Lettre d’opinion : D’un être humain à un autre

Depuis maintenant plus de trois semaines, des milliers de manifestants pacifiques occupent symboliquement Liberty Square à New York, dans le secteur financier de Wall Street. Soulignant entre autres l’avarice corporative, l’instabilité économique, l’injustice sociale, les taux de chômage, ils dénoncent le trop grand pouvoir politique des corporations sur les décisions du gouvernement dit démocratique avec le lobbying gouvernemental et le financement des campagnes électorales. Ils dénoncent le trop grand pouvoir économique des corporations et le contrôle des «marchés libres» par ceux-ci, l’exploitation, l’inflation, la création ex nihilo d’argent par les institutions financières privées via l’effet multiplicateur du crédit … Bref, le gouffre qui sépare l’élite financière du reste de la population est énorme. Aux États-Unis, 70% des ressources et richesses appartiennent à 1% de ses habitants. Occupy Wall Street est un mouvement pacifique et inclusif au pouvoir décentralisé (il n’y a pas de leader et le consensus s’opère démocratiquement) actuellement soutenu par des étudiants, des travailleurs, des activistes environnementaux, des familles, des artistes, et une multitude de syndicats et d’organisations à but non-lucratifs. Leurs demandes sont aussi variées que leur démographique, mais le message qui chapeaute le mouvement dit OccupyWallStreet ne pourrait pas être plus clair : Ces gens représentent le 99% de la population et il serait temps que le gouvernement se mette à l’écoute. Ils exigent que le bien-être public prime sur le capitalisme sauvage qui exploite présentement le travailleur, le consommateur, et l’environnement au profit de l’élite.

Durant les trois dernières semaines, les médias financés par le secteur privé ont d’abord ignoré de toute part les manifestants, puis ils ont tenté de décrédibiliser leurs efforts : La désinformation est rampante lorsque les intérêts corporatifs sont en jeu. Malgré cela, par l’entremise de leur site web occupywallst.org (sur lequel ils diffusent en direct) ainsi que par les médias sociaux, OccupyWallStreet a gagné une ampleur inestimable. Selon occupytogether.org, un site qui a émergé en solidarité avec le mouvement, plus de 1000 villes sur 6 continents s’organisent actuellement en vue d’une occupation locale visant la justice sociale et économique, visant un changement global, visant un monde meilleur et équitable pour tous. Au mouvement Occupy s’ajoutent maintenant OccupyMadrid, OccupyLyon, OccupyHongKong, OccupyTokyo, Occupy Montréal, OccupyToronto, OccupyLisbon, OccupyDublin, OccupySaoPaulo, Occupy Sydney. Ces gens sont éveillés, s’informent et s’activent. Ils sont eux aussi le 99%, et ils réclament la démocratie et la justice. Le samedi 15 octobre 2011, la population mondiale est appelée à s’unir et à se manifester pour un changement global. Avec près d’une cinquantaine de villes canadiennes participantes, le Canada est loin d’être exclus de ce mouvement. Le 15 octobre, de Victoria à Halifax, le peuple canadien se réunira dans une manifestation pacifique en solidarité mondiale.

Dans cette optique, examinons la situation canadienne. Le gouvernement Harper, quoi qu’il ait été reconnu coupable d’Outrage au Parlement (une première dans l’Histoire du Canada), a su obtenir une majorité confortable même si la majorité des citoyens canadiens n’ont pas voté pour lui. Son manque de transparence a également fait souffrir la démocratie canadienne (Combien vont coûter ces avions de chasse F-35 ?). Le parti ayant à sa tête l’homme qui s’est qualifié lui-même qualifié de « bénin dictateur » envisage de mettre fin au financement public des partis politiques, coupant effectivement l’herbe sous les pieds de l’opposition. Il faut aussi noter que les dons des particuliers qui financent le parti conservateur s’élèvent à plus de 17 millions, ce qui est plus que le double du financement privé que reçoivent les autres partis. L’intérêt public doit l’emporter sur l’intérêt corporatif : la démocratie n’est pas à vendre.

Plus spécifiquement encore, examinons la situation néo-brunswickoise. Le taux de chômage s’élève à 10%, plus élevé encore que le taux national de 7%. La population est vieillissante et de plus en plus de jeunes s’exilent afin de poursuivre des études postsecondaires ou pour trouver du travail. Les besoins sociaux en matière de soins de santé se font ressentir. Le monopole des médias par Irving restreint l’accès à l’information; la population doit se tourner vers d’autres sources afin d’obtenir des renseignements justes sur les enjeux environnementaux et sur les industries comme celle du gaz de schiste, qui veulent s’installer au Nouveau-Brunswick. La désinformation est forte, l’engagement est faible et l’indifférence menace notre province d’atrophie politique. Pourtant, nous vivons dans une démocratie. À ceux qui se sentent impuissants, je dis : Informez-vous. Posez-vous les questions difficiles. Faites preuve d’esprit critique. Discutez des vrais enjeux. N’ayez pas peur face à la complexité de ces enjeux, simplement, ne prenez rien pour acquis, remontez à la source des problèmes et activez-vous : Imaginez des solutions concrètes aux problèmes spécifiques et réinventez-vous le monde. Ne contribuez pas à votre propre défaite en étant cynique, vous êtes aussi le 99%. Reprenons en main notre pouvoir politique et social qui est actuellement à la merci d’une économie frauduleuse. L’union fait la force. Le 15 octobre, joignez-vous à la manifestation pacifique globale et faites contact avec le monde.

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » –Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire

Laurence-Élise Larochelle
Étudiante en philosophie
Université de Moncton

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