Évaluation des professeurs : un nouveau format, mais peu de changements

Avec le programme Blue eXplorance, l’Université pourra conduire des évaluations digitales auprès des étudiants. Photo : Le Front

DOSSIER – Des évaluations en format électronique sont testées sur le campus cette semaine, avec de nouvelles cases de questions à développement. Pourtant, seules les réponses aux questions fermées seront envoyées à l’Université.

Les évaluations des professeurs font le tour des classes cette semaine. Seuls les étudiants d’ingénierie sont les cobayes d’un premier formulaire informatisé à l’Université.

Jean-François Richard, vice-recteur adjoint à l’enseignement à l’Université de Moncton, confirme que la transition web des évaluations des professeurs comptera les mêmes questions fermées, où l’on doit répondre sur une cote de A à E.

En plus du formulaire traditionnel, il y aura aussi l’ajout des cases à commentaires détaillés, mais seul le professeur en question aura un droit de regard sur ces réponses.

La forme changée, mais pas le fond

Le format des évaluations des professeurs semble être l’élément central à la transition web du questionnaire semestriel.

Le test informatisé à la Faculté d’ingénierie fait suite à des négociations entre la Fédération des étudiantes et étudiants du campus universitaire de Moncton (FÉÉCUM), l’Association des bibliothécaires, professeurs et professeures de l’Université de Moncton (ABPPUM) et l’administration universitaire.

Les trois sont tous d’accord sur la pertinence des questions.

« Le formulaire actuel n’est pas très convivial à l’idée d’ajouter des commentaires, donc l’aspect qualitatif est peut-être manquant. »

– Jean-François Richard, vice-recteur adjoint à l’enseignement à l’Université de Moncton.

Au nom des professeurs membres de l’ABPPUM, Mathieu Lang exprime que les réponses quantitatives manquent effectivement de pertinence.

« L’idée d’une évaluation c’est de voir si l’enseignement répond aux attentes, d’abord, des étudiants. L’idée aussi, c’est pour le prof d’avoir des indications sur son enseignement, sur le cours qu’il donne. L’esprit d’une évaluation de cette nature-là, c’est bien sûr de s’améliorer comme prof. »

– Mathieu Lang, vice-président aux affaires externes de l’ABBPUM

Mathieu Lang est v.-p. aux affaires externes du syndicat des professeurs. Photo : Dayna Muzey

L’administration universitaire n’y ayant pas accès, ça changera peu de choses puisque plusieurs professeurs créent déjà leurs propres formulaires à développement.

L’évaluation moins utile que des discussions en classe

Le professeur Christophe Traisnel affirme que même dans la mesure où l’on prend le temps nécessaire de bien décortiquer les résultats des évaluations, une discussion ouverte et franche avec les étudiants donne une bien meilleure rétroaction qualitative de l’enseignement.

« Une simple conversation avec le prof, parfois ça peut leur faire comprendre les raisons pour lesquelles on fait ça, et puis s’ils les acceptent d’autant mieux, et après ça se passe, ou alors au contraire, le prof prend conscience qu’il y a des choses qui, manifestement, auxquelles il n’avait pas pensé. »

– Christophe Traisnel, professeur en sciences politiques à l’Université de Moncton

« Moi je crois beaucoup à la communication; il ne faut pas hésiter à voir les profs quand ça va pas », poursuit-il.

Le professeur en sciences politiques Christophe Traisnel. Photo : Dayna Muzey

Isabelle Violette, professeure de linguistique au département d’études françaises, tombe aussi dans cette même ligne de pensée.

Selon elle, l’autoévaluation peut être faite « (…) par un partage avec les étudiants tout au long du semestre, en essayant de favoriser un climat de confiance qui leur permet de s’exprimer, mais aussi qui permet au prof de se justifier, d’expliquer pourquoi il fait les choses d’une telle façon et non d’une autre. »

Des professeurs redevables aux étudiants?

Malgré l’ajout de questions détaillées dans le formulaire informatique, ces résultats ne sont pas accessibles à l’administration, même si le professeur ne prend pas les commentaires en compte dans son enseignement.

Cela n’ajoutera donc aucun avantage pour les étudiants qui subissent un manque de respect potentiel par un professeur.

« C’est quand même une extrêmement petite minorité, mais il y a quand même des profs qui sont problématiques. »

– Tristian Gaudet, président de la FÉÉCUM

Selon Mathieu Lang et Jean-François Richard, cette nouvelle section ne permettra pas aux étudiants de s’exprimer auprès de l’administration sur les cas d’impolitesse, de manque de respect, d’insultes, ou même d’attitudes racistes dans des cas plus sévères.

D’ailleurs, le vice-recteur mentionne que les cas relevant de la discrimination devraient être rapportés directement à l’administration.

L’Université recevra-t-elle des questions à développement anonymes?

Concernant les évaluations des profs à l’heure actuelle ainsi que dans leur format électronique, la réponse est non.

« Pour l’instant, ça ne l’est pas. Ça n’a pas été négocié de cette façon-là. (…) Évidemment, y’a de l’éducation à faire pour faire valoir les avantages d’avoir des commentaires qui seraient anonymes, mais qui ne seraient pas juste donnés aux professeurs. C’est certain que ceux qui n’ont rien à se reprocher pourraient avoir peur des règlements de comptes injustifiés. »

-Mathieu Lang, représentant de l’ABPPUM

Jean-François Richard qualifie toutefois ce type de questionnaire comme étant « difficilement imposable, mais certainement encouragé ».

Le vice-recteur adjoint à l’enseignement, Jean-François Richard. Photo : Archives/Samuel LeGresley, Le Front

Des questions à développement permettraient de mieux cerner les problèmes liés à l’enseignement, selon lui.

« L’étudiant à un rôle, une responsabilité d’évaluer le cours avec justesse. […] si les étudiants ne relèvent pas cette problématique-là, il n’y a aucune manière de réaliser qu’il y a un problème, et ensuite essayer de travailler avec le ou la professeur(e) pour remédier à la situation qui peut être éprouvante pour eux ou pour elles. »

Mathieu Lang rappelle aussi que la possibilité existe toujours de proposer ces types de questions à la prochaine convention collective.

« On peut voir l’évaluation comme un outil pour sanctionner, ou on peut voir l’évaluation comme un outil plus constructif. On essaie de voir plus l’évaluation comme un outil constructif qui va nous aider à améliorer la qualité de l’enseignement », dit-il.

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