Épandage d’herbicide à Turtle Creek : Menace réelle ?

Une compagnie forestière a répandu des pesticides dans le bassin versant du réservoir Turtle Creek, qui dessert tout le grand Moncton. Photo : Le Front

Les opinions surgissent de partout depuis que la mairesse de Moncton Dawn Arnold s’est indignée face à l’épandage de glyphosate près de Turtle Creek. La FÉÉCUM appuie la mairie, plusieurs personnes dans la communauté s’inquiètent. Qu’en est-il du danger actuel ?

À la toute fin du mois d’août, les avions de l’entreprise forestière J.D. Irving épandaient du glyphosate à Turtle Creek, où se situent deux bassins d’approvisionnement en eau potable pour la région du Grand Moncton.

Ces épandages ont suscité plusieurs réactions, dont celle de la mairesse de la ville de Moncton Dawn Arnold, qui a démontré son mécontentement par une publication sur les réseaux sociaux qui a incité une grande partie de la communauté à prendre position face à la situation.

La mairie tient à préciser que cet épandage n’a rien d’illégal et ne comporte pratiquement aucun risque. Pourtant, « la mairesse ne veut pas un risque minimal, mais ne veut aucun risque », témoigne Isabelle Leblanc, porte-parole de la ville de Moncton.

En effet, la compagnie possède un permis pour cette activité et celle-ci respecte les normes d’épandage.

Mme Leblanc ajoute que l’épandage n’a duré que quelques heures  n’a lieu qu’une seule fois dans l’année. Dans sa publication Facebook, la mairesse incite la communauté du Grand Moncton à s’informer auprès du Ministère de l’Environnement si la situation les préoccupe.

Du nouveau?

Pour l’instant, un processus de consultation auprès de la mairie a été enclenché, indique la ville.

« Les trois maires des trois communautés Moncton, Dieppe et Riverview se sont rencontrés le mercredi 6 septembre et ont reçu une présentation »

– Isabelle Leblanc, Ville de Moncton

Il faudra attendre que les conseils municipaux de chacune des municipalités soient consultés avant que le dossier progresse, nous confirme Isabelle Leblanc.

La FÉÉCUM s’ajoute aux voix

Une vague d’inquiétude plane sur la population du Grand Moncton, y compris chez la communauté étudiante de l’Université de Moncton.

La Fédération des étudiantes et étudiants de l’Université de Moncton, représentant la majorité étudiante, appuie la décision de la mairie comme le confirme son président, Tristian Gaudet :

« On a supporté la réaction de notre mairesse »

– Tristian Gaudet, président de la FÉÉCUM

La FÉÉCUM dit être contre toute utilisation de ce genre d’herbicide, ajoute M. Gaudet, étant donné qu’une étude de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) aurait classé le glyphosate comme un cancérogène probable.

Le président de la fédération se dit déçu du gouvernement qui n’a pas tenu compte des demandes de la municipalité. Il ajoute que l’étude de Santé Canada face au glyphosate est très controversée et que les résultats émanant de cette recherche ont été mis en doute par plusieurs personnalités publiques.

Nous avons essayé de communiquer avec l’Association des Étudiants de la Faculté des Sciences de l’Université de Moncton (AÉFSUM), mais aucune réponse ne nous est parvenue.

Quel est l’ampleur du danger ?

Pour bien comprendre les dangers qui entourent le glyphosate, il faut comprendre ce qu’est le glyphosate. Professeur à l’Université de Moncton, Olivier Clarisse se spécialise dans la chimie de l’environnement et nous informe sur le sujet.

Olivier Clarisse, professeur en chimie à Moncton et spécialiste en contaminants. Photo : Le Front

« Le glyphosate est un herbicide qui est à large spectre, ça veut dire qu’il va tuer beaucoup de choses, quasiment tout, sur son passage »

– Olivier Clarisse, chimiste spécialisé en contaminants

Selon lui, il s’agit d’un herbicide qui ne se déplace que très peu sur le sol.

« Il va se décomposer dans les plantes et dans l’environnement assez rapidement. […] Ça oscille entre plusieurs jours à plusieurs semaines », explique le professeur.

Rassurant ? Pas tant que cela, indique M. Clarisse.

En effet, les éléments en lesquels le glyphosate se décompose sont, en partie, des substances qui sont peu connues des scientifiques en terme de toxicité et qui ont une plus grande durée de vie dans la nature que le glyphosate. Les études se contredisent face au glyphosate car « le glyphosate se décompose et ne sera pas la source directe du risque cancérigène », affirme Olivier Clarisse.

Les études se contredisent aussi sur la durée de vie du glyphosate, car on peut en retrouver parfois à des endroits qui prennent des années à une telle substance chimique pour s’y rendre.

En résumé, on ne sait pas grand-chose du glyphosate et de ses effets, selon Olivier Clarisse. Les études sont souvent faites pour avoir des résultats à court terme, alors que dans ce cas ce sont les effets à long terme qui inquiètent.

Il tient à préciser que « l’application du glyphosate, c’est préoccupant, mais si c’est relativement bien fait, l’impact à proximité devrait être minime. Par contre, à long terme, on n’en sait rien ».

Il ajoute même que ce genre de substance peut se transmettre de façon génétique d’une génération à une autre, et donc que les effets néfastes sur le corps humain pourraient être découverts dans plusieurs générations.

« Ce qui serait intéressant, ce serait de voir d’autres techniques, d’autres approches pour éliminer ces plantes problématiques »

– Olivier Clarisse

Il pense aussi à tout simplement chercher d’autres produits qui pourraient s’avérer moins nocifs.

Clarisse rappelle que « toute action aura un impact sur l’environnement».

Selon lui, il faut donc, en tant de société, se demander « quelle action présente le moins de risque et quel est le coût associé », car il ajoute que l’aspect monétaire est toujours présent.

Le professeur indique qu’il ne faut pas blâmer les gens qui ont peur en entendant le mot « herbicide ». Il faut plutôt se donner comme devoir d’éduquer la population et de prendre ses demandes en considération, car si personne n’agit, rien ne peut changer. « Est-ce qu’on s’inquiète trop? Je ne sais pas, car on ne connait que très peu sur les produits de décomposition », explique le spécialiste en contaminants.

Un manque de confiance envers le gouvernement pour certains, une inquiétude face à l’avenir pour d’autres. Même si, pour le moment, toute menace semble écartée, la communauté a l’air d’accord sur le fait que la situation reste préoccupante et qu’il faut continuer à s’informer, à étudier et à surveiller ce qui se passe à Turtle Creek.

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