Rétrospective: les hauts et les bas des bars étudiants à Moncton

Les travaux de rénovation du Coude approchent; en effet, c’est en début octobre que la Fédération étudiante (FÉÉCUM) commencera à rénover le bar étudiant Le Coude, pour améliorer l’atmosphère et y inclure une microbrasserie, Acadie Broue.

C’est en raison de quelques pépins côté assurances et permis que les étudiants n’ont pas pu profiter d’un bar dès la rentrée, ce qui rendait certainement plusieurs habitués déçus.

Ce n’est pas la première fois que la Fédération étudiante rénove son bar. Pour mettre les choses en perspective, voici une petite vitrine de l’histoire des bars étudiants à Moncton.

L’ère du Kacho

Le Kacho au début des années 1970. Photo: Centre d'études acadiennes

Le Kacho au début des années 1970. Photo: Centre d’études acadiennes

Les bars étudiants à l’Université de Moncton existent depuis longtemps. À la fin des années 1960, le sous-sol de l’édifice Léopold-Taillon était le point central de l’activité étudiante à Moncton, alors nommé L’Élucubratoire.

C’est en 1972 que le bar est renommé le Kacho, nom qui demeurera pour le reste de son existence.

Lieu mythique devenu central à la culture underground de Moncton, le Kacho a connu plusieurs générations d’étudiants. En raison de la situation linguistique de Moncton dans les années 1970, il était longtemps l’un des seuls pubs de la ville où les Acadiens pouvaient parler français en public.

Dans le quart de siècle qu’il a vécu, le bar a aidé à faire connaitre plusieurs artistes alors émergents qui ont fini par marquer l’Acadie culturelle. Le groupe populaire 1755 y a joué ses premiers spectacles, et des formations telles que Syntax Error, Zéro° Celsius, Idée du nord et Bois Franc, y performaient régulièrement, pour en nommer que quelques-uns.

Gérald Leblanc, poète acadien et avide visiteur du bar pour de nombreuses années, avait écrit dans le Front du 15 janvier 1997 un « Témoignage d’un rescapé du Kacho » en son hommage.

« L’impact du Kacho au niveau socioculturel de l’Acadie se passe de commentaires. Il s’agissait d’un Club, certes, mais beaucoup plus qu’un Club. »

En plus de l’importance du bar dans l’esprit culturel de la ville, il explique également l’atmosphère unique qui y régnait.

« Le Kacho n’était pas un “beau” bar dans l’acceptation générale du terme, mais il possédait ce que bien des bars, à coups de milliers de dollars, s’efforcent d’avoir : un caractère, et plus encore, une âme. »

En 2002, le réalisateur Paul Bossé crée le long-métrage Kacho Komplo en hommage à ce lieu, en collaboration avec l’Office National du Film (ONF).

Kacho et Bistro

Le Bistro au Frolic, premier bar du Centre étudiant. Photo: archives

Le Bistro au Frolic, premier bar du Centre étudiant. Photo: archives

Les années passent, les générations d’étudiants se succèdent. À l’aube des années 1990, la clientèle du Kacho commence à diminuer. Chaque année amène de plus en plus de questions sur son avenir, et la rumeur court que le bar va fermer.

En 1993, le tant attendu Centre étudiant ouvre ses portes. Avec l’édifice vient un nouveau concept : le Bistro au Frolic. Cette salle de spectacle moitié-bar est conçue pour complémenter le pub du Kacho, offrant un espace ouvert pour des spectacles à plus grande envergure.

Par contre, la présence de deux bars sur le campus s’avère difficile à gérer, puisque la présence de deux bars étudiants sur un campus de moins de 4000 étudiants n’est pas la chose la plus rentable.

C’est dans cette période, marquée par de gros déficits, que la FÉÉCUM fait sous-contracter la gérance des deux bars étudiants à Bernard Cyr, homme d’affaires de Moncton. Il est notamment connu comme propriétaire des 18 bars Dooly’s dans les Maritimes, de l’hôtel Château Moncton et de plusieurs autres entreprises.

Celui-ci crée donc une compagnie nommée Biska, amalgame de « Bistro » et « Kacho », pour assurer une gérance des bars étudiants à l’Université. La compagnie contrôlait les employés pour éviter les conflits d’intérêts, et parvint à réduire les déficits des bars étudiants. De plus, Bernard Cyr couvrait les bars sous la même police d’assurance que les Dooly’s, ce qui sauvait beaucoup de dépenses.

L’Osmose et le Tonneau

L'Osmose dans les années 1990. Photo: archives

L’Osmose dans les années 1990. Photo: archives

C’est en août 1996 que la FÉÉCUM se réunit pour décider du sort des deux clubs étudiants. Le Kacho avait grandement besoin de rénovations côté système de son, ventilation et normes de sécurité.

La Fédération estime donc qu’il vaudrait mieux d’investir dans un nouveau bar au Centre Étudiant que dans la rénovation d’un vieux pub au sous-sol de l’édifice administratif de l’Université.

La fusion des deux bars se fait au courant de l’année scolaire suivante. En décembre 1996, le Kacho ferme définitivement ses portes, et son successeur, l’Osmose, ouvre en janvier 1997 là où se trouvait le Bistro.

Le bar l’Osmose reste géré par la compagnie Biska pour une autre dizaine d’années. C’est en 2006 que le pub Le Tonneau est construit à l’intérieur de l’Osmose.

Lors de la même année, l’assureur du Dooly’s décide d’exclure l’Osmose du forfait d’assurances. Puisque le type d’assurances requis pour couvrir un bar étudiant est très couteux, Bernard Cyr laisse donc aller la compagnie Biska. La FÉÉCUM obtient ensuite le contrôle complet du bar.

Pertes, déficits et Gestion Osmose

Les hauts taux d’assurances rendent les choses difficiles à l’Osmose.

Selon des données obtenues du directeur général de la FÉÉCUM Pierre Losier, les déficits du bar étudiant croissent sans cesse à partir de l’an 2006.

Cette année-là, le bar finit « dans le trou » à 30 000 $.

En 2007, le déficit double avec un total de 60 000 $.

En 2008, les choses ne s’améliorent pas, et le déficit croît encore à 62 000 $.

La FÉÉCUM envisage donc de fermer complètement les opérations du bar étudiant si elle ne se trouve pas de partenaire d’affaires. Et comme Pierre Losier l’indique, il est très difficile de se trouver un partenaire financier quand une entreprise affiche tant de déficits.

L’administration de l’Université propose donc un partenariat avec la FÉÉCUM pour gérer le bar étudiant. La compagnie Gestion Osmose inc. est alors créée, un comité de gestion comprenant cinq sièges : occupés par le président et la vice-présidence sociale  de la FÉÉCUM, et les trois autres occupés par des membres de l’administration.

En 2009, le déficit grimpe à 64 000 $. En 2010, 84 832 $.

Gestion Osmose inc. en 2015 – Comité de gestion des bars Le Coude et le 63 

Président

Directeur ou directrice du Service aux étudiants et étudiantes (SAÉÉ) (poste à combler)

Membres

Président de la FÉÉCUM, Pascal Haché

Siège à remplir, présentement occupé par la direction générale de la FÉÉCUM

Robert Beaudoin, directeur de la sécurité

Guy Richard, comptable en chef, Service des finances

Invité

Direction générale de la FÉÉCUM, Pierre Losier

Gestionnaire

Pierre Losier explique qu’à cette époque, 60 000 $ étaient requis pour assurer la couverture d’un bar étudiant sans conditions.

Avec la croissance incessante du déficit, Gestion Osmose inc. choisit cependant de changer le focus de l’Osmose en café, pour payer moins cher en assurances.

Sans condition, l’Osmose et le Tonneau fermaient à minuit la plupart des soirs, mais l’assurance était coupée de plus de la moitié. Les états financiers de l’an 2011 affichent un déficit de 14 896 $, nombre encore déficitaire, mais qui démontre une nette amélioration par rapport à l’année précédente.

Rénovations et transitions : de bar à « cafétéria »

L’année 2011-2012 est difficile pour la compagnie Sodexo, qui assure à cette époque les services alimentaires de l’Université.

La cafétéria centrale était alors située au fond de l’édifice Léopold-Taillon, où se trouve aujourd’hui la cantine Le Mascaret. L’Université envisage donc de centraliser la cafétéria principale, pour la déménager au Centre Étudiant où est situé l’Osmose.

Un concept « cafétéria-bar » est donc proposé, qui combinerait à la fois les fonctions de l’Osmose, du Tonneau et d’une cafétéria.

En fin d’année scolaire 2011-2012, le bar l’Osmose ferme pour laisser la place au Soixante-Trois.

Le bar Le Coude, en 2014. Photo: Archives

Le bar Le Coude, en 2014. Photo: Archives

Le Coude et le 63

En septembre 2012, la FÉÉCUM ouvre le bar Le Coude, ancienne salle multifonctionnelle faisant office de pub temporaire. Le local où était situé l’Osmose est occupé par les travaux de rénovation.

C’est en septembre 2013 que l’actuelle cafétéria Le 63 est ouverte.

L’emplacement et l’arrangement de la nouvelle cafétéria n’ont certainement pas fait l’unanimité. Depuis 2013, le Coude demeure quand même le bar principal du campus, même s’il était seulement censé exister comme bar temporaire. Il est aujourd’hui fermé jusqu’en novembre pour cause de rénovations.

Le président actuel de la FÉÉCUM, Pascal Haché, a des opinions partagées sur ce local.

« Je trouve que ça fait une belle cafétéria, mais c’est pas un bar. Quand on va dans les soirées, le bar n’est pas facile d’accès », dit-il en critiquant l’emplacement du bar, situé à côté de la scène pendant les spectacles.

Le 63.

Le 63.

Les déficits des bars étudiants de 2006 à 2015

2006    -30 000 $

L’assureur du Dooly’s laisse tomber le forfait, Biska se retire

2007    -60 000 $

2008    -62 000 $

Création de Gestion Osmose inc.

2009    -64 793 $

2010    -84 832 $

L’assurance est coupée de moitié

2011    -14 896 $

Fermeture de l’Osmose, ouverture du Coude

2012    -2 237 $

Ouverture du 63

2013    -23 955 $

2014    -43 248 $

2015    -38 000 $ (approx.)

Un meilleur futur pour les bars étudiants à Moncton?

Pascal Haché pense que les rénovations du bar vont aider à réduire le déficit incessant subi par Gestion Osmose depuis longtemps. Il est optimiste au sujet de l’amélioration de l’atmosphère du bar, et de l’entente avec la microbrasserie Acadie Broue.

« On mise beaucoup là-dessus, on pense que la brasserie va amener du monde. On ne mise pas juste sur des étudiants, je pense qu’il y a des anciens qui vont vouloir venir pour des 5 à 7. »

En effet, la FÉÉCUM de cette année comptera sur les 5 à 7 pour amener les foules au nouveau bar.

« On mise beaucoup sur cette période de temps où les gens vont rester sur le campus au lieu de retourner chez eux. Boire une bière ou deux, jaser. »

Le président promet aussi beaucoup de changements côté administratif, avec une nouvelle structure et une nouvelle gérance.

« On va amener notre spin cette année et j’espère que l’année prochaine, le prochain exécutif va continuer à essayer de bâtir et de faire des nouvelles initiatives », dit Pascal Haché.

 

Les bars étudiants du Nouveau-Brunswick

Pour comparer avec la situation de notre Université, voici comment les autres bars étudiants de la province sont gérés.

Les autres campus de l’Université de Moncton possèdent aussi des bars étudiants. Edmundston a La Cheminée et Shippagan Le Baccus. Tous deux sont gérés et assurés à 100 % par l’Université, en raison du bas nombre d’étudiants. En effet, le nombre d’étudiants à Edmundston se chiffre autour de 600, et celui de Shippagan, à 425.

Du côté anglophone, il y a trois universités publiques.

L’Université Mount Allison de Sackville, qui accueille près de 2 700 étudiants, possède un bar étudiant nommé The Pond. Selon l’administration, le bar étudiant est aussi géré complètement par l’université.

UNB : un bar 100 % étudiant

The Cellar est le bar étudiant de l’Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton. La plus grande université du Nouveau-Brunswick, elle accueille plus de 10 000 étudiants.

Le gérant du Cellar Patrick Hansen, contacté par téléphone, nous informe que le bar est complètement géré par la fédération étudiante University of New Brunswick Student Union (UNBSU). Un conseil d’administration étudiant gère le bar, composé de la vice-présidence aux finances d’UNBSU et de deux élus. Aucun membre de l’administration de l’université ne siège dans ce comité.

Selon le gérant, le bar paie ses propres assurances, mais très basses (environ 5000 $), car elles sont partagées avec celles de la fédération étudiante. Celle-ci n’appartient pas les locaux du bar et paie un loyer à l’Université pour occuper un local de leur centre étudiant.

L’Université Saint-Thomas, petite institution de 2 300 étudiants qui partage le « College Hill » de Fredericton, avec l’UNB, n’a, quant à elle, pas de bar étudiant.

Selon Patrick Hansen, les étudiants de Saint-Thomas avaient ouvert un bar dans une résidence de l’université au début des années 2000, mais il n’a duré que quelques années avant de faire faillite.

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  • Yvon Lacoste

    Au début des années 80, le Kacho était géré par un dénommé Gilles Ratté qui, aujourd’hui, est propriétaire des Ed’s Submarine et de restaurants. La Féécum en était le principale gestionnaire si je me rappelle bien. Vers 1983-84, on décide de créer une compagnie dont l’abréviation était L’APARE. Cette nouvelle compagnie devenait responsable de la gestion du Kacho et son conseil d’administration était composé d’un représentant par facultés/écoles, de la Féécum, de l’administration universitaire et d’un représentant socio-économique du milieu des Affaires. Bref, tout cela pour dire que le Kacho avait subit une cure de rajeunissement dont on avait vanté les mérites durant cette époque grâce à un investissement de l’université. Néanmoins, il faut savoir que la durée de vie d’un bar-discothèque est de 5 à 10 ans maximum. Après quoi, il faut repenser la formule !

  • nomad411

    Inspirant le film à l’ONF! 🙂

    Koss tu dis? Koss tu penses?
    Pas grand chose, l’absence…
    Individu, indifférence?
    Vis-tu? Vis, Danse!
    Vidange.
    Y’a rien qui change?
    C’est toi la différence!

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