Raïssa Dougnon, portrait d’une étudiante en fin de maitrise en informatique

C’est dans une atmosphère chaleureuse que Raïssa Dougnon, une étudiante malienne de l’université de Moncton, a finalisé sa maitrise en informatique appliquée. Elle a accepté de partager son parcours avec nous.

Raïssa, 24 ans : très souriante et radieuse, elle arbore fièrement cette goutte de jeunesse qui fera regretter aux plus vieux, leurs tendres enfances. Raïssa, c’est cette jeune fille issue d’une famille de 4 enfants, qui décide de se lever, pour décrier haut et fort, sa soif d’ambitions

Une battante née.

C’est en terre Dogon au Mali qu’elle vit le jour, un soir de juin 1991. Elle grandit dans un environnement féminisé, notamment en fréquentant une école exclusivement composée de filles. C’est n’est qu’au collège qu’elle fut en « contact » avec la dure réalité du sexe opposé : « […] j’ai été surprise par l’attitude des garçons. Ils ne voulaient pas laisser les filles être devant eux, ils voulaient toujours paraitre supérieurs, et moi, petite fille maigrichonne, je ne me laissai pas faire. […] Pour me sentir plus à l’aise, je me boostai plus dans les études, pour pouvoir exceller plus que les garçons. Et on dirait bien que j’ai réussi ».

Bien entendu, du haut de ses 1m50, elle ne pouvait dans son enfance que rêver haut et fort, qu’elle aussi trouverait sa place. Les années passent et bien sûr vint le moment de choisir son orientation professionnelle. C’est tout bonnement qu’elle choisit l’informatique, « un domaine où il ne risquait pas d’y avoir beaucoup de filles » nous rappelle-t-elle, fortement nourrit du soutien de son paternel qui ne cessait de lui rappeler « ce n’est pas parce que les gens disent que les filles ne peuvent pas faire ceci ou cela, que tu ne peux pas le faire », faisant ainsi échos aux préjugés sexistes qui minent beaucoup l’imaginaire africain.

Dans un premier temps, elle s’est orientée vers Dakar au Sénégal, autrefois capitale culturelle de l’Afrique Francophone, pour un cursus en « maths-physique-informatique » avant de virer vers la Tunisie, l’autre pays du Maghreb. Elle y est restée là-bas, jusqu’à l’obtention de son diplôme d’Administratrice en réseaux et services en sécurité informatique.

 

L’expérience à l’Université de Moncton

Sur un coup de tête et après un an de pause, elle décide d’opter pour une maitrise en Informatique. Parmi les choix qui lui furent proposés, elle choisit le Canada, et plus spécifiquement l’Université de Moncton, qu’elle trouvait « plus chaleureuse et plus accueillante » par rapport à d’autres universités qui pourtant étaient « meilleures ».

Ses premières semaines ont été un peu tendues en raison des cours de programmation qui lui posaient problème. « Je me rappelle qu’à mon premier test, j’ai eu 72 % et j’ai pleuré à chaudes larmes toute la journée », confie-t-elle avant d’ajouter que « c’était la première fois que j’avais une note si faible ». Bien sûr, quand on obtient son baccalauréat avec un statut de majeur de promotion, on ne peut qu’être stupéfaite.

Puis vint le moment où elle devait choisir celui qui aura la lourde responsabilité d’être tuteur de stage. Son choix s’est porté sur le professeur Philipe Fournier Viger, spécialisé dans les bases de données.

À la question à savoir pourquoi lui et pas un autre professeur qui semblait mieux spécialisé dans ce domaine, elle répond : « Les autres sont bien sûr plus qualifiés et plus connus que Phillipe, mais sont issus de la vieille école. J’ai voulu laisser la chance aux jeunes. Il fut un excellent professeur, sympathique, toujours à l’écoute et si c’était à refaire, je le referai ».

Sur un laps de temps de 2 années, elle réussit à finir sa maitrise avec 3 articles publiés qui ont tous obtenu de très bons scores et une mention excellente.

La raison de cette réussite est en mettre en relation avec le choix de son sujet, qui est de plus en plus demandé sur le marché avec l’explosion des réseaux sociaux : « J’avais la possibilité de combiner le data mining et l’intelligence artificielle et je l’ai saisi. »

Nous lui avons posé la question sur ce le bilan qu’elle tire de son expérience à l’Université de Moncton : « Je dirai réussite. J’y ai fait de belles rencontres bien sûr, des rencontres où on me demande de cuisiner, ajoute-t-elle en rigolant. Les étudiants sont solidaires, toujours là les uns pour les autres. Il y a toujours ce sourire chaleureux qui s’affiche sur leurs visages ».

Elle n’oublie pas de mentionner que « ce n’est pas parce qu’on est une fille, qu’on doit se sentir inférieure aux garçons », soulevant ainsi la problématique de l’égalité des sexes. L’importance de l’anglais fut aussi un point qu’elle a soulevé. Selon elle, les étudiants étrangers feront face à « une barrière linguistique » s’ils ne s’intéressent pas à l’anglais. Elle a fait référence aussi à l’importance de socialiser, se faire des amis, parce que « les études c’est bien, mais le coté social n’est pas à négliger ».

L’interview se termine, sur note d’une question humoristique.

Si tu avais la possibilité d’aller sur une ile éloignée en ayant la possibilité de prendre 3 objets, lesquels prendrais-tu ?

« Je pense que je prendrai mon ordinateur, mon téléphone et mon petit poisson Maelys ».

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Raissa Dougnon. Photo: Abdoul Moumine, Le Front

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Un passionné d’informatique pris d’un amour fou pour l’écriture. A travers les mots, on peut éduquer.
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