L’évaluation des cours: profs et étudiants, poids et contre-poids

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Avec la fin du semestre approche la première des deux évaluations des cours annuels, ainsi que le brouhaha saisonnier d’opinions et d’arguments sur tel prof, tel cours et telle matière. Partant des divergences aux extrêmes d’opinions de la part des étudiants et des professeurs, le sujet reste à battre tandis qu’il est chaud, et l’heure d’en discuter est à notre porte.

Formulaires désuets

Le fait demeure que l’évaluation des cours donne la chance aux étudiants d’exprimer leurs reproches, frustrations et satisfactions concernant non seulement les cours, mais aussi les professeurs et la qualité de leur enseignement lors du semestre…

Mais est-ce vraiment le cas? Lors d’une entrevue avec Le Front, le vice-président académique à la Fédération des étudiants (FÉÉCUM) Jean-François Cyr explique que les commentaires reçus des étudiants au sujet des évaluations révèlent qu’elles sont « désuètes » et que les questions manquent de pertinence. Les étudiants qui prennent le temps de remplir le formulaire devront principalement répondre par des notes de E à A ce qui, par conséquent, donne aussi un manque de pertinence aux réponses possibles.

Une importance pour les profs

Pourtant, on doit noter que malgré la désuétude de ses formulaires, l’évaluation des cours n’est pas sans importance, particulièrement pour les professeurs.

D’après André Samson, vice-recteur à l’enseignement et à la recherche de l’Université de Moncton, les résultats de ces évaluations sont remis à l’administration de l’Université de Moncton, qui ensuite en fait le suivi au besoin par le dossier de chaque prof.

Samson affirme que ce sont des informations dont on prend compte lorsque la question de la promotion d’un professeur est soulevée, ainsi lorsque l’enjeu de congédier un professeur se présente:

« Ça va dans le dossier d’employé et quand une personne veut une permanence ou une promotion, ce ne seront pas les seules, mais ce seront des information qui seront prises en considération. (…) Quand un professeur sera congédié, ce sera vraiment une situation où il y a plusieurs choses problématiques, dont les évaluations. Ce n’est jamais la seule chose qui est prise en considération, dit-il ».

On voit donc que les utilisations de ces informations sont généralement bien équilibrées entre ce qui pourrait appuyer le bon prof et congédier le mauvais.

Un cas particulier

C’est alors que l’on se réfère à l’infâme cas de Jean- François Caron. Une entrevue avec Pascal Haché, Président de la FÉÉCUM, révèle que, suite à la négociation de son poste temporaire, l’ancien professeur en science politique s’est fait congédier en mai 2014 avec une mention « non satisfaisante » à son dossier académique.

Pourtant, d’après Pascal, monsieur Caron était un professeur que l’on respectait énormément à l’Université de Moncton, assez pour qu’une panoplie de lettres, suivant la nouvelle de la perte de son poste, soient envoyées à l’administration universitaire, se plaignant de son départ. La décision de congédier le professeur reflète-t-elle la considération que méritait non seulement ses évaluations de cours, mais aussi les plaintes supplémentaires envoyées par les étudiants et les membres de la communauté? «On ose croire que non, mais on ne sait pas», exprime Pascal Haché. «Moi, je ne suis pas impliqué dans le processus, mais ma réponse naturelle est oui, c’est sûr que c’est pris en considération, mais comme je l’ai dit, ce n’est pas la seule chose qui est prise en considération », réplique Samson, vice- recteur à l’enseignement et à la recherche depuis juin 2014.

 

Des informations confidentielles

En effet, comprendre pourquoi et comment de telles décisions controversées sont prises se montre une enquête difficile, puisque l’évaluation des cours demeure confidentielle entre les professeurs et l’administration. Samson explique aussi que le processus de promotion est composé d’étapes entreprises par les collègues du professeur en question et non l’employeur. C’est donc eux qui décideront si un prof obtient le poste ou non, tout en considérant l’évaluation des cours, parmi d’autres facteurs d’importance.

Pourquoi ces informations sont-elles confidentielles? Samson relève le point qu’un « concours de popularité » serait à éviter. Voyant qu’un prof aurait une note plus basse qu’un autre, on peut s’imaginer lequel des deux aura le plus d’étudiants inscrits à son cours. De plus, on doit comprendre que les professeurs apprennent de leur enseignement aussi: «(…) par exemple, un jeune professeur qui a peu d’expérience d’enseignement commet des erreurs (…). En voyant que les évaluations sont très faibles, il ou elle rencontre son ou sa doyen(ne) pour un plan de redressement, des activités de formation», exprime Samson.

Par contre, on peut aussi remarquer un manque d’intérêt de la part des étudiants lorsque le temps vient de remplir les évaluations des cours.

Samson encourage par contre tous les étudiants à prendre le temps qu’il faut pour bien remplir le formulaire afin que les données soient représentatives de leurs perceptions.

 

Nattendez-pas aux évaluations, la FÉÉCUM est là pour vous

Enfin, notons que l’évaluation des cours est loin d’être la seule façon de faire connaître son insatisfaction envers un professeur. Un(e) professeur(e), qui a voulu conserver l’anonymat lors de l’entrevue, exprime: «La première étape, c’est toujours d’en parler au prof», explique-t-on.

Si le problème persiste malgré tout, Pascal Haché rajoute que les étudiants sont encouragés d’administrer leur plainte à la FÉÉCUM, où des étapes seront entreprises avec l’étudiant et des personnes ressources.

« Je ne recommanderais pas qu’un étudiant fasse ça seul », conseille Pascal.

Bref, on peut trouver des arguments valides du côté des étudiants et des professeurs. La réalité est que les deux partis prennent des étapes pour améliorer la situation, ce qui limite ce que l’on peut demander d’eux.

Jean- François Cyr, VP académique, explique au Front que le processus de réévaluer le contenu du formulaire, ainsi que le moyen d’évaluation des cours, est en progression avec l’ABPPUM (l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton) afin que les évaluations peuvent être administrées et soumises par Clic.

Un système parfait? Loin de l’être. Une amélioration progressive et coopérative? On commence à s’approcher de la réalité.

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