Québec, Acadie, Écosse… même combat?

 Ces dernières années, la crise économique et financière a encouragé la résurgence ou l’émergence de nombreux mouvements identitaires. Mais ceux-ci sont-ils réellement similaires? Décryptage avec Christophe Traisnel, professeur de sciences politiques à l’Université de Moncton.

Identitarisme, nationalisme, séparatisme… nombreux sont les termes utilisés pour qualifier les mouvements en quête d’indépendance. Ceux-ci sont d’ailleurs utilisés souvent sans aucune distinction entre eux. Il est donc utile, avant toute chose, de préciser quelles sont les différences entre ces diverses appellations.

Christophe Traisnel explique qu’un mouvement identitaire lutte pour la reconnaissance d’une communauté. Il est animé par de nombreuses productions, artistiques et scientifiques, qui le façonnent constamment. Mais il ne revendique aucun territoire en particulier, il se contente de « réfléchir sur son identité ». Le Mouvement wallon (la Wallonie étant la partie méridionale de la Belgique) est un bon exemple de mouvance identitaire.

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Le candidat au Parti Acadien Armand Plourde, de Kedgwick, NB. Photo: Archives

Selon Traisnel, l’Acadie intègre « un mouvement clairement nationaliste, avec une dimension autonomiste forte ». Des organisations politiques, comme le Bloc Québécois, sont pour leur part identifiées comme séparatistes, de par leur désir marqué d’indépendance. Mais dès lors, où réside la distinction entre nationalisme et séparatisme?

Tout simplement dans l’objet des revendications : les nationalistes luttent pour un territoire donné, mais ne veulent pas nécessairement en faire un État souverain — le Parti Acadien du Nouveau-Brunswick, qui a duré de 1972 à 1982, illustrait parfaitement ce terme, puisqu’il militait pour la création d’une province acadienne. Les séparatistes veulent quant à eux nécessairement créer un nouvel État indépendant. Il existe donc une gradation dans le désir de rupture.

Raisons d’être et développements

Maintenant que le décor est planté, il est légitime de se poser la question des causes ayant mené à la formation de telles mouvances autonomistes. En Acadie, le Grand Dérangement de 1755 a été et demeure dans une certaine mesure le ciment de la communauté francophone. Mais il s’est doublé au fil du temps de requêtes linguistiques et culturelles. La communauté acadienne milite pour la défense du chiac et du français. Les racines des demandes d’autonomie sont donc essentiellement ethniques et linguistiques. « Les possibilités politiques des Acadiens sont singulièrement limitées. Le problème de l’assimilation n’est toujours pas réglé! », explique Traisnel.

Au niveau européen, les mouvances autonomistes ont au contraire une base souvent politique. Aujourd’hui encore, les débats lancés par celles-ci sont souvent relatifs à l’obtention de droits collectifs. Le but de ces revendications est donc d’augmenter le rôle des minorités dans l’espace public. La source des revendications serait dès lors plutôt civique.

Quel futur?

À l’approche des élections fédérales, la question du futur post-19 octobre se pose naturellement pour ces mouvements. « Les élections ne changeront rien du tout, la question nationale est écartée du débat » affirme Traisnel. Quant à savoir si un référendum sur l’indépendance pourrait s’organiser dans un avenir proche au Québec, le professeur de sciences politiques oppose un démenti catégorique. Il estime que les ingrédients nécessaires à de telles consultations populaires ne sont pas réunis. Les politiciens, depuis le dernier référendum en 1995, sont devenus bien plus mesurés dans leurs propos sur la question nationale. Dans les faits, ils s’abstiennent simplement d’en parler. Une autre barrière, cette fois économique, s’oppose à une consultation populaire : certains Québécois ne sont pas certains de conserver les mêmes avantages financiers en cas de rupture autonomiste. En 1995, le « non » a triomphé notamment parce qu’« on criait au loup économique », précise Traisnel. Le futur semble donc être fait de stagnation.

Les mouvements autonomistes européens, en revanche, semblent atteindre leur apogée. Le référendum écossais de septembre 2014, ou celui tenu par les Catalans beaucoup plus récemment, en témoignent. Les poussées séparatistes sont également palpables dans d’autres régions européennes, comme en Flandre ou au Portugal. Toutes ces mouvances paraissent plus proches de l’indépendance que l’Acadie ou le Québec. En Europe, la crise économique a stimulé les désirs autonomistes. La Catalogne ou l’Écosse, régions relativement prospères, veulent d’une certaine manière profiter de leur indépendance pour « se débarrasser des pauvres ».

Échec assuré?

Comme susmentionné dans cet article, la question nationale est loin d’être réglée au Canada. Ailleurs dans le monde, les combats pour l’autonomie se soldent fréquemment par des bains de sang. Est-il donc possible d’affirmer son identité sans effusion de sang? Christophe Traisnel estime que oui, et cite la Communauté germanophone en Belgique comme exemple. « Ils ont très bien tiré leur épingle du jeu ». Ladite Communauté est un niveau de pouvoir indépendant qui représente 9 municipalités et 76 000 habitants à l’est du pays, surtout en matière culturelle et éducative. Elle permet aux germanophones de Belgique d’exister politiquement au milieu des quelques millions de néerlandophones et francophones du pays. Elle fut simplement créée par une réforme de l’État, donc sans verser une goutte de sang. L’honnêteté force cependant à admettre qu’il est plus aisé de triompher en tant que mouvement simplement identitaire que séparatiste ou nationaliste. La comparaison entre le Canada et la Belgique prouve également que les requêtes autonomistes sont intimement liées au fédéralisme.

Les différences sont donc multiples entre les mouvances, parfois même au sein d’un même pays! Les raisons d’être et les objectifs dépendent surtout de deux facteurs : l’Histoire et la géographie. Les chances de succès sont-elles liées principalement à la situation politique? Toutefois et pour conclure, un constat rassemble tous les mouvements autonomistes : ce sont des phénomènes structurels, dont l’évolution dépend de facteurs essentiellement conjoncturels.

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  • Siskoid

    Êtes-vous en train de sérieusement dire que la SNA milite pour un état Acadien? Parce que je pense qu’ils seraient surpris de l’entendre. Source?

    • Damien Gaudissart

      Non, c’est une erreur. Je voulais parler du Parti Acadien, qui a milité de façon bien plus convaincue. Je me suis rendu compte trop tard de mon erreur, le journal était déjà parti à l’impression. Veuillez m’en excuser, un erratum plus officiel sera publié dans la prochaine édition papier.

      • Siskoid

        Merci de la précision. Le web est une belle occasion de rectifier le tir plus rapidement, et je vois que c’est fait à même l’article. Merci de me revenir sur cela, je le mentionnerai aux gens qui m’en ont parlé de façon consternée.

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