La FEECUM envisage se retirer de l’AÉNB

par Rémi Frenette

La FEECUM a récemment voté au Conseil d’administration (C.A.) pour passer du statut de membre ordinaire à celui de membre associé au sein de l’Alliance des étudiants du Nouveau-Brunswick (AÉNB). Comme l’exige la constitution de l’AÉNB, chaque membre ordinaire doit devenir membre associé pour une période d’un an avant de se retirer complètement. Il se pourrait donc que la FEECUM quitte le groupe de lobbying étudiant provincial dès décembre prochain.

Joëlle Martin, v.-p. exécutive de la FEECUM, énumère deux raisons principales pour justifier le retrait potentiel : les problèmes antécédents entre l’AÉNB et la FEECUM ainsi que l’unilinguisme de l’organisme.

Dans un premier temps, l’AÉNB éprouve continuellement des problèmes de fonctionnement et de structure à l’interne.

« Depuis 2002, chaque nouvel exécutif qui arrive pense qu’il peut réinventer l’AÉNB puis la faire fonctionner. Ça fait dix ans que la FEECUM se bat pour essayer d’avoir un organisme de lobbying provincial qui fonctionne, puis ça fonctionne pas. Ça nous fait perdre du temps, dans le fond », explique Martin.

Le deuxième facteur est celui de la langue. Outre avec les étudiants provenant des campus de Shippagan et d’Edmundston, Martin soutient qu’il est impossible de communiquer en français au sein de l’AÉNB.

Les conséquences sont multiples. Premièrement, les intérêts spécifiques aux étudiants francophones sont mal représentés. Deuxièmement, selon Martin, cette situation force toujours le v.-p. externe de la FEECUM, étant seul bilingue, à remplir le poste de secrétaire au sein de l’AÉNB. Elle rajoute que le président actuel ne parle pas un mot français et qu’il est temps de passer du bilinguisme à la dualité :

« On trouve qu’au point où on en est, la dualité du point au vue du lobbying provincial puis de l’éducation postsecondaire, c’est rendu nécessaire. La FEECUM pense que tout de suite, le compromis, c’est de se rassembler avec les deux autres campus [de l’UdeM] puis de créer l’équivalent francophone [de l’AÉNB]. »

Tous ne partagent pas cet avis. Sylvain Bérubé, v.-p. exécutif de la FEECUM en 2010-2011, désirait rester membre de l’AÉNB. Dans son rapport final, il écrit :

« L’AENB est un groupe incroyable qui nous permit de sélectionner des priorités aux niveaux provinciales [sic.] qui aideraient tout [sic.] les étudiants de la province lors des élections et par la suite. […] [J]e considère que cette année la transition sera incroyablement importante afin d’assurer que l’organisme continue à vivre. Ma peur c’est que dans le cas d’un conflit une école membre cesse de participer aux réunions et mettre [sic.] en péril toute la raison d’être de l’organisme. »

Le Front s’est entretenu avec Bérubé la semaine dernière. Celui-ci maintient la position qu’il tenait l’année dernière :

« L’AÉNB était un lieu qui symboliquement démontrait que les étudiants du N.-B. étaient unis. Ensemble ils travaillent à trouver des solutions pour l’avancement de la cause étudiante. Notre absence de cet organisme-là démontre que les étudiants au N.-B. savent pas ce qu’ils veulent et en plus qu’ils sont pas capable de discuter pour en venir à un consensus. »

Il se demande la question suivante : pourquoi un gouvernement, au préalable peu préoccupé par les enjeux financiers de l’éducation et du postsecondaire, s’intéresserait-il à la cause des étudiants si ceux-ci ne sont même pas capables de collaborer au nom de l’intérêt des étudiants de la province ?

Bérubé soutient que les efforts incessants de la FEECUM pour remettre l’AÉNB sur ses pieds représentent une partie du problème. En voulant à chaque année « changer le monde » et « faire que l’AÉNB marche », pour citer Martin, la FEECUM aurait selon Bérubé alimenté les tensions au sein de l’exécutif.

Ironiquement, il souhaite désormais que l’AÉNB cesse d’exister. De cette façon, espère-t-il, les étudiants prendraient conscience de la valeur de l’association et la feront renaître avec force.

Antécédents : la FEECUM et l’AÉNB
Les rapports de fin de mandat des exécutifs passés de la FEECUM sont révélateurs des problèmes relatifs à l’AÉNB.

Dans son rapport de présidente pour l’année 2007-2008, Stéphanie Chouinard écrit :

« [L’AÉNB] ne s’est pas montrée des plus proactives lors de la sortie du rapport L’Écuyer-Miner [sur l’éducation postsecondaire] en septembre […]. L’AÉNB a d’ailleurs brillé par son absence lorsque nous étions en préparation pour une éventuelle grève de l’ABPPUM. Notre cotisation à l’Alliance a coûté aux étudiants de l’Université de Moncton 13 000$ cette année, et je crois que la FÉÉCUM aurait pu avoir de bien meilleures retombées en utilisant ces argents à ses propres fins. »

Chouinard propose ensuite que la FEECUM reconsidère son adhésion à l’organisme si ce dernier ne démontre pas davantage de proactivité en 2008-2009.

L’année suivante, la présidente de la FEECUM, Tina Robichaud, partage dans son rapport final un avis similaire à celui de Bérubé :

« Un des principaux avantages d’être membre avec l’AÉNB est le fait de s’asseoir à la même table que les autres associations étudiantes avec le gouvernement et représenter tous les étudiants au NB, ce qui apporte une voix beaucoup plus forte et [un] message beaucoup plus clair. Le gouvernement n’accepterait pas de mettre en place des programmes si tous les étudiants ne peuvent s’entendre sur le même message »

Elle souligne toutefois un vote très serré au C.A. qui a démontré que plusieurs préféreraient « devenir membres associés en raison de l’insatisfaction du service reçu de l’alliance. »

L’année suivante, en 2009-2010, le v.-p. exécutif de la FEECUM, Simon Ouellet, émet la critique suivante dans son rapport final :

« Ne faisant pas toujours un travail fantastique en lobbying, l’AENB échoue complètement à combler le vide revendicatif dans le mouvement étudiant. Mais cela est en quelque sorte le résultat de l’indécision de ses propres membres. La FÉÉCUM est aux prises avec le même problème. Si eux-mêmes, les chefs étudiants, ne sont pas prêts à prendre la rue pour leurs objectifs, comment peuvent-ils oser demander l’engagement de la masse ? »

Cette même année, Robichaud occupait toujours le poste de présidente. Dans son rapport final, elle réaffirme le besoin de siéger au sein d’organismes tels l’AÉNB. Elle avoue cependant qu’« Il y aurait aussi lieu de faire une révision […] surtout au niveau de l’alliance étudiante du Nouveau-Brunswick. Il y a vraiment environ 10 ans, et si pas plus, qu’on questionne ce qu’on retire de l’organisation ».

Au final, comme l’affirme Martin, la FEECUM décide en 2012 de passer à l’acte sur un sujet à la traîne depuis 2002. Elle précise que le nouveau statut de membre associé de la FEECUM est « peut-être un peu pour donner un ‘‘wake-up call’’ au président puis aux autres membres de l’AÉNB. Ça va être au prochain exécutif de décider au mois de décembre l’année prochaine si on débarque complètement ou pas. »

Partagez!