Réfugiés : Qu’en pense le Canada?

Crédit: www.rcinet.ca

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Suite aux attentats de paris de vendredi dernier, une partie du discours public du Canada s’est détourné vers la polémique des sinistrés syriens en recherche de refuge. Quelques exemples des réactions suscitées par ce discours : une pétition ayant comme but d’empêcher l’arrivée des 25 000 réfugiés syriens, ainsi que la contre-pétition sur le même sujet, appuyant l’accueil des réfugiés, puis une lettre de Brad Wall, premier ministre de la Saskatchewan, destinée à Justin Trudeau, expliquant ses inquiétudes face à cette même situation, et recommandant de leur fermer la porte au nez.

Pour ce qui est du peuple, un sondage publié par la firme Ipsos Reid révèle que 67 % des Canadiens sondés seraient d’accord avec l’affirmation suivante : « (parmi les réfugiés), il y a des terroristes prétendant n’être que des réfugiés qui vont entrer dans mon pays pour causer violence et destruction ».

Cette attitude méfiante, même si elle n’est potentiellement pas totalement infondée, reste généralisatrice.

Non seulement le maintien de cette atmosphère de peur est à l’avantage du groupe armé daesh (autre mot utilisé pour désigner l’État islamique), qui, comme groupe terroriste, a intérêt à semer le doute et la paranoïa chez sa cible; mais la situation de méfiance peut également être utilisée par les pays de l’ouest pour justifier des actions politiques en violation des droits humains, ce qui s’est déjà produit auparavant. On peut penser, par exemple, à la torture pratiquée par les États-Unis à la prison de Guantanamo Bay, ou aux différents programmes fortement critiqués de collecte de données intérieures de la National Security Agency, deux phénomènes qui pourraient être considérés comme réactionnaires aux attentats du 11 septembre 2001.

À l’appui : Retour sur la table ronde

Une discussion organisée fut tenue, hier, sur les multiples sujets entourant l’attaque de Paris. Plusieurs idées pertinentes en sont ressorties, notamment quelques-unes sur la question de la sécurité nationale.

Selon Denis Roy, professeur de droit à l’Université de Moncton, la sécurité de la nation est indissociable des droits fondamentaux des êtres humains. Il serait donc insensé d’amender ces derniers, même temporairement, afin d’assurer la sécurité du peuple. « Diluer les droits fondamentaux est une erreur […] On contribue ainsi à la terreur et au danger », dit-il.

Christophe Traisnel, professeur de sciences politiques à l’Université de Moncton, estime que les actions du groupe terroriste à Paris ont causé une peur couplée d’une méconnaissance qui serait responsable de la naissance d’une certaine force politique. Cette force pourrait, selon lui, donner lieu à des actions politiques hâtives qui ne seraient pas nécessairement bénéfiques. « Il serait insensé de modifier la politique d’accueil des réfugiés face aux attentats », a-t-il ajouté plus tard.

La peur du peuple et l’irrationalité parfois causée par cette peur sont des facteurs à considérer lors de l’observation des événements suivant une catastrophe quelconque. Dans une interview séparée, M. Traisnel a affirmé que la peur peut parfois être un moyen de défense efficace, mais qu’il faudrait éviter qu’elle ne devienne la force de motivation principale de nos décisions politiques. Quant au sujet de l’opinion changeante des Canadiens sur les réfugiés syriens, il attribue les réactions de méfiance à une peur causée par les événements récents et à une certaine méconnaissance de la réelle situation des réfugiés plutôt qu’à une quelconque xénophobie. Cette méconnaissance, selon M. Traisnel, est explicable : « les images qui nous viennent de Syrie ne sont pas rassurantes. Elles entretiennent cette peur, tout en ne réglant pas le problème de la méconnaissance. Les médias amplifient, transforment, et parfois altèrent la complexité des facteurs entrant en jeu dans l’explication d’une situation concrète. »

Avec la France en état d’urgence pour les trois prochains mois et le monde entier aux aguets, la situation est tendue. Cela dit, malgré les opinions divisées au Canada, les gouvernements provinciaux ont récemment publié leurs estimations sur le nombre de réfugiés pouvant être accueillis par chaque province, chiffre qui serait plus grand que le minimum de 25 000 énoncé par le gouvernement fédéral. La province de l’Ontario promettrait d’accueillir 10 000 réfugiés à elle seule, selon un article publié par la CBC. Le gouvernement fédéral a promis plus de détails sur son plan d’immigration des réfugiés dès mardi.

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