La méga brosse acadienne du 15 août

Depuis quand le 15 août signifie un party de débauche alimenté par l’alcool ? Il n’y a aucun autre groupe sur la scène musicale acadienne qui représente mieux l’Acadie, historique et moderne, que 1755, même si la majorité des textes furent écrits par le grand poète Gérald LeBlanc dans les années 70. Cependant, la foule présente au méga spectacle acadien de Dieppe mettant en vedette Félix Belliveau et les groupes Tradition, Bois Joli et 1755 semblait davantage préoccupée par l’importance d’avaler autant d’alcool possible, même parfois de la régurgiter, que par le sens des paroles chantées par le groupe le plus important dans la concrétisation de l’identité acadienne.

Le problème repose dans cette identité acadienne qui est difficilement définie chez la majorité des jeunes et moins jeunes acadiennes et acadiens. « Qu’est-ce que ça veut dire pour toi d’être acadienne ou acadien ? » Cette question provoque souvent des rires, même des malaises, puisque peu de gens ont une réponse claire, ni même plusieurs éléments de réponse. Vous direz peut-être qu’il est évident que la langue française nous unit, mais si l’on sort de la bulle du campus de l’Université de Moncton, on y trouve, en majorité, des acadiennes et acadiens qui se disent bilingues avant de se dire francophones. Vous savez, ces gens qui écrivent uniquement en anglais sur Facebook, Twitter et le reste des médias sociaux, qui se sentent plus à l’aise à parler en anglais entre amis et qui travaillent dans des milieux uniquement anglophones sans penser pour une seconde qu’ils subissent de l’assimilation. Ce sont ces mêmes individus qui critiquent les citoyens et membres du gouvernement qui proposent des politiques pour protéger les droits des francophones, puisqu’ils sont inquiets de l’effet que ces lois auront sur la communauté anglophone. Par exemple, le dossier de la division des autobus scolaires par communauté linguistique; une minorité francophone s’est dite fière de son gouvernement qui agissait pour défendre ses droits linguistiques alors que le reste se souciait d’exclure les anglophones.

Pour en revenir à nos moutons, le groupe 1755 et ses chansons puissantes évoquent toujours, une quarantaine d’années plus tard, des réalités qui sonnent vraies en Acadie aujourd’hui, car il semblerait que le Nouveau-Brunswick aurait régressé en matière d’harmonie linguistique. Plusieurs groupes anti-bilinguisme font beaucoup de bruit sur les médias sociaux et font en sorte que des paroles telles « les vieilles anglaises, l’autre bord de la rue, n’aiment pas mon chien, mais ça fait rien, il les aime pas lui non plus » sont toujours d’actualité.

Mais il reste que la réalité pour un nombre trop important d’acadiennes et d’acadiens est que le 15 août n’est qu’une occasion de virer une brosse. C’est une fête vide de sens quant aux luttes du passé que nos ancêtres et nos parents ont mené et aux combats que l’on doit mener, jeunes et moins jeunes, aujourd’hui au Nouveau-Brunswick pour protéger notre identité acadienne qui est composée, en grande partie, de notre langue française.

Et si l’on fêtait un quinze août sans alcool? : « J’aurai moins de fun, pas mal moins de fun. C’est sûr que l’alcool à un show de 1755 joue un grand rôle dans le party », avoue Jérémie Desroches, spectateur au méga spectacle acadien et un grand admirateur de la musique de 1755.

De son côté, Julie Léger a évité le méga spectacle acadien et a plutôt opté pour un quinze août au festival Acadie Rock, où, selon elle, « les gens boivent quand même, mais sont moins rowdy. Tu peux plus apprécier la musique. Un show de 1755 à Dieppe veut dire plein de monde en train de se soûler la face. »

Comme à tous les spectacles de 1755, Roland Gauvin, le parleux du groupe 1755, en d’autres mots, celui qui s’adresse à la foule entre les chansons, tente d’honorer le parolier du groupe, Gérald LeBlanc, un poète qui a su capturer l’essence de Moncton et de l’Acadie avec sa plume. Ces paroles qui ont permis à de nombreuses générations de crier leur fierté d’être acadiennes ne semblent plus stimuler de débat aujourd’hui, mais plutôt des concours de consommation d’alcool sans bornes.

Les spectacles comme celui de 1755 à Dieppe et Acadie Rock à Moncton ont su attirer les foules. Dans la photo, Marie-Pierre Arthur au Square des Amériques.

 

Partagez!