Retenir les jeunes… en donnant aux employeurs?

Le gouvernement Gallant consacre 25 millions de dollars dans son budget pour aider les jeunes à s’intégrer au marché du travail du Nouveau-Brunswick. Il espère ainsi « contrer l’exode » de la province.

L’investissement à l’emploi vise surtout à ajouter des postes aux programmes des contrats existants tels le Fonds d’emploi pour les jeunes (FEJ) et les Stages d’emploi étudiant pour demain (SEED).

Pour réduire l’endettement des étudiants aux institutions postsecondaires, il entend créer un programme de stages rémunérés dans les postes de la fonction publique, pour les fraîchement diplômés.

Est-ce réellement une victoire pour les jeunes ? Il faut d’abord lire les conditions d’accès à ces investissement.

Le Fonds d’emploi pour les jeunes, dont des postes sont ajoutés dans ce budget, finance un contrat de travail de 26 semaines consécutives, à 30 heures par semaine au salaire minimum.

D’autant plus, le Fonds d’emploi n’est accessible qu’aux jeunes qui ne sont pas aux études. Il est d’ailleurs explicite dans ses conditions : « le placement ne doit pas être pour un stage de niveau postsecondaire ».

Quant au programme SEED, il n’engage que des emplois d’été. Avec aucun critère qui exige les employeurs à contribuer au-delà du salaire minimum pour ces nouveaux employés, rien n’empêche que ces postes soient rémunérés de façon minime.

Sans oublier que le nouveau projet de stages dans la fonction publique ne sera destiné qu’aux nouveaux diplômés, hors d’atteinte des étudiants. On ne connait pas les détails, mais on peut se demander si le projet suivra les traces des autres en n’offrant que le salaire minimum à temps partiel.

Le gouvernement a mis sur pied un programme d’aide financière aux étudiants à faible revenu, mais le coût des études continue à augmenter pour la majorité. Le gouvernement pense-t-il que des contrats de quelques mois permettront de contrer l’exode des jeunes ?

Pour ces jeunes « fraîchement diplômés » mais endettés, un salaire minimum à temps partiel ne couvrira pas plus que les dépenses essentielles quotidiennes. Ne pensons pas qu’ils pourront commencer à rembourser leur dette.

Après d’incessantes revendications des étudiants, notamment par la campagne mon Stage me ruine de la FÉECUM, voici la réponse concrète du gouvernement : aucun financement n’ira aux stages postsecondaires non rémunérés.

Quant au 15 millions de dollars investi dans l’Université de Moncton, il ne vise qu’à stabiliser la hausse des droits de scolarité à 2 % sur quatre ans.  Ce n’est pas parce que l’endettement est stabilisé qu’il est acceptable; une dette, c’est une dette.

En utilisant le même jargon que la campagne Mon stage me ruine de la FÉECUM, le gouvernement prétend nous donner ce que l’on veut. En vrai, au lieu d’aider directement les jeunes, le gouvernement choisit plutôt de verser son 25 millions directement aux employeurs.

En tant qu’étudiants, on ne pourra profiter de ces investissements qu’après avoir accumulé une dette énorme.

Cessons de nous donner l’illusion que cet argent est la façon la plus efficace de contrer l’exode. Un emploi à temps partiel au salaire minimum ne va pas nous convaincre de vivre dans la précarité.

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