Le tournant Web: est-ce la fin d’une époque?

Vous voilà maintenant en train de lire  la dernière édition papier régulière du Front.

Les médias deviennent de plus en plus numérisés. Avec ce changement arrive le déclin des journaux papier, qui connaissent de moins en moins de lecteurs. De nombreux quotidiens à travers le monde cessent d’imprimer en raison d’une baisse de leur lectorat.

À l’Université de Moncton, le nombre de journaux pris dans les kiosques du Front baisse chaque année, selon les statistiques recueillies. De 500 copies en 2011, le tirage oscille maintenant entre 200 et 250 journaux.

C’est donc pourquoi Le Front cesse son impression au semestre prochain, afin de tâter le terrain vers l’avenir et se concentrer davantage sur la création d’un contenu qui rejoint mieux les étudiants.

Les journaux étudiants sont un média particulier, qui évoluent de leur propre façon. Ce qui les caractérise des journaux à plus grande échelle, c’est le changement incessant de l’équipe, qui se renouvelle chaque année ou presque, créant un renouveau constant au sein du contenu, du format et de la ligne éditoriale.

Explorons donc l’émergence et l’évolution des journaux étudiants sur notre campus.

Un bref historique

Les tout premiers médias étudiants ont surgi à la fin des années 1960, au temps des manifestations étudiantes. Très revendicateurs, la plupart de ces premiers cahiers étaient un véritable « crachoir » à opinions, où des étudiants surtout mécontents critiquaient ouvertement l’administration universitaire.

Mais c’est en 1970 que la Fédération étudiante (FÉUM), nouvellement créée, décida de trouver des fonds pour la création d’un journal étudiant régulier. L’Embryon, qui en résulta, n’a toutefois duré que quelques éditions.

En 1973, le besoin d’un outil pour nourrir l’esprit critique de la masse étudiante refait surface, ce qui donne naissance à la Jaunisse.

Ce premier journal hebdomadaire régulier, géré sous la FÉUM, était un mélange d’articles journalistiques, d’opinions et de créations artistiques. Il a participé aux manifestations étudiantes de l’époque en informant les étudiants des déroulements et des enjeux.

C’est en 1977 que le journal changea de nom pour s’appeler Le Front, un nom qui restera jusqu’à aujourd’hui.

Ce journal se modernisa à travers les décennies, chaque nouvelle équipe y amenant sa contribution particulière.

La question d’une dissociation de la Fédération étudiante était revenue à plusieurs reprises entre les années 1980 et 2000, mais était toujours repoussée en raison des inquiétudes financières.

Ce n’est qu’en 2009 que le journal s’associe finalement à CKUM-FM et les Médias acadiens universitaires (MAUI), et devient complètement indépendant de la Fédération. Maintenant, les droits de scolarité de chaque étudiant incluent 17$ pour la production d’un journal et d’une radio sur le campus.

Un changement de format

En 2011, un changement de format s’impose. Puisque l’imprimeur n’allait pas au-dessous de 2000 copies, des dépenses énormes de fonds et de papier étaient faites chaque semaine.

L’équipe a donc pris la décision d’acheter sa propre imprimante.

«  On cherchait à réduire notre empreinte écologique et à gaspiller moins de papier », explique Anthony Doiron, président des MAUI en 2011 et en 2012.

Mais aujourd’hui, le tirage diminue encore et il devient de plus en plus difficile de justifier l’impression régulière d’un cahier lu par quelques centaines d’étudiants seulement, avec des coûts annuels dépassant 20 000 $.

En 2009, le livre de Carolynn McNally sur l’histoire de la Fédération étudiante de l’Université de Moncton prédisait déjà un changement de format, une évolution qui allait peut-être mener à un virage numérique.

Nous voilà rendus là.

Mais cette décision n’est pas forcément permanente. Est-ce que le Front demeurera un journal Web pour toujours? Est-ce qu’il publiera une édition mensuelle seulement? C’est à vous de décider.

La question sera discutée à l’Assemblée générale des Médias acadiens universitaires, en mars 2016, ouverte à tous les étudiants voulant participer au débat.

Pour souligner la fin de l’édition papier, une exposition sur l’histoire du journal sera organisée par les Médias acadiens universitaires et le Centre d’études acadiennes à la fin janvier.

On se voit au retour des fêtes, sur le Web!

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