Femme présidente en Somalie?

L’INTERNATIONAL C’EST PAR ICI! : chronique internationale avec Marine Pirodeau.

Que connaissez-vous vraiment de la Somalie? Je l’avoue, pour ma part, peu de choses. Alors en me documentant sur le sujet, je suis tombée sur une information qui m’a intriguée : une femme candidate à la prochaine élection présidentielle.

Un peu d’histoire

Au lendemain de son indépendance en 1960, la Somalie forme ce qu’on appelle une République fédérale, mais comme on s’en doute, la réalité est toute autre à bien des égards. Le coup d’État de 1969, orchestré par une partie des militaires, fit accéder Mohamed Siad Barre au pouvoir jusqu’en 1991, date à laquelle les rebelles islamistes ont chassé le gouvernement au pouvoir. Depuis ce jour, la Somalie est en proie à une guerre civile intense qui oppose d’un côté les rebelles islamistes et leurs partisans et de l’autre les défenseurs du pouvoir anciennement en place. Cette guerre civile est avant tout une guerre entre deux clans qui se battent pour contrôler le pays.

En 2012, des élections ont été organisées afin d’apporter des changements positifs pour le pays. À cette occasion, Hassan Sheikh Mohamud, l’actuel président, fut élu. Son programme électoral était très prometteur : mise en place de réformes et d’élections libres, ainsi que l’adoption d’une constitution définitive. Le bilan de près de quatre années au pouvoir est quant à lui moins reluisant : la corruption est toujours présente, le pays survit grâce aux aides internationales, la crise alimentaire s’intensifie et les islamistes d’Al-Shabaab sont toujours présents malgré des missions militaires pour éradiquer le groupe terroriste. Encore aujourd’hui, le pays est considéré comme étant défaillant et fragilisé par des milices islamistes et des actes de piraterie au nord-est de l’océan indien. De plus, les préoccupations de sécurité intérieure semblent avoir pris le pas sur les projets de développement économique qui n’en sont encore qu’au stade embryonnaire.

J’ai peint ici un portrait très bref de la situation actuelle en Somalie, on peut donc facilement imaginer le niveau de tensions et de difficultés que rencontre le pays à un mois environ des élections présidentielles. En septembre 2014, Fadumo Dayib, une jeune femme de 44 ans, décida de se présenter à l’élection présidentielle face à l’actuel président : Hassan Sheikh Mohamud et le Premier ministre Omar Ali Sharmake.

Mais qui est donc cette Fadumo Dayib?

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Fadumo Dayib. Photo retrouvée dans cet article : http://www.grazia.fr/article/qui-est-fadumo-dayib-la-femme-qui-reve-d-etre-presidente-de-la-somalie-802892

Cette maman de quatre enfants, née au Kenya de parents somaliens, fut déportée en Somalie en 1989 et trouva refuge un an plus tard en Finlande pour fuir la guerre civile. C’est à l’âge de 14 ans qu’elle arriva dans ce pays inconnu, dans lequel elle apprit à lire et à écrire. Par la suite, elle sera diplômée en santé publique et en développement international. Elle travaillera également pour différentes ONG, dont les Nations Unies, sur des projets tels que la reconstruction du Liberia après la guerre civile. Plusieurs raisons l’ont poussée à se présenter pour cette élection, déjà repoussée. Elle estime que c’est avant tout un devoir moral que de vouloir reconstruire son pays et aller de l’avant. L’expérience positive du Liberia a été un élément moteur pour faire de même en Somalie.  

Ses fers de lance sont de favoriser le développement économique du pays, de combattre la corruption latente au sein du système et de négocier avec le groupe islamiste Al-Shaabab. Cependant, il est inutile de vous dire qu’elle fait face à des défis de taille. La Somalie est un État faible et encore très patriarcal, il est donc mal vu pour une femme de se présenter, surtout quand la présidence est considérée comme étant une affaire d’hommes. Ce pays est également considéré comme l’un des plus dangereux pour les femmes, d’après un sondage réalisé par la fondation Thomson Reuters. Les soutiens se font également rares, et elle possède très peu d’influence auprès des clans qui dirigent le pays. Elle finance donc sa campagne par du « Crowdfunding » pour éviter toute corruption.

Mais comme elle-même le dit, la présidence n’est pas vraiment un objectif, car elle sait que la plupart des parlementaires sont payés pour donner leur voix. Cependant, sa volonté première est d’insuffler « des changements sociaux » dans la société somalienne. Pour elle, cette élection n’est que le début. Affaire à suivre donc!

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