Pétition à la Librairie Acadienne : plus qu’une affaire de goûts et de couleurs

par Simon Delattre

« La population étudiante veut tout de même afficher son lien d’appartenance à l’Université de Moncton en portant ses sigles et couleurs. » Ce sont là quelques mots tirés de la pétition disponible à l’accueil de la Fédération des étudiants et étudiantes du Centre universitaire de Moncton, la FÉÉCUM. Ils justifient le souhait que les étudiants puissent se procurer des articles promotionnels aux couleurs de l’Université et à plus petit prix auprès de la Librairie Acadienne, seule autorisée à utiliser le logo officiel de l’institution.

Il suffit en effet de faire quelques pas dans la boutique pour que les chandails roses ou d’une autre couleur fluo frappent le regard*. Mais il ne faut pas voir dans ce petit accrochage une bête dispute à propos d’esthétisme, il s’agit avant tout d’une confrontation autour des symboles. Karina Langis, vice-présidente interne chargée du dossier l’explique : « Nous voulons que les étudiants soient fiers de porter leurs couleurs et qu’ils s’identifient à elles. »

Toutefois selon Monique Leblanc, la gestionnaire la librairie : « Nous approuvons le projet de la FÉÉCUM, mais il nous faut simplement écouler les stocks et d’ici peu les vêtements bleus et or devraient devenir majoritaires. » Un message reçu dans nos boîtes de réception prouve d’ailleurs bien que la Librairie cherche à renouveler son offre : « La Librairie acadienne a décidé de prolonger l’offre de 15 % de rabais sur tous les articles promotionnels de l’Université (chandails, casquettes, etc.) »

L’utilité de cette pétition semble donc très relative, mais elle n’en reste pas moins très intéressante. En effet elle est révélatrice d’un problème qui ne date pas d’hier certes, mais qui reste toujours autant d’actualité : la question du sentiment d’appartenance. C’est un sujet récurrent dont s’est emparé à bras le corps la FÉÉCUM, et il est évoqué lors de chaque conseil d’administration. L’idée de la pétition a été avancée pendant celui du 16 septembre puis actée lors de la réunion du 29, et l’affaire est encore à l’ordre du jour du CA du 14 octobre. Le sentiment d’appartenance à notre université est bien un enjeu fort qui suscite facilement des réactions.

Des différents débats ressort finalement l’idée que beaucoup d’étudiants suivent leur cursus, poursuivent leur projet professionnel sans vraiment s’intégrer aux activités et sans faire le lien entre leur identité et celle de l’université. La plupart des étudiants viennent de tous bords, du Nouveau-Brunswick ou d’ailleurs, et nombreux sont ceux qui voient Moncton comme une étape temporaire, sans se demander autour de quoi s’y rassemblent les francophones. De plus en plus de jeunes ont un véhicule qui leur permet de rester moins de temps sur le campus et se rendent à leurs cours comme ils iraient faire leurs commissions ; voient leurs années universitaires comme une consommation pour préparer leur propre avenir et pas du tout comme une occasion de se joindre à une communauté. Il s’agit là d’une impression largement partagée mais dont on ne peut pourtant pas fournir la preuve concrète.

*NDLR : Depuis l’écriture de cet article Le Front a pu remarquer que les gilets aux couleurs flamboyantes ne sont plus placés à l’entrée de la Librairie acadienne, comme en témoigne la photo en page couverture.

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