L’érosion politique des jeunes

Avec plusieurs recherches le confirmant et étant un sujet de conversation assez fréquent, on peut tous avouer savoir ce fait : le taux de vote des jeunes adultes décroit rapidement depuis quelques décennies. Malgré toute l’attention apportée sur cette problématique par les politiciens, cette graine d’intérêt n’arrive toujours pas à germer. Plusieurs questions percent alors la surface : est-ce que les étudiants perçoivent la politique comme un chemin de terre battue qui ne mérite plus d’intérêt? Est-ce qu’ils ne voient plus la nécessité du droit de vote? Est-ce qu’ils vivent une sécheresse d’espoir pour leur gouvernement?

Les réponses des plus vieux adultes face à ces questionnements sont assez simples : cette génération en est une fainéante, individualiste, désillusionnée, etc. Selon leur point de vue, les différentes descendances ne sont que des couches sédimentaires d’un même modèle, mais cette génération-ci est bien différente de toutes celles qui l’ont précédé. Et pourtant, en observant bien ces jeunes, on remarque facilement leur fertilité d’esprit critique et artistique, leur passion des causes importantes tel le réchauffement planétaire, ainsi que leur conscience communautaire avec des valeurs comme le bénévolat et les droits de la personne. Un des éléments qui pourrait causer cette avalanche d’intérêt politique est la perte de confiance dans le système qui régit la société. Depuis l’enfance, le monde entier leur dit qu’ils peuvent devenir tout ce qu’ils souhaitent, que leur futur est brillant grâce au compost des sacrifices de leurs ancêtres. Par contre, les jeunes s’aperçoivent plus tard que le paysage dont ils rêvaient est en fait parsemé d’une montagne de devoirs sociétaux, de limon créé par une corruption constante et où la peur est enracinée dans chaque décision de la vie. On les a traités telles des pierres précieuses toute leur existence pour ensuite les réduire à des grains de sable une fois rendus sur le marché du travail.

Par exemple, maintenant il faut avoir un niveau d’éducation assez élevé pour pouvoir survivre. On demande de cultiver le savoir tout en épuisant les réserves d’argent de ces étudiants, qu’ils peuvent avoir durement accumulé aussi. Ceux qui réussissent moins bien deviennent alors la mauvaise herbe de la société ; seulement ceux qui arrivent à supporter toute cette pression deviennent des diamants. Ensuite, ces gemmes sont enfermées dans la catacombe du travail quotidien morose et épuisant, coincés dans un cubicule comme dans le fond d’une grotte. Leur épée de Damoclès est donc devenue une stalactite formée de l’agglomération de leurs rêves et espoirs pour leur avenir, et les dettes forment la boue qui les colmatent.

Cette liberté en mirage crée alors un inconfort lorsque vient le temps de faire partie de cette collectivité. Cette condition se perçoit candidement dans les médias sociaux avec le phénomène du #adulting. La façon dont ces jeunes adultes utilisent ce verbe démontre leur malaise dans l’environnement « adulte », la plupart du temps en montrant un comportement enfantin face aux difficultés de leur réalité. C’est aussi une méthode pour subtilement accuser la société actuelle. Cette immaturité n’est que le résultat d’une vie passée à toujours tenter de suivre le droit sentier, de se déprendre de ces sables mouvants qui empêchent de respirer. Ces jeunes croient qu’ils n’ont plus de choix ou de libertés, donc devenir des adultes est d’entrer dans une prison sociétale.

Toutes ces raisons sont la souche de ce désintérêt politique. Selon une étude produite par l’Institut du Nouveau Monde (INM), un procédé qui pourrait être utilisé pour améliorer cette situation serait d’instaurer une meilleure éducation civique dans les écoles primaires et secondaires. On entend souvent parler des jeunes à propos de leurs inquiétudes face à leur carence de connaissances des taxes, des assurances, de la Bourse et des actions, des partis politiques, etc. Les adultes, de leur côté, se plaignent que ceux-ci ne sont pas assez engagés dans leur gouvernement et de leur manque de savoir-vivre en société. C’est du pareil au même! En leur apprenant dès le début ce qu’est réellement la situation politique de leur pays et en sachant à quoi s’attendre, on ne crée pas de faux espoirs et de déceptions énormes tout en les préparant adéquatement pour le futur. On empêche alors la formation de ce canyon politique qui sépare ces générations. Il faut donc réinstaurer des cours de civilité complets pour bâtir un pont sur ce ravin et donner plus de liberté aux jeunes de décider leur propre voie. On n’a pas besoin d’une excavation pour découvrir que ces grains de sable sont en fait des géodes, ainsi que les minéraux nécessaires pour une nouvelle société prospère.

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