune de ces figures par ses propres moyens pour la protéger.

 

Sans aucun doute, ce film est à déconseiller aux âmes sensibles. Le degré sous lequel la sexualité explicite est présenté, quoi qu’il ne soit pas entièrement anormal, peut et saura choquer plusieurs spectateurs.

 

Victime d’un crime… mais lequel?

Par contre, un point important à soulever est que Michèle est d’abord et avant tout victime d’un crime, et celui-ci est loin d’être celui qu’a commis son père. L’effet qu’a l’œil public, les séquelles causées par la réaction et l’ignorance de l’émeute chez les partis neutres, les innocents, les minorités non-représentées… Aucun de ces partis ne les méritent, mais ce sont malheureusement des conséquences vécues par des gens comme Michèle.

 

C’est un peu par ces faits qu’on doit juger la source de sa force solitaire et sa réticence à consulter les autorités, malgré les innombrables moments de détresse et d’injustice.

Pourtant, Michèle n’est pas une exception comme étant elle-même source de ses propres bizarreries, que ce soit de petits fétiches ou d’étranges mesures en cachoterie de ses intérêts et de ses affaires sexuelles.

 

La légitimité des comportements étranges

C’est ici que le concept d’auto-justification entre en jeu. Le fait que Michèle est, comme on l’a soulevé plus haut, d’abord et avant tout victime d’un crime, est en soi l’exception qu’on doit soulever pour expliquer certains de ses comportements, plutôt que de les classer comme des traits sociopathes. Le fait que cette femme vit avec le poids d’une agression sexuelle, dès les premiers instants et jusqu’à la fin du film, sans démontrer beaucoup plus de traumatismes dans son comportement quotidien est, pour le dire franchement, improbable. Du moins, improbable à moins qu’une situation également ou encore plus marquante aurait précédé les événements en question, ce qui est effectivement le cas. Victime de jugements et de condamnations publiques causés par les crimes de son père, Michèle a eu le réflexe humain de se retirer de l’œil publique, de travailler vigoureusement mais toujours dans l’arrière-plan, pour tranquillement reconstruire sa réputation ternie. N’est-ce donc pas logique qu’elle fasse preuve d’impassibilité face à une telle violence?

 

L’étrangeté des comportements normaux

D’un autre côté, les fétiches ainsi que les étranges comportements sexuels dont elle fait preuve pourraient facilement faire l’objet de scrupules, surtout en rapport avec le traumatisme qu’elle a vécu au tout début de sa jeunesse. Les atrocités créent des monstres, non..? Au contraire, ce sont les monstres qui créent les atrocités, et ce sont les victimes de ces atrocités qui doivent continuer à vivre, chose que nous tentons tous de faire au quotidien. Ceci n’est pas pour diminuer la gravité des actes commis par le père de Michèle, ni les séquelles psychologiques avec lesquelles elle a dût vivre, mais seulement pour signaler que ce que cette femme a tout simplement tenté est de refaire sa vie, et que la vie peut souvent être étrange, sans être fondamentalement mauvaise, comme le sont les êtres humains.

 

Ce paradoxe, entre la légitimité des comportements étranges et l’étrangeté des comportements normaux, semble être ce qui crée le surprenant équilibre des thèmes et l’harmonie omnisciente de ce film.

 

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