Les propos d’une ancienne présidente de la FÉÉCUM font sourciller

L’ex-présidente de la FÉÉCUM, Roxann Guerrette. Photo: Samuel LeGresley/Le Front

Un réveil brutal pour des membres de la communauté acadienne. Dans leur fil d’actualité Facebook ce matin. Roxann Guerette, ancienne présidente de la Fédération des étudiantes et étudiants du campus universitaire de Moncton, fait part de son amertume et de sa honte envers le français parlé du Nouveau-Brunswick.

MIS À JOUR 12/02/18, 16h20

« … je me demande quel était le but des francophones Canadiens de se battre pour conserver leur langue? ON PARLE MAL. Les québécois n’aiment pas notre accent. C’est difficile pour les français de nous comprendre. Le français que j’ai appris à l’école est pourri ! Ça sert à rien ! ». C’est ce que les gens ont pu apercevoir dans leur fil d’actualité ce matin.

Celle qui a accédé à la présidence de la FÉÉCUM pendant l’année universitaire 2016-2017 est récipiendaire de la bourse Mitacs Globalink qui lui permet de poursuivre des études doctorales pendant 6 mois à Marseille en France.

Le débat s’est enflammé vivement sur les médias sociaux. Recueillant en fin d’après-midi plus de 300 commentaires et un peu plus de 150 réactions, le débat sur les réalités et la sécurité linguistique dans la francophonie canadienne a suscité bien des réactions.

Des personnes ont exprimé leurs malaises, d’autres appuient le message. C’est notamment le cas de Zoélie Guitard, étudiante en génie à l’Université de Moncton, qui critique vivement les propos de l’ancienne présidente de la FÉÉCUM.

« Honnêtement, j’ai été un petit peu insulté de son post. Dans le post, elle mentionne qu’on devrait avoir honte de notre langue. Notre langue, c’est une richesse acadienne. »

Elle ne comprend pas pourquoi une étudiante qui représentait une fédération qui défend les intérêts de la plus grosse université de langue française à l’est du Canada ait tenu de tels propos.

« C’est celle qui représentait [les étudiants]  de l’Université de Moncton. Si quelqu’un de l’Université de Moncton se rendrait en France et dirait exactement la même chose, ça n’aurait pas d’allure. »

– Zoélie Guitard, étudiante en génie

Même son de cloche pour Marie-Ève Dubé, étudiante de première année en droits et finissante d’un baccalauréat en sciences politiques à l’Université de Moncton.

« On sait que l’Université de Moncton est une institution clé dans le français en Acadie. Qu’elle ait été présidente de notre association étudiante, puis qu’elle lance des propos comme ça que le français sert à rien, ça allait complètement à l’opposé du personnage que je pensais qu’elle était. »

– Marie-Ève Dubé, étudiante en droit

Marie-Ève Dubé indique toutefois que sa publication provient possiblement d’une insécurité que Roxann Guerette a vécu en France.

Pas de surprise pour une linguiste

Pour la professeure du secteur linguistique de l’Université de Moncton, Karine Gauvin, ce n’est pas surprenant que de tels propos font surface.

« C’est une personne qui a été victime d’un système basé sur la honte. L’école, si non pas inculqué d’abord par les parents, nous apprend que tels mots sont bons à dire ou non. »

Mme Gauvin est attristée de voir qu’une étudiante se sent défaite par sa langue. Elle n’y voit pas de mauvaise prétention dans cette publication, seulement une personne victime d’une société. Tout en faisant référence au système et au contexte, elle apporte une nuance importante au contexte de la publication en question.

« Elle entend ce qu’on lui dit. C’est un discours qui s’est intériorisé pendant des années et là la visite en France lui a fait constater que ce qu’on lui disait de son français était effectivement vrai. »

– Karine Gauvin, professeur en linguistique, Université de Moncton

À propos
Journaliste CKUM
Anthony Azard est journaliste pour la radio communautaire CKUM. Il entame sa deuxième année du programme d’Information-communication. Il anime Le Point: édition du matin, du midi et du vendredi et couvre l’actualité du sud-est du Nouveau-Brunswick. Depuis 2016, il est aussi collaborateur occasionnel à l’émission « La Route des 20 » sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première.
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