Une étudiante dénonce le manque de contenu africain

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Djenaba Diallo et Claudia Andze Ondobo soutiennent qu’il n’y a pas assez de contenu africain offert dans les cours à l’Université de Moncton. Photo : Gabrielle Viger, Le Front

Cours offerts à la Faculté des arts et des sciences sociales

Le crépuscule descendait tranquillement sur le campus, une fin d’après-midi de février, mais dans une classe d’information-communication, un débat enflammait le groupe.

Selon Djenaba Diallo, Malienne, il n’y a pas suffisamment de contenu africain dans les cours sur le campus de Moncton. L’idée d’implanter davantage de contenu africain dans les cours du campus de l’Université de Moncton a stimulé des réactions polarisantes.

Comme Diallo, Claudia Andze Ondobo, qui est Camerounaise, trouve que les cours qu’elle suit se concentrent sur la province du Nouveau-Brunswick ainsi que sur la ville de Moncton. Les deux étudiantes africaines revendiquent qu’on leur enseigne la base de l’actualité de chez elles.

En 2016, les étudiants africains sur le campus de Moncton à l’Université de Moncton représentent 18,3% de la masse étudiante au premier cycle à temps complet, selon les statistiques recueillies par le bureau de recherche institutionnelle. Ce taux a grimpé de 12,5% depuis sept ans.

Dominique Bérubé, étudiante d’origine québécoise, « ne pense pas que le contenu des cours devrait être plus orienté vers l’Afrique. Dans le fond, on vient ici dans le but de s’informer sur la province du Nouveau-Brunswick. » Bérubé rajoute qu’elle ne s’attend pas, par exemple, à ce que le contenu des cours s’ajuste à la présence des étudiants québécois sur le campus.

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Originaire du Bénin, Édouard Levrai ne croit pas le contenu africain dans les cours « [est] une cause qui devrait être notre priorité. » Photo: Gabrielle Viger, Le Front

Le Béninois Édouard Levrai, étudiant en science politique, adopte une attitude semblable à celle de Dominique Bérubé. Alors qu’il serait intéressé à voir, dans les cours de la Faculté des arts et des sciences sociales, un contenu qui représente mieux l’Afrique, il ne croit pas que « c’est une cause qui devrait être notre priorité. »

Levrai rajoute que lorsqu’on étudie à l’Université de Moncton, au cœur de l’Acadie, « la culture acadienne doit primer sur toutes les autres cultures. »

De son côté, Samuele Acca, étudiant international originaire de l’Italie, croit que l’Université de Moncton ainsi que les étudiants africains devraient chacun s’ouvrir à l’autre. « On parle souvent de rapprocher ces gens-là à la culture acadienne, mais c’est quelque chose qui va des deux bords. »

Acca avoue qu’il aime bien l’idée de mieux représenter la population africaine du campus de Moncton dans le contenu des cours, puisqu’il pense « que c’est fondamental afin de comprendre certains comportements et il y a aussi l’histoire qui est très très riche, autant du côté politique et social que du côté philosophique. »

Le vice-président académique sortant de la FÉÉCUM, Jean-François Cyr, affirme qu’aucun étudiant africain n’a approché la fédération étudiante afin de revendiquer une augmentation du contenu africain dans les cours donnés sur le campus de Moncton. Il se dit tout de même ouvert à travailler sur le dossier même sans revendication officielle.

Nous avons tenté de rejoindre la présidence de l’AÉÉICUM sortante, mais il n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Lorsque nous rencontrons le vice-recteur à l’enseignement, André Samson, ce dernier renvoi plutôt la responsabilité aux Facultés de modifier le contenu des cours.

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André Samson, Vice-recteur à l’enseignement. Photo : Gabrielle Viger, Le Front

Le vice-doyen de la Faculté des arts et des sciences sociales, Jean-François Thibault, nous dit que ce « n’est pas la première fois qu’il entend ce désir de la part des étudiants » d’avoir davantage de contenu africain dans les cours de la Faculté. Il explique qu’il n’« y a personne qui interdit à un département ou à un prof de proposer un nouveau cours, mais faut que ça vienne d’[eux]. »

Et si les professeurs de la Faculté des arts et des sciences sociales voulaient apporter un tel changement, il y a, selon Jean-François Thibault, deux dimensions, soit « créer un cours sur l’Afrique ou créer un contenu africain dans un cours déjà existant. » Il existe des cours qui offrent déjà des volets africains, comme les cours de relations internationales donnés par ce dernier en science politique. Mais les ressources manquent pour trouver l’expertise nécessaire pour créer plusieurs cours au contenu africain.

Le vice-doyen affirme que « de manière générale, […] il n’y a pas d’orientation géographique qui est donnée aux départements de la Faculté. […] La seule exception est dans le domaine des études acadiennes, on essaie en général d’encourager ou de favoriser un contenu qui est relié d’une manière ou d’une autre aux études acadiennes. Mais on ne le fait pas pour d’autres régions géographiques, on ne le fait même pas pour le Canada. »

Au niveau de la Faculté des arts et des sciences sociales, nous avons rejoint le chef du département de science politique, Roger Ouellette, et nous avons discuté avec le chef du département d’information- communication, François Giroux.

François Giroux trouve qu’il n’y a pas assez de cours « concernant le continent africain, d’où vient la majorité de nos étudiants africains. » Selon lui, il devrait y avoir des cours qui intègrent un contenu africain « en histoire, en littérature, même en info-com, où on va avoir un examen de conscience à faire. »

« Le problème est que l’Université de Moncton doit avoir des professeurs qui connaissent l’Afrique, pour l’enseigner », renchérit François Giroux.

Quant à Roger Ouellette, il dit entendre parler de cet enjeu « pour la première fois. » Il reste ouvert à l’idée d’implanter plus de contenus africains dans les cours de science politique et il propose que ce soit fait dans les travaux dont les étudiants peuvent choisir le sujet.

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