Le djihad sous d’autres latitudes

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(Crédits photo : www.actusen.com)

État de siège, mesures d’urgence, lockdown total… les termes forts font actuellement florès dans la presse mondiale pour décrire la situation des pays européens suite aux récents attentats de Paris. Depuis le 13 novembre, l’attention publique est focalisée sur le Vieux Continent, reléguant (sauf au Canada) la crise des migrants au second plan. Sans doute les millions de réfugiés reviendront-ils sur le devant de la scène lorsque la panique aura cessé. Mais ce constat n’est malheureusement pas vrai pour les victimes des djihadistes en Afrique.

De manière plus générale, il est évident que le continent souffre d’un manque criant de visibilité dans les médias occidentaux, alors que les enjeux auxquels il est confronté sont mondiaux (islamisme radical, violences sexuelles et ethniques…). Les grandes puissances de la planète entretiennent pour la plupart une hypocrisie consciente : indifférents tant que leurs intérêts économiques sont garantis, agressifs et bien plus concernés dès que ceux-ci sont menacés. Un certain nombre d’articles ou d’études ont déjà prouvé combien l’Occident pille les ressources naturelles au nom du Dieu nommé consumérisme (lithium pour les cellulaires, or, diamants…).

Mais le mutisme à l’égard du continent africain a pris une nouvelle dimension depuis l’expansion du djihadisme. Pour contrer cette indifférence, cette analyse mettra en exergue trois pays africains martyrisés par ce fléau: le Mali, la Somalie et le Nigéria.

Pauvreté et terreur

Le premier pays cité a bénéficié d’une couverture médiatique un peu plus large ces derniers jours, suite à la fusillade et aux prises d’otages à l’hôtel Radisson Blu de Bamako, la capitale. Mais ce subit regain d’intérêt est surtout dû au fait que l’établissement en question est fréquenté par une clientèle majoritairement occidentale… Depuis 2012, la population malienne endure de façon répétée d’infâmes agissements terroristes des groupes salafistes (un mouvement islamiste radical). Là où ces insurgés ne frappaient que le nord du pays, en 2012, ils sont arrivés aux portes de Bamako, en 2013, ce qui a nécessité une intervention de l’armée française. Loin de résoudre définitivement la menace salafiste, celle-ci a causé son redéploiement au sud du pays. Des accords de paix ont été signés au printemps 2015, mais il n’a pas fallu deux semaines pour que ces derniers soient violés, comme le rappelle le journal La Croix. Le Mali, un des pays les plus pauvres au monde, ne sait plus à quel saint se vouer (et l’expression est choisie, dans un contexte religieux aussi tendu) pour enfin vivre en paix.

À l’ouest du continent, les Somaliens sont également soumis à un régime de terreur. Profitant du chaos qui régnait dans le pays depuis le début de la guerre civile, en 1991, les shebab (un autre mouvement islamiste) sèment la désolation depuis leur création en 2006. Le dernier crime d’envergure des terroristes date du 26 juillet, date à laquelle ils ont fait exploser une voiture piégée près d’un hôtel très couru. Le bilan s’élève à treize morts ; les shebab procèdent souvent par petites attaques meurtrières plutôt que par de grandes opérations semblables au carnage parisien. Les islamistes ont prêté allégeance depuis 2010 à Al-Qaïda, le chef de l’organisation menaçant ses ouailles d’ « égorgement » s’ils se ralliaient à l’État islamique, dans un message diffusé mardi et relayé par le site web jeuneafrique.com. Depuis quelques années, ils étendent également leurs activités (si l’on peut qualifier leurs actes de cette manière) au Kenya voisin. Une chose marquante quand on observe les techniques auxquelles ont recours les shebab est la gestion du temps : ils attendent souvent le moment psychologique pour dévaster. L’attentat perpétré en juillet dernier faisait par exemple suite à une visite d’État de Barack Obama au Kenya, à l’issue de laquelle il avait affirmé que les malfaiteurs somaliens étaient « affaiblis », comme le souligne le site web de l’Huffington Post au Maghreb.

Un “État“ islamique tentaculaire

Le cas du Nigéria est différent : les terroristes islamistes étaient regroupés jusqu’à cette année au sein d’un groupe nommé Boko Haram, mais ce dernier a fait allégeance à l’État islamique en mars. Il est ainsi devenu une des provinces reconnues par l’organisation djihadiste internationale. Fondé en 2002, Boko Haram s’est surtout fait connaître à partir de 2009, en lançant une insurrection dans quatre provinces nigérianes. Battu par les forces étatiques en 2010, le groupement a déployé ses forces dans les pays voisins, c’est-à-dire, le Cameroun, le Niger et le Tchad. Le conflit entre islamistes et militaires « réguliers » culmine depuis 2013. L’épisode le plus marquant de cette guerre a eu lieu en 2014, avec l’enlèvement de 276 lycéennes de Chibok, une ville de l’est du pays. Les fillettes ont été abusées sexuellement et parfois tuées, ce qui est assez représentatif du genre d’actes perpétrés par ces extrémistes. Le New York Times, par la plume de son journaliste Rukmini Callimachi, a d’ailleurs publié une enquête (en août 2015) qui expliquait comment l’État islamique avait mis en place une « théologie du viol », en d’autres termes, une justification des abus sexuels par les textes sacrés.

Toute la difficulté du combat, pour la coalition internationale ou les pays africains, vient de l’absence de centralisation de ces mouvements. Il est presque impossible de savoir où et quand frapper. Quoi qu’il en soit, la résolution du conflit passe avant tout par la compréhension de celui-ci, et donc la prise en compte de ses racines et développements africains.

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