La culture du viol : Supportons les survivants, n’excusons pas l’abus

Pour une victime d’agression sexuelle ou de viol, l’idée de signaler son cas aux autorités, ou même d’en parler avec ses proches, peut être effrayante et intimidante. « T’aurais-du mieux te défendre! », « Pourquoi t’étais habillée comme ça? », « Ne bois pas autant la prochaine fois! », « C’est ton chum, ce n’est pas du viol! ». Dans plusieurs situations, la victime se fait accuser d’une façon ou d’une autre d’être responsable de l’agression, directement ou indirectement.

De plus, il y a plusieurs cas où les gens défendent ou appuient l’agresseur, au nom de la présomption d’innocence (« Innocent until proven guilty »). Ce phénomène arrive souvent dans les cas où l’accusé est une figure publique ou une célébrité. Oui, il est vrai qu’une quantité minime de cas de viols (se situant entre 2 à 8% des cas apportés à la police) ne sont pas réels. Cependant, lorsque nous prenons en considération la quantité énorme de victimes qui ne dénoncent pas ces crimes aux autorités (68%) par peur, honte ou coercition, serait-il possible que le « victim-blaming », si présent dans la culture du viol, augmente encore plus les taux d’agressions sexuelles? Et serait-il possible que cette assomption d’innocence de l’agresseur, et de l’assomption de malhonnêteté de la part de la victime, soit une autre raison pour laquelle un tel grand nombre de cas ne se font pas apporter à la lumière et pour laquelle 98% des violeurs ne passeront aucune journée en prison? Excusons-nous le viol?

Il y a toujours eu des cas d’individus connus qui ont été accusés d’agressions sexuelles, mais qui ont été défendus sans arrêt par leurs fans. La cour de l’opinion publique ne cesse jamais d’essayer de défendre ou d’exposer l’accusé. Même lorsque les accusations se sont faites prouver vraies au niveau juridique, il y aura toujours des individus qui défendront leurs vedettes préférées. Cependant, ce composant de la culture du viol, qui met la responsabilité de ces crimes sur la victime d’une façon ou d’une autre, risque de décourager les victimes qui veulent apporter leur cas en justice. Lorsque les accusés agresseurs sont appuyés, les victimes peuvent se sentir découragées, gardant ainsi leur secret pour des mois ou des années, nuisant à leur santé mentale et/ou physique. Il est possible de respecter l’assomption d’innocence légale sans jeter la victime sous l’autobus.

Une autre situation qui peut rendre difficile la déclaration d’agressions sexuelles serait lorsque la victime est employée dans le travail du sexe. Lorsque ces individus subissent des abus, en lien avec leur travail ou non, ils font souvent face à des critiques intenses de leur crédibilité. La vie professionnelle d’un individu n’affecte pas la possibilité de se faire violer. Récemment, une vedette pornographique, écrivaine et défenseure des droits des travailleurs du sexe, a accusé son collègue et ancien partenaire amoureux de viol. Peu de temps après, d’autres actrices ont aussi raconté leurs histoires d’agressions commises par cet homme. Celui-ci, étant l’un des acteurs les plus populaires et admirés dans l’industrie, s’est fait défendre par ses amateurs. Cependant, une grande communauté de gens s’est mise derrière les femmes racontant leurs récits, à travers des hashtags sur les médias sociaux. De plus, des compagnies de production de films pornographiques ont renoncé à leurs affiliations avec l’acteur en question et des blogues mettant en vedette des chroniques par celui-ci ont mis fin à leurs collaborations. Même si qu’hypothétiquement il est possible que ces accusations soient fausses et qu’il n’y ait peu de façons de prouver sans aucun doute raisonnable sa culpabilité, le simple fait qu’une grande partie de la communauté internaute appuie l’acte de ces femmes de dénoncer leurs abus, démontre à quel point la société renonce la culture du viol qui a été si enracinée dans le monde au fil des années.

Les accusations d’agressions sexuelles et de viols doivent être prises au sérieux. Il y aura toujours de fausses accusations de tous les crimes. Cependant, dans le cas de ces abus, il est important que les survivants se sentent confiants et en sécurité lorsqu’ils veulent justice. Les femmes et les hommes peuvent se faire violer. Les travailleurs du sexe peuvent se faire violer. Les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les gens de toute race et de toute histoire peuvent se faire violer. Il faut appuyer les survivants et non les blâmer, car lorsque nous mettons la responsabilité sur eux, les criminels continueront à commettre ces actes vicieux en sachant qu’ils ne seront jamais persécutés.

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Étudiante en Info-Com. Féministe. Fanatique de la technologie, du maquillage et des sciences. Retrouvez-moi sur Twitter pour en savoir plus au sujet de la sexualité!
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  • Michel Bernatchez

    Lise Arsenault a écrit : Les accusations d’agressions sexuelles et de viols doivent être prises au sérieux. Il y aura toujours de fausses accusations de tous les crimes. Cependant, dans le cas de ces abus, il est important que les survivants se sentent confiants et en sécurité lorsqu’ils veulent justice. Les femmes et les hommes peuvent se faire violer. Les travailleurs du sexe peuvent se faire violer. Les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les gens de toute race et de toute histoire peuvent se faire violer. Il faut appuyer les survivants et non les blâmer, car lorsque nous mettons la responsabilité sur eux, les criminels continueront à commettre ces actes vicieux en sachant qu’ils ne seront jamais persécutés.

    Michel partage avec Lise : Chère Lise, je partage avec beaucoup de compassion votre désir de protéger les victimes, je vous y encourage à 100%, mais pas juste d’un seul côté : Il ne faut pas oublier ceux qui sont innocents, eux aussi deviennent des victimes ; alors qu’il y ait un moins ou un plus, on doit s’en servir autant pour les survivants(es) du côté des victimes que du côté des innocents qui eux aussi ont besoin d’être pris aux sérieux. Entre moi et vous, une seule victime d’un viol, de l’inceste ou de la pédophilie, c’est déjà trop. Nous pouvons dire la même chose pour les personnes qui sont faussement et malheureusement accusées des mêmes crimes et qui sont pourtant innocentes. N’est-ce pas une façon plus équilibrée de tendre la main tant du côté des survivants(es) victimes que de celui des survivants(es) innocents(es)? Mais ne l’oublions pas, aujourd’hui nous avons l’Adn, alors en plus d’avoir des survivants du viol nous avons des survivants qui ont été innocentés grâce à l’Adn. On pourrait les appeler les innocents qui ont survécu à cause de l’Adn.

    Nous sommes en 2016 chère Lise, alors que l’on parle du viol, de l’inceste ou de la pédophilie, nous ne devons jamais oublier que dans chaque catégorie mentionnée ci-dessus, vous aurez toujours des agresseurs, des victimes, mais aussi des innocents(es). Merci pour votre article et votre généreuse compréhension sur l’équilibre entre les victimes et les innocents(es) faussement accusés(es).

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