Le retour de la guerre civile en Colombie ?

L’INTERNATIONAL C’EST PAR ICI ! : Chronique internationale avec Marine Pirodeau.

 

Savez-vous ce qui s’est passé le 2 octobre ?

C’était la date du référendum en Colombie. Le peuple devait se prononcer pour savoir s’il soutenait « l’accord d’achèvement du conflit et de construction d’une paix stable et durable ». Malgré les pronostics des spécialistes qui pariaient sur 60% de votes positifs, c’est le « non » qui l’a emporté avec 50,21% des voix. Après quatre années de pourparlers, le peuple a donc refusé l’accord de paix avec les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie).

Un petit rappel sur le conflit

Les FARC sont une milice créée en 1964 pour défendre les paysans pauvres face aux gros propriétaires de l’époque. On considère qu’ils ont une influence marxiste voire communiste. Au fil de la guerre contre le gouvernement, ils se sont transformés en criminels ainsi qu’en narcotrafiquants afin de financer leur mouvement. Au cours de ces 52 années de guerre, plus de 260 000 personnes ont été tuées ou sont disparues. Ce conflit a déplacé environ 6,9 millions de personnes, soit plus de 14% de la population actuelle.

L’accord de paix 

C’est sous l’égide du président actuel, Juan Manuel Santos, qu’a vu le jour ce projet de paix. Ce dernier a pu rencontrer le chef de la guérilla, Rodrigo London, plus connu sous son nom de guerre Timochenko, à plusieurs reprises afin de discuter des différentes demandes des FARC. Les deux hommes, symboles de leur parti, ont fini par aboutir à un accord signé le 26 septembre dernier. Cet accord comportait quatre volets principaux : une réforme agraire, la fin du commerce de la drogue, une indemnisation des victimes et la participation des FARC à la vie politique ainsi que leur démobilisation. Mais alors, pourquoi la population a-t-elle refusé cet accord de paix?

Tout abord, il faut savoir que la population colombienne a tendance à bouder les urnes, ce référendum n’échappe donc pas à la règle. Le taux de participation a été mesuré à 37,28%, ce qui est très peu pour un vote aussi important pour l’avenir du pays. Malgré l’influence des médias en faveur du oui, une campagne très offensive a été menée par l’ancien président Alvaro Uribe, afin de convaincre les électeurs de voter contre cet accord. De nombreux arguments sont avancés pour justifier ce vote.

Ensuite, il semble difficilement concevable pour une partie du peuple de pouvoir réintégrer les FARC au sein de la société, car la plupart ont déjà commis des crimes à plusieurs reprises. La majorité ne se sent donc pas prête à pardonner les nombreux meurtres commis par cette milice. De plus, bon nombre d’entre eux pourraient être exemptés de condamnation. Quelle serait l’image de la société colombienne après cela? Un autre point très important est la participation des FARC à la vie politique. Là encore, les craintes sont nombreuses que le pays devienne communiste comme le Venezuela ou Cuba. Les FARC sont accusés de prétendre vouloir la paix afin de mieux accéder au pouvoir. L’accord leur garantissait la possibilité de présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2018 ainsi que 10 sièges au parlement.

Il paraît évident que le pays souhaite la paix, cependant il reste divisé quant aux conditions. La majorité de la population a exprimé son vœu de ne pas « pactiser avec le diable » pour obtenir la paix.

Et maintenant?

Malgré l’échec qu’a rencontré cet accord, Juan Manuel Santos et son gouvernement ont une réelle volonté d’ouvrir le dialogue à tous les partis de l’opposition afin de trouver une solution durable pour le pays. Les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie sont prêtes à renégocier certains aspects de l’accord. Les motivations de ces derniers restent floues mais certains experts estiment que le groupe perd de son intensité et que leur combat n’est plus légitime. Ainsi, le cessez-le-feu demeure et la guerre civile semble bien terminée. Le président a d’ailleurs reçu le prix Nobel de la paix pour son travail sur cet accord, cela semble être un message de la communauté internationale pour encourager le gouvernement à poursuivre dans cette direction. Il ne nous reste plus qu’à attendre pour voir si un projet plus sévère à l’égard de cette milice sera adopté.

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