Liberté d’expression pour tous, ou autocensure respectueuse?

GV_Caféphilo01_21oct2015

Liberté d’expression ou censure?

Le professeur Ibrahim Ouattara a su stimuler les passions jeudi dernier alors qu’il animait le café philosophique. Son thème était la liberté de presse et l’autocensure.

Il a proposé de mettre de côté les réponses faciles quant à la liberté d’expression, et a plutôt parlé des différences culturelles et historiques qui poussent certains individus à vouloir limiter la liberté d’expression des autres.

En fait, c’est ce questionnement qui a agi comme l’étincelle qui a allumé le professeur Ouattara à ce sujet. Il a été, depuis son enfance, intrigué par : « des individus qui estiment qu’ils ont de bonnes raisons d’être blessés, d’être insultés par les propos de quelqu’un »

Cela se voit beaucoup au niveau des blagues au contenu religieux. On peut penser aux dessins de Mahomet par le journal satirique français Charlie Hebdo et aux réactions des groupes religieux visés par les images.

Pendant le café philosophique, on a aussi eu droit à une session de questions pendant laquelle le public a pu réfléchir sur des questions de liberté d’expression et de censure à un niveau plus local.

C’est un journaliste du Front, Abdoul Moumine qui a évoqué la cohabitation difficile entre sa personnalité et son rôle de journaliste. Il se dit préoccupé par un dilemme auquel il fait face dans l’écriture journalistique, soit « d’écrire les choses telles qu’elles ont été dites, même si la personne interviewée a des propos qui ne sont pas politiquement corrects ou est-ce possible d’appliquer une forme de censure rationnelle afin d’éviter de choquer les personnes visées par l’article? »

« Des mots peuvent être des coups, et peuvent être des coups violents. », rajoute Moumine.

Le professeur et animateur du café philosophique Ibrahim Ouattara avoue que c’est « un des aspects les plus difficiles du métier de journaliste. » On peut se questionner longuement sur la division de sa personnalité et de son rôle de journaliste. Mais « est-ce toujours juste de séparer les deux? ». Ouattara offre comme suggestion de se fier à un collègue avec plus d’expérience comme une ressource inestimable.

De plus, le professeur de philosophie à l’Université de Moncton rajoute que « le journaliste est passeur d’information. » Le journaliste doit rapporter les choses telles qu’elles se sont produites, mais si on a le souci de blesser ou nuire à une personne ou un groupe, il y a moyen de faire comprendre à l’interviewé les conséquences qui pourraient avoir lieu et s’assurer que cette personne est prête à les assumer.

Une révélation intéressante de l’exposé d’Ibrahim Ouattara est que la censure est de plus en plus forte dans le monde moderne. La source de cette censure est d’autant plus intéressante puisqu’elle émane des populations même. Cela s’explique par la montée de l’individualisme qui fait en sorte que chaque individu veut être respecté à titre d’individu. Le phénomène s’explique également par la mondialisation, qui fait en sorte que nous sommes tous connectés aux uns et aux autres. Ce contact de plus en plus facile crée parfois des conflits.

Doit-on se résigner à une censure grandissante de notre liberté d’expression ? Ou lutter pour notre droit de parole, au risque de conflits, voir même de violence ? Ce seront les questions à suivre.

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Le professeur Ibrahim Ouattara, animateur du café philosophique sur la Liberté d’expression et l’autocensure. Photo contribution

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