Garde-les, tes commentaires

La semaine dernière, la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) rejetait la lettre de plainte signée par plus d’une centaine d’Acadiens concernant les commentaires haineux envers les francophones qui caractérisent certains articles présents sur le site web de la société d’État. Plusieurs figures politiques se sont prononcées sur la controverse, dont le premier ministre Brian Gallant, qui a demandé à ce que la CBC mette fin à sa politique d’anonymat qui permet aux internautes de publier leurs messages en utilisant un pseudonyme. Le cas a même été invoqué au Parlement du Canada, où le sénateur Percy Mockler s’est prononcé sur l’affaire en demandant au PDG de Radio-Canada/CBC, Hubert Lacroix, de rectifier le tir.

La situation est par ailleurs malheureuse pour la CBC puisqu’en créant de façon volontaire ou non un environnement propice à la haine et aux agressions, c’est sa crédibilité en tant que média qui prend un coup.

Il est à voir comment les autres médias s’y prennent pour gérer leur section de commentaires, une tâche qui reste un défi ardu et dont la règlementation n’est pas uniforme d’une site web à l’autre. Pour des grands médias comme le New York Times et Le Monde, le droit à l’anonymat par le pseudonyme est la règle générale. Cependant, il est raisonnable de supposer que ces médias possèdent quand même plus de moyens pour faire la révision systématique des commentaires associés à l’article en question. Selon le directeur des médias numériques de la CBC, Brodie Fenlon, plus d’un million de messages sont publiés par mois sur leur site. Avec moins de ressources que les grands médias, il devient clair que chaque commentaire individuel ne peut être évalué efficacement, et que la CBC possède en réalité peu de contrôle sur la multiplicité des commentaires haineux.

La liberté d’expression est un droit fondamentale, mais c’est à la CBC de se demander si elle est bel et bien capable de fournir un environnement qui incite à la conversation ouverte tout en assurant le droit à la réputation et au respect de tous les peuples qui sont représentés par la société d’État. En ce moment, il est évident que non.

Si le retrait de l’anonymat pourrait être une solution temporaire jusqu’à ce que la CBC trouve les moyens adéquats pour bien gérer sa section de commentaires, elle est loin d’être le remède à tous les maux. Bien que le fait de signer son commentaire peut responsabiliser certains individus et les faire penser plus d’une fois avant de le soumettre, à en voir l’état des médias sociaux, cela ne décourage pas la majorité pour autant. Caché derrière son écran, pseudonyme ou non, le dommage nous semble bien loin.

Au lieu de rejeter du revers de la main la lettre de plainte mentionnée plus haut qui fait écho d’une situation qui perdure et s’amplifie depuis bien longtemps, la CBC se doit de se pencher sérieusement sur cette question et d’adopter des mesures qui protègent le droit à la réputation de son public entier, canadiens anglophones et francophones.

Sans cela, c’est à se demander si elle mérite toujours son titre de société d’État.

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