Jean-Marie Nadeau: Activiste pour les intérêts du peuple acadien

Par Samuel LeGresley En 1972, au retour de ses études en France, Jean-Marie Nadeau joint le Parti acadien comme secrétaire provincial, poste qu’il occupera pour 5 ans. Il a depuis été président de la Société de l’Acadie du Nouveau- Brunswick (SANB), éditorialiste pour l’Acadie Nouvelle, chroniqueur pour l’Étoile et a reçu plusieurs prix pour ses contributions à l’Acadie. Il est également à l’origine du Congrès Mondial Acadien, grand festival ayant lieu à tous les cinq ans qui réunit les Acadiens et les Cajuns, qui a eu lieu l’été dernier dans le nord-ouest de la province. Dans cet entretien, Jean-Marie Nadeau témoigne donc de son expérience en tant que membre du Parti Acadien et en tant qu’activiste pour les droits de son peuple pendant les années 1970 et 1980.

 

La situation de l’Acadie durant les années 1970

Selon M.Nadeau, les Acadiens étaient prêts, dans les années 1970, à plonger dans la politique néo- brunswickoise, même si le premier ministre Louis-J. Robichaud venait de terminer son mandat.

Selon lui, celui-ci n’a pas réussi à développer suffisamment les régions acadiennes; malgré ses programmes réformistes dans l’intérêt des Acadiens comme « Chances égales pour tous » pour l’égalité des langues, il était quand même restreint par les idéologies de son parti.

Les manifestations étudiantes de 1968-69 à l’Université de Moncton ont aussi contribué pour lui à ce « réveil », réclamant des fonds supplémentaires afin que l’établissement francophone se rattrape au même niveau que les anglophones. Cela contribua à une ère de modernisation et de revendication politique pour les Acadiens du début des années 1970.

« C’est l’époque où plein d’organisations acadiennes ont vu le jour, explique Nadeau afin de situer l’Acadie dans son contexte. C’était à la mode de créer des organisations acadiennes, parce qu’il n’y en avait pas auparavant. Le Parti acadien s’est inscrit dans ce mouvement de prise en charge du “peuple par le peuple”, naissant dans la même époque que les organismes tels que la SANB et le Conseil Économique du N.-B. ».

Jean-Marie Nadeau eut donc un rôle à jouer dans ces revendications, participant aux décisions et aux réunions. Il démontre également l’alternative que ce parti a offerte au peuple : « Ça a permis aux Acadiens de s’affranchir du parti libéral, parce qu’avant on votait aveuglément pour eux. Ça a donné une autre option aux Acadiens insatisfaits des libéraux. »

La question de l’indépendance acadienne

En 1974, l’idée d’une province acadienne est proposée : « Nous avions atteint un niveau de maturité, de talent et de compétence pour pouvoir gérer nos propres affaires », explique M. Nadeau.

Selon lui, le gouvernement du Nouveau-Brunswick ne répondait pas aux intérêts des francophones de la province et il aurait été pertinent de se séparer du Nouveau-Brunswick afin de résoudre ces problèmes en tant qu’entité souveraine.

En 1979, les 1200 Acadiens présents à la Convention d’orientation nationale des Acadiens du 6 au 8 octobre à Edmundston ont voté sur l’issue de la souveraineté. Selon des données tirées du journal quotidien L’Évangeline, 48,4% des Acadiens présents au congrès ont voté pour une province autonome, 7% étaient en faveur d’un pays acadien et 3,1% pour l’union au Québec.

On voyait donc que, même si une petite majorité des Acadiens présents ont voté pour la séparation de l’Acadie, l’idée était loin de faire l’unanimité.

L’Université de Moncton : un rôle à jouer?

Selon Jean-Marie Nadeau, l’avènement de l’Université de Moncton a grandement contribué à créer des agents de changements pour le peuple acadien, car ce sont les premiers diplômés de l’Université qui étaient à l’origine de l’idée du parti.

Même si celui-ci était surtout centré autour du nord de la province, plusieurs gens politiques du Parti acadien venaient de Moncton : notamment Bernard Richard, aujourd’hui politicien et avocat; Simone Leblanc-Rainville, professeure émérite en éducation à l’U de M; Henri Eugène Duguay, enseignant retraité des écoles secondaires de Shediac et Moncton, et Patrick Clarke, anglophone diplômé en études acadiennes, aujourd’hui membre actif de la SANB.

La contribution du parti à l’Acadie d’aujourd’hui

« Le Parti acadien a fait évoluer le N.-B. : ça a accéléré le processus pour la dualité dans la province », explique M. Nadeau.

« C’était un parti très social-démocrate, prônant beaucoup la formule coopérative, l’égalité des sexes et des races et les droits des gais et lesbiennes, les valeurs environnementales, très avant-gardiste pour l’époque ».

Selon lui, même si le parti n’a pas eu de députés élus, il a « joué un rôle plus grand que ce qu’il y a eu dans les boîtes de scrutin ». On voit donc le « souffle de fraîcheur » que le Parti acadien a amené au Nouveau-Brunswick.

« Ça a permis de moderniser l’acadianité, ça a consolidé l’identité. Avec le Parti acadien, plus facilement les gens se définissaient comme Acadiens. On a fait une bonne “job” à ce niveau- là. », explique-t-il, démontrant sa fierté d’avoir participé à cet essor en politique.

L’influence du vote autonomiste pendant la Convention de l’Acadie de 1979 a entraîné le vote, en 1982, pour la loi de l’Égalité des communautés linguistiques de langues officielles au Nouveau- Brunswick, amenant les droits égaux à un niveau encore plus élevé que la Loi sur les Langues Officielles instaurée par le gouvernement Robichaud en 1969, qui a fait du N.-B. une province bilingue.

C’est donc pour cette raison que les francophones bénéficient d’une dualité dans le domaine de l’éducation et de la santé de nos jours : réforme qui, souligne M. Nadeau, a grandement été influencée par le Parti acadien.

La fin du Parti acadien

Suite à cela, le parti s’est éteint lentement. « À partir de 1982, quand cette nouvelle loi sur l’égalité des communautés a été faite, les gens se sont reposés », explique-t-il.

Il compare l’éreintement du parti à la baisse du nationalisme québécois en 1976, quand René Levesque est entré au pouvoir sous le Parti Québécois pour la première fois.

« On se battait pour une province, mais au moment où le gouvernement a passé une loi reconnaissant l’égalité des deux communautés, c’est comme si le Parti acadien avait perdu une grosse partie de sa raison d’être », croit M. Nadeau.

Selon lui, ces années étaient aussi une période où les gens étaient plus occupés à vivre au quotidien qu’à penser à la politique, à cause d’une récession économique qui coïncida avec la descente du parti.

« Le parti a eu à peu près 12 ans d’existence. Il est mort de sa belle mort », souligne-t-il, quand même satisfait du changement que celui-ci a apporté.

Un parti acadien : chose encore possible?

Selon lui, les Acadiens continuent à avoir les mêmes problèmes : « Les régions acadiennes sont encore désavantagées économiquement, sauf peut-être le Madawaska. Sinon, les régions comme le Restigouche et la Péninsule Acadienne continuent de perdre des résidents, surtout avec l’exode rural qui affaiblit ces coins-là », explique- t-il en mentionnant les problèmes reliés au manque de développement affectant les régions à majorité acadienne, causant un déménagement vers les zones urbaines.

M. Nadeau déplore donc la tendance des politiciens à surtout développer les zones à majorité anglophone, référant à l’expression souvent utilisée par le député Armand Plourde du Parti acadien: « La manne va au sud pis la marde dans le nord! »

Il n’exclut donc pas la possibilité d’un autre parti acadien : selon lui, un parti « communautaire » purement acadien comme celui des années 1970 ne serait plus possible, mais un mouvement plus ouvert qui comporterait une présence dominante acadienne serait réalisable.

« Tous les peuples désirant avancer doivent aspirer à la plus grande autonomie possible, et pour ce faire, l’outil politique est indispensable ». Il encourage donc ceux qui désirent changer les choses à passer aux actes pour un avenir meilleur.

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