Être « déchétarien », ou se nourrir dans les poubelles pour dénoncer le gaspillage

par Simon Delattre

Les freegans (déchétariens en français) ont opté pour un régime alimentaire assez particulier : ils préparent leur menu avec les produits encore comestibles trouvés dans les déchets abandonnés par les restaurants, les supermarchés ou les particuliers. Ils ont pour la plupart les moyens de faire leurs propres commissions ; leur choix de vie est avant tout un geste politique contre le gaspillage alimentaire et la surconsommation. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ce sont 1,3 milliard de tonnes de denrées comestibles qui sont gaspillées dans le monde chaque année. En France par exemple, nous jetons en moyenne 21 % des aliments soit 90 kg par an et par habitant.

Né aux États-Unis, le freeganism est lié à divers courants de pensée : écologisme, anarchisme, altermondialisme, anticapitalisme, partisans de la décroissance… Leur démarche s’apparente donc à une critique de la société de consommation. Sur le site « Freegans Station », nous pouvons ainsi lire « l’Argent est une valeur fictive instaurée par la société : cette société, en nous obligeant à payer pour vivre, parvient à conditionner et à contrôler des masses phénoménales d’êtres humains. »

Petit guide du glaneur
Dans leur lutte contre le gâchis, les glaneurs tombent souvent sur des produits encore intacts. Entre ceux à peine ouverts ou qualifiés de « non présentables », la plongée au plus profond de la benne peut parfois sauver des repas complets. Dans les restaurants, il est difficile d’estimer avec précision le nombre de plats servis si bien qu’une partie des restes finit systématiquement à la poubelle. Les sites d’associations freegans donnent de multiples conseils pour identifier la comestibilité des aliments et assurer leur conservation. Par exemple, les emballages « imperméables » ne doivent n’être ni percés, ni gonflés. Il faut évidemment être sélectif, bien laver les fruits et légumes, et cuire le plus possible les denrées. Beaucoup de produits sont suremballés, ce qui les protège dans la poubelle. La plupart d’entre eux peuvent d’ailleurs être consommés après la date de péremption.

Mais la cueillette n’est pas toujours facile, les conteneurs des grandes chaînes de distribution sont plus difficiles d’accès. Plusieurs utilisent des compacteurs afin de diminuer le volume de leurs déchets et leur facture de collecte. Certains établissements n’hésitent pas à installer des cadenas sur leurs poubelles, et d’autres y déversent même des produits toxiques (mort-aux-rats, javel) pour dissuader les glaneurs. Se nourrir à partir des déchets de l’Université de Moncton semble en tout cas être un vrai défi. En nous renseignant auprès du personnel du restaurant du Pavillon Taillon, nous apprenons que les surplus finissent dans une machine qui broie le tout!

La pratique est aussi très mal jugée, et les spéléologues des poubelles subissent bien souvent le regard accusateur des passants. Pourtant, cela n’est pas condamné par la loi. En effet, la Cour Suprême du Canada a déclaré le 9 avril 2009 qu’un citoyen « a renoncé à son droit au respect de sa vie privée quand il a déposé ses ordures en vue de leur ramassage, à un endroit où tout le monde avait accès aux ordures en question. » Les détritus sont donc du domaine public, une personne renonce à tout droit de propriété sur eux lorsqu’elle manifeste une intention de les abandonner.

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