Second souffle pour Un sur Dix ?

Charles Alexander a mené le débat avec le sourire, jeudi dernier à la Bibliothèque Champlain.

Charles Alexander a mené le débat avec le sourire, jeudi dernier à la Bibliothèque Champlain.

Saviez-vous qu’il existe une association qui milite pour les droits des LGBTQ+ sur le campus? Non? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls. Malheureusement, depuis sa fondation dix ans passés, l’association Un sur Dix souffre d’un manque criant de visibilité. Une faible présence sur Facebook — parmi les cinq dernières publications sur la page de l’association, une date de mars et une autre de janvier —, une absence totale sur Twitter, et aucune médiatisation dans les communiqués de presse de l’université, caractérise leur présence actuelle sur les réseaux sociaux. Les jeunes étant un public majeur de Un sur Dix, de par l’établissement de son siège sur le campus de Moncton, le néant sur les réseaux sociaux est problématique.

Savoir déléguer pour l’avenir

À la lumière d’une analyse plus poussée, il semble que l’association se résume à son président (qui n’est d’ailleurs pas officiellement titulaire de ce poste), Jean-Roch Savoie. C’est lui qui a organisé les plus grands évènements et a amené un public relativement conséquent à y assister. Seul problème : il a terminé ses études et n’est donc pas constamment présent dans les bureaux de Un sur Dix pour assurer sa survie.

C’est pourquoi Charles Alexander MacDougall et quelques autres personnes sensibles à la cause LGBTQ+ ont décidé de raviver le feu qui menace de s’éteindre. L’étudiant en gestion du loisir, sport et tourisme, a mis sur pied, jeudi dernier, un événement vu comme un point de départ de cette résurrection. Celui-ci est décrit dans le courriel envoyé aux étudiants comme : « Rencontre pour tout.e. étudiant.e intéressé.e à des initiatives LGBTQ+ sur le campus. Certaines personnes engagées à UnSurDix et Rivière de la Fierté (l’organisme municipal qui organise notamment la parade de la fierté) seront présentes, mais la rencontre traitera surtout de nouvelles initiatives ».

Le mot d’ordre semble donc clair : insuffler une dynamique inédite. Une vingtaine d’intéressés se sont déplacés à la Bibliothèque Champlain pour mettre certaines idées en avant ou parler de leur expérience personnelle. Charles Alexander s’est dit « très satisfait » des discussions qui ont vu le jour.

L’honnêteté force à reconnaître que les étudiants impliqués dans la défense des intérêts des personnes LGBTQ+ sont conscients du problème de visibilité et cherchent à y remédier : « On a besoin d’un souffle de renouveau, de nouvelles recrues », explique Charles Alexander MacDougall. « Il faut juste avoir un meilleur connect avec les étudiants, les étudiantes sur le campus », poursuit-il.

Défis et stratégie

Il tient également à préciser l’importance des enjeux pour la jeunesse monctonienne : « Plusieurs étudiants font partie de la communauté LGBTQ+ sur le campus. Il y a beaucoup d’avancements qui doivent être faits ». L’acronyme déjà utilisé à plusieurs reprises dans cet article désigne les Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans et Queer. Le + fait référence à toutes les orientations non hétérosexuelles et non incluses dans les cinq premières lettres, par exemple, les intersexuées. Lors de la réunion de jeudi dernier, le focus a été particulièrement mis sur les individus Trans.

Pour structurer la reconstruction de l’association, Charles Alexander aimerait voir fleurir des initiatives dans trois volets distincts : « la sensibilisation (quelle sorte de présence web ?), les activités ou évènements (organiser des conférences sur le campus) et le support (apporter un soutien aux personnes LGBTQ+ victimes de discrimination) ».

En parlant de discrimination, il est intéressant de se poser la question de son existence à Moncton. À titre personnel, l’étudiant en gestion du loisir, sport et tourisme, n’en a jamais souffert. Cependant, « il y a de la discrimination qu’on ne voit pas, on ne peut pas prétendre qu’il n’y en a pas ». Et le Canada n’est pas le pire pays à ce niveau. Charles Alexander qualifie la situation dans d’autres nations moins tolérantes de « terrible ». Il demeure néanmoins plusieurs combats à mener : les chirurgies pour changer de sexe ne sont encore que relativement peu accessibles, tout comme il est difficile de réaliser des dons de sang. Le Nouveau-Brunswick, en sus, ne représente pas la province la plus avancée en matière d’égalité par rapport aux hétérosexuels.

Et si l’association peut compter sur le soutien de la FÉÉCUM, il n’en ira pas nécessairement de même pour les instances académiques : aucune demande d’appui n’a encore été faite et les responsables de Un sur Dix ne peuvent qu’espérer une réponse positive.

L’échéance fixée pour redonner vie à l’association est l’année 2016. Charles Alexander, en tant que membre du conseil d’administration de Rivière de la fierté, sera très probablement un acteur-clé de ce renouveau, tout comme Mélanie Thériault, membre de la FÉÉCUM. Le phénix peut-il renaître de ses cendres ?

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