Nomination de la nouvelle vice-rectrice, un processus controversé

par Marc-André LeBlanc

Au printemps dernier, l’Université de Moncton était lancée en pleine controverse à la suite de la nomination de Marie-Linda Lord au tout nouveau poste de vice-rectrice aux affaires étudiantes et internationales.

Plusieurs partis, dont la Fédération des étudiants et étudiantes du centre universitaire de Moncton (FÉÉCUM), ont dénoncé le processus de sélection ayant mené à la nomination de Lord. Même si la procédure qui a mené à l’embauche de la vice-rectrice a été problématique, l’Université utilisera les règlements pour le processus d’embauche du prochain recteur.

Un processus controversé
En avril dernier, le Conseil des gouverneurs a annoncé la nomination de deux nouveaux vice-recteurs. Premièrement, Richard Saillant a été nommé pour remplacer Nassir El-Jabi au vice-rectorat à l’administration et aux ressources humaines. De plus, le conseil a profité de la rencontre pour adopter le choix de Marie-Linda Lord au tout nouveau poste de vice-rectrice aux affaires étudiantes et internationales.

Trois candidats étaient en lice pour ce dernier poste, soit Marie-Linda Lord, Serge Rousselle et Yvon Dandurand. Après un processus de plusieurs mois, un comité de sélection, dont était membre le président de la FÉÉCUM Ghislain LeBlanc, a privilégié Dandurand. Au dire du président de la FÉÉCUM, Dandurand aurait obtenu « une forte majorité » de l’appui des membres du comité de sélection.

Lors de la réunion du Conseil des gouverneurs, le recteur Yvon Fontaine a présenté à l’oral, malgré le fait que le règlement stipule qu’elles doivent être présentées par écrit, les recommandations du comité de sélection, en plus de celles du comité d’équité en matière d’emploi.

À la base, ce deuxième comité a pour but d’aider à la représentation de groupes minoritaires au sein de la haute administration, comme par exemple dans ce cas, les femmes. C’est ainsi que malgré la recommandation du comité de sélection, le comité d’équité a opté pour la candidate Marie-Linda Lord. Dans une lettre envoyée aux médias, le président du Conseil des gouverneurs André Richard et le recteur Yvon Fontaine font entendre que « le candidat recommandé par le comité consultatif de sélection (Dandurand) n’était pas clairement plus qualifié que la personne du groupe ciblé (Marie-Linda Lord). »

Après discussion, le Conseil des gouverneurs a rejeté la recommandation du comité de sélection et opté pour le choix du comité d’équité.

Dans un premier temps, c’est la FÉÉCUM qui a dénoncé la situation. La fédération a demandé une révision des politiques d’embauche de l’Université. Elle n’acceptait pas le fait que le comité d’équité puisse, après une courte étude de dossiers, renverser les conclusions du comité de sélection dont le processus a été beaucoup plus important.

Par la suite, c’est l’un des candidats au poste de vice-recteur, soit le professeur de droit Serge Rousselle, qui est sorti en croisade face à l’administration de l’Université. Selon lui, plusieurs failles ont entaché le processus de sélection, le rendant par le fait même invalide. Ce dernier a publiquement demandé la nomination d’un commissaire indépendant pour enquêter sur le dossier.

Cette demande a été appuyée par l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM) qui l’a officiellement présenté à la rencontre du Conseil des gouverneurs au mois de juin. La demande pour une enquête indépendante a été rejetée par le Conseil. Ces derniers ont quand même accepté de se pencher sur une révision de ses politiques d’embauche, comme réclamé par la FÉÉCUM.

En juillet dernier, Serge Rousselle a officiellement déposé une poursuite contre l’Université de Moncton. En attendant que les documents déposés devant la cour soient rendus publique, Serge Rousselle a préféré ne pas commenter la situation au Front.

Après avoir accepté de rencontrer Le Front et questionné la publication d’un texte sur le sujet, la directrice du Service des communications, Thérèse Thériault, a également refusé de répondre aux questions du journal soulevant le motif de la poursuite.

Quant à la FÉÉCUM, elle a notamment voulu faire savoir qu’elle n’a rien à l’encontre de Marie-Linda Lord. « Nous avons seulement mis en doute le processus, et d’ailleurs nous avons déjà commencé à travailler avec madame Lord. Nos rencontres se sont très bien déroulées et je pense qu’ensemble nous saurons faire avancer la cause étudiante », soutient Ghislain LeBlanc.

La vice-rectrice Lord n’a non plus voulu offrir de commentaires au Front concernant le processus d’embauche, mais elle a soutenu qu’elle était très satisfaite des rencontres tenues avec la FÉÉCUM, les considérant comme cordiales et productives.

Le prochain recteur sera sélectionné selon les mêmes règles
Il est clair que l’interprétation de la politique d’embauche des cadres à l’Université de Moncton a longuement été contestée au cours de l’été. Néanmoins, la procédure sera la même pour l’embauche du prochain recteur de l’Université, et ce malgré qu’une révision de procédure soit en cours.

De plus, Le Front a appris que la fonction est un poste ciblé femmes et handicapés. C’est ainsi qu’à compétences égales, une femme ou encore une personne handicapée serait préférée à tout autre candidat.

Membre du comité de sélection pour le poste de recteur, le vice-président académique de la FÉÉCUM Justin Guitard affirme que le comité s’est penché sur la règlementation entourant le processus. « La question a été soulevée au comité, mais on nous a indiqué que la procédure serait la même parce que ça retarderait trop la démarche si nous devions attendre la révision ». Celui-ci soutient également qu’il serait très difficile, voire impossible, de changer les règles alors que le comité a déjà entamé la période de mise en candidature.

Guitard ne croit tout de même pas que le fait que le processus reste inchangé pose problème. « Les gens de l’Université viennent de vivre un gros problème médiatique avec la dernière nomination. Je doute qu’ils veuillent revivre la même chose. Selon moi, toutes les étapes seront faites avec précaution ».

Interrogé sur la question de la nomination d’un nouveau recteur, le président de la FÉÉCUM, Ghislain LeBlanc, partageait le point de vue de Guitard. Tous deux affirment que les étudiants ne devraient pas avoir à s’inquiéter sur le déroulement de la sélection.

Guitard assure que l’ensemble du comité de sélection est conscient du fait que le poste favorise la candidature de femmes ou de personnes handicapées. Interrogé sur la question, le vice-président académique ne nie pas la possibilité de retomber dans la même polémique avec le comité d’équité.

« Le comité de sélection a été avisé de ça (le fait que ce soit un poste ciblé). Même si c’est nous qui allons déterminer ce qui est ‘compétences égales’, c’est encore quelque chose de flou », rapporte Guitard. Il est tout de même persuadé qu’après un processus d’un an et demi pour sélectionner le nouveau recteur, le comité de sélection sera bien entendu.

À l’heure actuelle, le comité de sélection a nommé un chercheur de cadre. Ce dernier a publié le poste de manière à trouver des candidats potentiels. Le comité se rencontre cette semaine pour constater l’état du recrutement.

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