Famine somalienne : le dénouement tragique d’une série de crises

par Martin Savoie

Depuis cet été, la Somalie vit l’une des crises les plus graves de son histoire. Depuis deux ans, les précipitations dans la Corne de l’Afrique ont diminué de près d’un tiers. Dans d’autres régions, aucune goutte de pluie n’est tombée. Le tout a créé une sécheresse, la pire que la Corne de l’Afrique ait connue lors des 60 dernières années.

Pourtant, ce n’est que le 20 juillet que le coordonnateur des affaires militaires en Somalie pour l’Organisation des Nations Unies (ONU), Mark Bowden, déclare la famine dans deux régions de ce pays : au sud de Bakool et à Lower Shabelle. Par le biais d’un communiqué de presse, il déclarait qu’à certains endroits, « le taux de malnutrition des enfants de moins de 5 ans dépasse les 50% ».
En effet, jusqu’à présent, la situation déjà fait plus de 30 000 victimes de moins de 5 ans, en plus d’en faire près d’une dizaine supplémentaire par tranche de 10 000 habitants.

« La réponse apportée pour les deux mois à venir sera cruciale car elle constituera un jalon pour l’aide à long terme, sachant que les effets de la famine vont se faire sentir jusqu’en janvier prochain, » ajoute-t-il.

M. Bowden prévoyait aussi que la famine s’étendrait aux autres régions du sud de la Somalie et, effectivement, l’état a été décrété à de multiples endroits lors des deux derniers mois. À cela s’ajoute la déclaration d’une épidémie de choléra depuis la mi-août.
Toutefois, de telles déclarations de l’ONU ne sont que le coup de massue sur un pays en crise.

À l’intérieur des frontières, les gouvernements instables se succèdent. Depuis 2008, il est le pays le plus défaillant du monde selon l’index d’échec des États de la Fund for Peace. De plus, dans ce pays, c’est la guerre. Une guerre civile de contrôle entre un gouvernement transitoire et une organisation islamiste considérée comme terroriste dans près d’une dizaine de pays : Al-Shabaab. Près de la moitié du pays est sous le contrôle des shebab, une moitié touchée plus durement par la crise alimentaire.

À l’intérieur des districts shebab, les dirigeants refusent de reconnaitre le décret de famine de l’ONU, maintenant du même coup l’interdiction d’aide humanitaire décrétée en 2009 par l’organisation rebelle. De ce fait, les habitants de ces régions à la recherche d’aide doivent tenter de migrer vers les régions plus au nord ou dans les pays avoisinants, seuls endroits où les agences d’aide peuvent opérer. Par contre, lorsque ceux-ci parviennent aux frontières des territoires shebab, ils sont vite repoussés à l’intérieur des limites par les rebelles qui tentent par le fait même de ne pas perdre leur population. Face à ce refus d’Al-Shabaab de les laisser atteindre les camps de réfugiés, les somaliens se voient contraints de demander de l’aide dans les camps des rebelles, endroits où l’on manque de tout : eau, nourriture, soins médicaux.

Malgré les difficultés de l’aide humanitaire à rejoindre les populations les plus touchées par cette crise, plusieurs gouvernements, notamment le gouvernement canadien, incitent leur population à faire preuve de générosité et à contribuer financièrement aux organismes présents sur les lieux.

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