Le recteur s’explique

par Marc-André LeBlanc

Alors que la semaine dernière Le Front a rapporté la fin de la poursuite dans la cause du vice-rectorat aux affaires étudiantes et internationales en publiant une lettre signée par Serge Rousselle, nous posons cette semaine un regard plus complet sur la polémique qui a entaché l’image de l’Université dans les derniers mois.

Au mois d’avril dernier, le Conseil des gouverneurs de l’Université de Moncton annonçait la nomination de Marie-Linda Lord au poste de vice-rectrice aux affaires étudiantes et internationales. Cette nomination du Conseil s’accordait à la recommandation du comité d’équité et non à celle du comité de sélection, ce qui en a surpris plus d’un.

Après avoir réclamé une révision indépendante dans le dossier, l’un des candidats défaits, Serge Rousselle, a annoncé ses intentions de poursuivre l’Université. Le mois dernier, les documents déposés devant la cour étaient finalement rendus officiels et on apprenait que Rousselle était rejoint par l’autre postulant défait, Yvon Dandurand.

Ceux-ci dénonçaient plusieurs anomalies au processus ayant mené à la nomination de la candidate sélectionnée par le Conseil des gouverneurs. Les plaignants étaient armés de huit affidavits, des documents signés sous serment présentant la version des faits d’un individu, dont ceux des présidents de la FÉÉCUM et de l’ABPPUM, Ghislain LeBlanc et Michel Cardin.

Par contre, la semaine dernière, Serge Rousselle a fait parvenir une lettre aux médias annonçant qu’il laissait tomber la poursuite face à l’Université. Ce dernier parle d’une bataille de David contre Goliath avec des procédures qui auraient été longues et où il ne voulait pas « avoir à y laisser ma santé physique et financière ».

Suite à ce dénouement, le recteur de l’Université a affirmé par voix de communiqué que cette conclusion ne le surprenait pas, car l’institution avait agi dans les règles. Lors d’une rencontre avec Le Front jeudi dernier, celui-ci n’avait pas changé d’avis.

« Je crois que la décision a été prise. Madame Lord est en fonction et, en abandonnant la poursuite, c’est sûr que ces gens-là reconnaissent que Madame Lord est entrée dans ses fonctions de plein droit », affirme le recteur.

Malgré tout, le recteur ne nie pas que la discorde était due à des divergences sur l’interprétation de faits et de politiques, principalement de la part des plaignants.

« C’est ça l’enjeu d’avoir un procès ou pas, » soutient le recteur Fontaine. « Quand on a un procès, les gens avancent des arguments dans des affidavits qui pour eux sont des faits. Le procès fait qu’on peut contre-interroger, car il y a toujours plusieurs versions des faits. »

Le recteur ne réfute pas que la seule version des faits qui est publique en ce moment est celle présentée par les candidats défaits Rousselle et Dandurand, avec les documents qu’ils ont présentés en cours le mois dernier.

« Je suis loin d’être convaincu qu’il faut produire nos propres versions des faits, car je pense qu’il y a des gens qui seraient blessés là-dedans, donc je ne crois pas qu’on a besoin de ça », rapporte Fontaine en ajoutant que même si l’Université le faisait, personne n’est là pour arbitrer les deux côtés de la médaille.

Même s’il est parmi ceux mentionnés dans l’affaire, Fontaine pointe plutôt vers les gens accusés dans les affidavits dans l’espoir de les faire clarifier leur version de l’histoire.

« Je pense qu’il y a des gens qui subissent des dommages en raison des affidavits qui ont été déposés. Si ces gens là choisissent un jour de réfuter certaines choses qu’il y a dans les affidavits, ils le feront, mais je ne pense pas que nous, institutionnellement, on doit entrer dans cet exercice-là. »

« Je n’ai jamais été réticent à l’idée que nos politiques soient le plus claires possible. Je crois qu’une bonne partie de la controverse est due en partie parce qu’il y a eu soit des interprétations différentes du contenu des politiques, ou des imprécisions concernant la façon qu’on devait acheminer certains dossiers à certains endroits. On va saisir l’occasion de cette controverse-ci pour amener les précisions nécessaires. »

À multiples reprises pendant l’entrevue, le recteur a ramené un message central, notamment en faisant référence à la lettre publiée par le président du Conseil des gouverneurs jeudi dernier : « Quand le conseil a débattu cette question là, il l’a fait avec toute l’information requise, avec la transparence requise et avec la même diligence et le même professionnalisme que le recteur a amené a chaque fois qu’il a amené un dossier au conseil de gouverneurs. »

LA FÉÉCUM LAISSE ÉGALEMENT TOMBER
Par voix de communiqué, la Fédération des étudiants et étudiantes de l’Université de Moncton s’est dite déçue que la poursuite soit abandonnée. À ce jour, le dossier est presque clos selon le président Ghislain LeBlanc : « Il faut continuer à avancer sans pour autant oublier le passé. C’est pour cela qu’on a demandé la révision de la politique d’embauche et que l’on va suivre de très près le processus de sélection du nouveau recteur qui est actuellement en cours ».

En ce qui concerne cette révision des politiques, le recteur actuel, Yvon Fontaine, a affirmé que le travail était bel et bien en cours, et que des réponses pouvaient être attendues d’ici Noël.

De plus, Fontaine, autant que LeBlanc, avoue que malgré les accusations dévoilées lors de la poursuite, les liens établis sont toujours là entre l’université et la FÉÉCUM.

« Ce n‘est pas la première fois et ce n’est pas la dernière fois qu’on ne va pas être d’accord l’un avec l’autre, » soutient Ghislain LeBlanc. « Moi, tant et aussi longtemps qu’il va y avoir une ouverture de communication avec l’administration de l’université, on va toujours être à table pour avoir un dialogue. À la fin de la journée, on a chacun le bien être de l’institution en tête et parfois nos moyens pour y arriver divergent, mais ce n’est pas cette divergence qui doit résulter en de mauvaises relations par la suite. »

Ghislain LeBlanc dit tout de même ne pas regretter avoir présenté sa version des faits et signé un affidavit pour la cause de Rousselle et Dandurand. Il pense qu’il est maintenant temps de passer à autre chose.

« L’Université refuse de répondre aux questions, malgré que c’est elle qui a des comptes à rendre. Donc, à ce point ci, est-ce que c’est la chose à faire d’attaquer l’Université, ou est-ce qu’on veut plutôt s’assurer que dans le futur les procédures soient suivies ? » rétorque le président.

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