Lettre d’opinion : Mouvement « Occupy » : Il faut aller plus loin…

Tout d’abord, merci au Front pour sa couverture des manifestations du mouvement « Occupy » et bravo à Laurence-Élise Larochelle pour ses idées éclairées dans sa lettre d’opinion « D’un être humain à un autre », parue le 12 octobre.

En toute honnêteté, je n’ai pas participé aux manifestations du 15 octobre mais, pour ceux qui s’intéressent aux questions soulevées par ce mouvement, j’aimerais partager quelques réflexions qui, je l’espère, pourront contribuer à la cause.

Premièrement, je crois qu’il est important de comprendre que, même si la corruption et les inégalités sociales sont bien présentes au Nouveau-Brunswick et au Canada, notre situation est très différente de celle de l’Égypte ou de la Tunisie. Il n’y a pas de dictateur au pouvoir et notre gouvernement accomplit un travail juste assez satisfaisant pour que la majorité de la population se ne sente pas poussée à sacrifier son train-train quotidien pour aller manifester. Une révolution par la manifestation est, à mon avis, impensable en Amérique, même si l’activité peut plaire aux manifestants « récréatifs ».

Deuxièmement, il ne faut pas confondre la fin pour les moyens. Les « occupants » sont pour et contre plusieurs choses, mais les solutions concrètes qu’ils proposent restent absentes à mon esprit. Je dois confesser que je n’ai pas eu l’occasion d’échanger grandement avec les organisateurs du mouvement, un peu parce qu’ils ne sont pas très connus ou visibles. Les masques de Guy Fawkes y sont peut-être pour quelque chose … Je les inviterais donc à me contacter et à faire paraître leurs solutions et actions proposées dans les journaux de leur choix. Le manque de transparence et l’improvisation, n’est-ce pas ce que l’on reproche le plus souvent au gouvernement ?

Troisièmement, dans toute action, il faut savoir bien identifier sa cible et ses objectifs. Qui est donc ce 1% exactement ? Sont-ils tous le diable incarné ? Bien sûr que non ! À mon avis, viser le 1% tient plus à la jalousie, au sensationnalisme et à la frustration qu’à la logique. Je songerais plutôt à viser les intérêts spéciaux qui influencent les gouvernements derrière les portes fermées. Ceci n’est peut-être pas très précis comme cible non plus, mais au moins, on se rapproche … En plus, le problème ne se limite pas à la gouvernance de l’état. Il y a aussi la question du pouvoir illégitime, directement exercé sur nous, les individus, les humains, par les corporations. Encore une fois, toutes les entreprises ne sont pas démoniaques, seulement certaines abusent de leur pouvoir économique pour exploiter et manipuler les individus.

En somme, je résumerais comme ceci : il est grand temps de penser à autre chose qu’à la manifestation; il faut des solutions et des actions. Si l’on veut vraiment changer le monde et arrêter de se raconter des histoires, il faudrait bien commencer à s’organiser systématiquement. À mon avis, la première étape serait de se constituer un organisme démocratique capable d’actions concertées. Il y aurait ensuite plusieurs axes d’action possibles ; en voici quelques exemples :
1. La réforme du gouvernement par l’action politique directe et indirecte.
2. La dissémination des valeurs, des objectifs et des demandes par une présence médiatique systématique et constante.
3. Un affranchissement graduel du pouvoir des corporations par une réduction de la consommation et le boycottage des corporations abusives.
4. L’investissement dans les compagnies respectant les valeurs d’équité et de responsabilité.
J’espère que ces idées résonneront avec certains d’entre vous, et vos commentaires seraient grandement appréciés !

Rémi Gervais, Étudiant à la maîtrise en étude de l’environnement, Université de Moncton

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