Les professeurs et l’université : des fous du volant de la négociation qui s’en sortent sans contraventions… (ou sans mauvaise entente, c’est selon)

par Mathieu Plourde Turcotte

Jusqu’à tout récemment, ces négociations n’allaient nulle part. Les professeurs rencontrés, avec en tête de liste le président de l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM) Michel Cardin, disent qu’à la même date l’an passé, avant qu’un vote n’émette la possibilité de pouvoir… peut-être… voter une grève en cas de besoin, ainsi qu’avant le 2 novembre dernier, date où le gouvernement a nommé une conciliatrice au sein des négociations, l’université ne semblait pas trop se soucier des négociations.

Pourtant, à la sortie de l’assemblée générale spéciale du vendredi 23 mars, la réaction des professeurs interrogés sur leur appréciation de l’entente de principe se situait de content sans plus (peut-être un peu gêné) à totalement enchanté – ces derniers étaient majoritaires au sein de la vingtaine de commentaires recueillis. Un murmure soufflait dans l’amphithéâtre du pavillon Jacqueline Bouchard, félicitant l’université, et au passage « l’excellente conciliatrice » d’avoir mis à ce point la main à la pâte, sur cette si courte période de coordination de la convention collective, pour en arriver à ce résultat satisfaisant.

Certains professeurs n’hésitaient pas à dire que, compte tenu de la situation financière de la province, les petits gains de la convention étaient forts appréciables. Preuve encore plus officielle de l’appréciation des professeurs pour l’entente de principe conclue le lundi 19 mars : leur appui à 95,5% de l’entente (111 votes pour, 5 votes contre) ainsi qu’un renouvèlement du mandat d’une durée d’un an de chacun des membres du personnel du bureau de la direction du syndicat. Le syndicat représente l’ensemble du campus qui compte un nombre d’enseignants difficiles à fixer, compte tenu de la quantité de professeurs à temps partiel, mais qui se situe dans les alentours de 500 professeurs, dont 300 enseignants à temps plein.

Le gouvernement peut-être responsable sans le savoir de la vitesse sur les routes… de la négociation.
La venue du budget a peut-être précipité une entente. Les deux parties – pas seulement les enseignants – avaient intérêt à s’entendre avant le budget qui a été déposé le mardi 27 mars, suppose Paul Deguire, professeur de mathématiques à l’université. Après ce vote du 23 mars, monsieur Deguire émettait cette hypothèse: « Tout le monde sait que ce sera un budget parsemé de coupures, alors l’université n’avait pas avantage à se voir forcée, de par la prise en compte des paramètres du budget, d’affronter certaines revendications des professeurs et d’augmenter les chances de se les mettre à dos. » Visiblement content de l’entente, tout en se gardant une petite gène, au cas où il y aurait un revirement de situation, Paul Deguire commentait: « Même si nous ne l’espérons surtout pas, et eux non plus probablement, l’université peut encore revenir sur sa décision. C’est pour ça qu’il y a un souhait de voir le Conseil des gouverneurs se réunir le plus tôt possible afin qu’il réagisse au vote des professeurs. » Un communiqué de l’université avance: « L’administration de l’Université devrait pouvoir soumettre l’entente à l’approbation du Conseil des gouverneurs lors de sa prochaine réunion en avril. »

Pour montrer un peu l’intérêt d’éviter les conflits, Michel Cardin explique que le rapport de force a changé radicalement depuis la grève des professeurs de 2000, alors qu’à la grande surprise des dirigeants de l’université, les professeurs s’étaient tenus solidement ensemble. Avant cela, rajoute-t-il, les revendications n’étaient pas prises au sérieux et, de ce fait, les professeurs étaient grandement en retard sur les conditions de travail de la moyenne des universités canadiennes. C’est un peu regrettable que par la suite se soit installée une méfiance… une attitude défensive dans l’accueil des réclamations, comme si les réclamations étaient des attaques. Par contre, la confiance entre les deux parties revient tranquillement pas vite, admet Michel Cardin.

À noter, l’aide de l’association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) qui, de son bureau à Ottawa, semble-t-il, aide grandement le syndicat à se faire valoir dans les négociations. « Avant l’association avec l’ACPPU, nous étions un peu isolés. Maintenant, nous avons un fond de grève commun pour toutes les universités membres de l’ACPPU. Donc si une université tombe en grève, tout le monde envoie sa contribution. Nous avons aussi, en plus de conseillers qui restent en contact avec nous pour la période de négociation, une forme de réseau qui permet de communiquer entre professeurs, sans que quiconque d’autre puisse en quelque sorte s’ingérer dans les discussions. »

La convention collective
Ces améliorations ont été divisées en quinze points résumant, par exemple, une amélioration de la transparence et de la collégialité des décisions de l’université vis-à-vis les employés, des changements dans la charge de travail, des améliorations dans l’administration des congés parentaux et bien plus. Les points qui ont requis des discussions un peu plus poussées sont : les changements dans la charge de travail et les salaires pour les préoccupations enseignantes, ainsi que l’amélioration de la transparence des décisions de l’université vis-à-vis les employés – bref, un peu plus de consultation –qui aurait causé des réticences de la part de l’université.

Il s’agit donc ici d’une entente bonne pour trois ans gradés en 81 étapes : 81 différents types de contrat de travail offrant des salaires modelés selon l’expérience, les responsabilités, le fait d’avoir un doctorat ou pas, le nombre d’heures de cours données, etc. Paul Deguire commente: « Les salaires passent de minime en début de carrière – compte tenu du doctorat – à un très bon salaire en fin de carrière. Et là, évidemment, tout est relatif. »

Au bout du compte, rien d’extraordinaire, surtout des bonifications de conditions de travail générales. C’est très satisfaisant comme ça, commente Michel Cardin.

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