Le recrutement s’enrhume, le budget tousse

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Cette année encore, nombreux sont les dossiers brûlants à traiter pour Pascal Robichaud, le registraire de l’Université. Photo Damien Gaudissart

« Engagez-vous ! ». C’est ainsi que Stéphane Hessel et Gilles Vanderpooten avaient intitulé leur œuvre commune, publiée en mars 2011, et qui avait eu un certain retentissement en Europe. Le premier nommé est décédé deux ans plus tard, mais ses appels à l’engagement ainsi qu’à l’indignation lui ont survécu, et illustrent finalement à la perfection la situation actuelle de l’Université de Moncton.

Engagement d’abord. L’institution souffre d’un déclin constant du nombre d’inscriptions depuis l’année académique 2012-2013. Le nombre d’inscrits à temps plein s’est fixé à 4354, selon les statistiques dévoilées le 21 septembre dernier (les chiffres définitifs seront publiés le 1er décembre).

Pascal Robichaud, registraire depuis 2010, explique la décroissance : « Elle est due à plusieurs facteurs ». D’une part, « l’Université de Moncton a toujours recruté dans les écoles secondaires au Nouveau-Brunswick, mais c’est un pôle en déclin ; la chute démographique de l’Acadie nous rattrape ». Il est indéniable que le vieillissement de la population constitue un signal défavorable en matière d’inscriptions. Actuellement, les trois quarts des jeunes recrutés proviennent de ce pôle de recrutement. Le registraire souligne combien il est difficile d’attirer un public issu d’autres régions du pays, la compétition avec le Québec étant féroce. De plus, l’enseignement en français ne convient qu’à une minorité d’étudiants canadiens, plus rompus à la pratique de l’anglais.

« Environ 6% de notre population étudiante est originaire des provinces autres que le Nouveau-Brunswick », ajoute Pascal Robichaud.

Quoi qu’il en soit, les inscriptions canadiennes subissent un fort déclin depuis 2009 (1000 étudiants en moins, ce qui est assez impressionnant pour un intervalle de temps aussi court).

D’autre part, Robichaud indique qu’« à l’international, on a plafonné dans l’Afrique francophone. La fermeture de la frontière avec la Guinée, à cause de l’Ebola, nous a fait mal cette année ».

Il est utile de spécifier que ce pays est le plus grand pourvoyeur d’étudiants non canadiens de l’Université de Moncton. Cette dernière comptabilise 833 inscriptions internationales cette année, contre 874 en 2014. C’est la première fois depuis de nombreuses années que les statistiques ne partent pas à la hausse dans ce domaine. En effet, l’augmentation de cette catégorie d’étudiants avait été régulière depuis 2009.

L’éducation, si facile à saborder

Indignation ensuite. Fort logiquement, le déclin constaté au niveau du recrutement génère une perte de revenus pour l’Université, les inscriptions constituant une source majeure d’argent frais. Dans un contexte économique morose, surtout au Nouveau-Brunswick, ce trou dans le budget est difficile à combler. La section « faits saillants » de la planification stratégique Vers l’U. de M. 2015 résume parfaitement l’équation : le but est de rationaliser les dépenses tout en conservant une certaine excellence pédagogique. Mais pour ce faire, il aurait fallu que le gouvernement provincial accorde des subventions à l’établissement, afin de compenser la fuite de recettes causée par le gel des frais de scolarité, ce qui n’a pas été le cas.

Le déficit prévu pour l’année à venir dépasse le million de dollars. Il est donc légitime de s’offusquer du comportement outrageant de certains responsables politiques, qui n’hésitent pas à sacrifier l’éducation sur l’autel des restrictions budgétaires. Depuis la fin des années 1990, ce secteur est celui qui a le plus pâti des divers serrages de ceinture canadiens. Il est hypocrite d’affirmer dans la Charte canadienne des droits et libertés que l’éducation est un droit fondamental, quand, sur le terrain, les dettes étudiantes et institutionnelles atteignent des sommets inégalés.

La question financière donne des cheveux blancs à tous les membres de l’Université, habitués depuis la création de celle-ci à une logique de croissance. Le plan stratégique mis en place implique fortement ces derniers dans les efforts à réaliser, avec notamment des gels salariaux et des licenciements.

Le registrariat souffre également : « On doit penser nos choix différemment. On essaie de réorienter une partie de notre travail sur l’expérience étudiante et la valeur ajoutée de la formation », explique Pascal Robichaud. En effet, l’Université de Moncton étant la seule institution académique à réellement perpétuer le savoir-faire francophone dans la province, elle ne peut se permettre de supprimer inconsidérément des programmes d’études, sous peine de perdre au moins une génération de professionnels acadiens du secteur.

Attendre et espérer

Malgré la noirceur ambiante, il existe tout de même quelques motifs d’espoir pour les responsables du service. La mineure en langues étrangères est par exemple très populaire, tout comme la nouvelle majeure en criminologie, qui a attiré un large public.

Le registrariat compte bien miser sur les programmes les plus populaires pour relancer la dynamique : « Il existe des tendances. On a observé une croissance importante des inscriptions en administration des affaires, tandis que dernièrement, l’éducation a moins la cote ».

Il est intéressant de constater l’existence de préférences propres à chaque pays : les gens du Maghreb apprécient par exemple les sciences et l’ingénierie, alors que ceux de l’Afrique subsaharienne préfèrent les sciences politiques et l’administration. Dernier motif de satisfaction : le nombre de femmes inscrites a crû rapidement ces dernières années, pour atteindre un total de 60% des étudiants. La parité des sexes est donc devenue réalité à l’Université de Moncton.

Dans ces circonstances difficiles, la meilleure chose à faire est de se serrer les coudes. La banque alimentaire mise en place par la FÉÉCUM est un bon exemple d’entraide étudiante. Puisse-t-elle inspirer toute la communauté monctonienne !

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